8 janvier 2018 | Revue > >

Promenade sur Marx

Valérie Lefebvre-Faucher

Je suis en colère contre moi-même (et contre quelques institutions littéraires) pour la même raison à intervalle régulière. Cette année, par exemple, Marie-Éveline Bélinga m’a fait lire Suzanne Césaire. Je ne la connaissais pas. Comme étudiante en littérature j’ai adoré Césaire, Aimé je veux dire; j’ai appris le début de Cahier d’un retour au pays natal par cœur; je reviens encore à lui pour réfléchir à la décolonisation dans la littérature québécoise, et même pour parler de féminisme. Mais je ne savais même pas que son épouse écrivait. Personne ne nous enseigne ça, à la base, que les femmes écrivent. Personne ne nous dit jamais « ho et en passant saviez-vous que Suzanne Césaire ne se contentait pas de tenir salon ? ». C’était une écrivaine et éditrice engagée qui a laissé peu de textes, mais qui ne sont pas à sous-estimer. Quelques jours plus tard, Stéphane Martelly m’a expliqué à quel point l’œuvre de Mireille Neptune Anglade était marquante. Moi qui ai travaillé avec son spectaculaire mari, je ne me suis jamais doutée de rien. Mais je connais ce principe; comme éditrice, je suis entrainée à chercher les écrivaines oubliées (qu’on trouve massivement chez les maitresse d’écrivains pas oubliés du tout). Moi je devrais savoir, je devrais avoir eu la curiosité, je devrais avoir lu Mireille Neptune Anglade et Suzanne Césaire. Vous pourriez en tout temps me demander qui est ma dernière colère, je vous parlerais d’une écrivaine qui avait échappé à mon radar et je parie que vous feriez des découvertes. Lire plus