3 octobre 2013 | Revue > >

Amalgame de terre noire ma terre assi

Natasha Kanapé Fontaine

Je retourne au cœur noir de ma terre je veux boire au sommeil de son nom


Paul Chamberland

 

J’ai noir éclaté[1] dans l’herbe

dans l’herbe des chants anciens les chants en tonne sur les blés

les prés Wounded Knee mon coeur Athabasca mon âme Romaine

Oka.

 

Nitassinan

 

Nin.

Innu Terre

Terre Assise

Innu Assi[2]

 

Terre Québec

Je fais le trajet à l’envers de mon exil

Nitassi mon arrimage ma sublime


Le sel des plages gruge encore la rouille de ta bouche ailée.

Terre ! Terre Promise à mon père par le Père

Où te caches-tu       les meutes vibrantes de l’Est et de l’Ouest ?

Où te caches-tu les voiles fumantes du Nord et du Sud ?

J’ai mal

J’ai mal au ventre

J’ai mal au ventre de la Terre

 

 

Mon sang s’écoule.

 

Ils m’écrivent

Des mots

Que je n’ai pas su parler.

 

Il est bien difficile

De manuscrire le présent

Dans la pierre.

 

Il est où le son de ta voix quand l’univers flambe

Sous mes yeux !

Quand l’univers tremble

Quand les universités semblent

 

Oublier les pas de la Terre ?

 

LA TERRE MERDE.

 

J’ai pleuré. J’ai pleuré la déesse.

Ils en construisent partout des pipelines les cons ils oublient !

On s’appellera ‘’bois de pétrole’’

‘’vagin d’javel’’     ‘’ tu veux mon

pipeline dans ta bouche ?’’                  Diraient les autres

 

Si ce n’est pas moi.

Oui j’irai bien manger Enbridge et tous les autres sales carboneux

parce que j’ai famine

parce que j’ai famine de vivre

5 pis 6 millions dans la ville

Et personne m’appelle 

Entre ton corps et le bout de ton bras.

Tournons en round dance ensemble

Tiens fort ma main dans l’herbe noire sous la nuit

Je chanterai jusqu’au lever soufre du jour ténébreux

Ma Terre brave.

Brave les vents et bave à la face des gouvernements.

J’ai noir éclaté dans l’herbe

dans l’herbe des chants anciens les chants en tonne sur les blés

les prés Wounded Knee mon coeur Athabasca mon âme Romaine

Oka.

J’ai noir fumé dans l’herbe été

le cœur dans les mains les mains dans la terre

j’ai entendu battre le tien jusqu’à

la surface blindée des troupeaux besogneux

tes odieuses machineries cimetières

commentaires acides sur nos peaux vitreuses

tendues à tes cristies d’illusions cimeterres !

et tes crimes enterrent à en faire taire les miens

J’ai noir furie dans l’herbe     aimé 
sous les sabots fendus des troupeaux bisonneux

mon cœur dans ta main tes mains dans ma terre

 

Ma jupe souillée mes pieds noirs

Mes veines dévorées par les Lunes innocentes

Elles sont aveuglées    mes soeurs mes mères         elles n’entendent

plus les loups vieillir

fini par écrire des lettres rougir mes plumes envolées

vers le coeur de l’île         archipel des nations

 

Ici le ciel est si bleu

mon cœur si noir si brut si explosion dedans

trop plein trop plein de tes chemins de fer abruptes

tes serpents virulents sur mon Île, ma Tortue !

 

J’ai noir éclaté dans l’herbe

dans l’herbe des chants anciens les chants en tonne sur les blés

les prés Wounded Knee mon coeur Athabasca mon âme Romaine

Oka.

J’ai rouge écrit ma peur rouge hurlé ma rage ravalée entière.

 

Natasha Kanapé Fontaine

Chemin du retour.

Juillet 2013, route 20.



[1] Groupe de mots tirés du vers  »J’ai noir éclaté dans la tête » du poème  »Je t’écris pour te dire que je t’aime » de Gaston Miron.

[2] Assi en innu veut dire  »terre », ou  »territoire ».

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