3 octobre 2013 | Revue > >

Atelier 1_ féminisme

Valérie Lefebvre-Faucher

Cette revue sera féministe.

Suffit-il de le dire ? Non mais l’écrire ici fait déjà de belles ondes à la surface. Ça donne envie de plonger. Comment fonder une revue qui donne la parole aux femmes, qui tienne compte de l’expérience des femmes et des pensées féministes, c’est la question qui m’occupe. Si on m’a invitée à me mêler de cette revue, c’est vraisemblablement parce que, pour les personnes qui ont conçu le projet, cette question compte. Le vœu est exprimé, les femmes viennent. N’est-ce pas dès lors réglé ?

Oui et non. Il y a dans les revues de littérature et d’idées ce que je j’appellerais poliment une tradition d’ « écart » entre la réalité et le souhait d’égalité. Et même quand une intention féministe est clairement formulée, il arrive souvent que les participantes hésitent, rebutées soit par une expérience qui décourage la prise de parole, soit par les non-dits du premier numéro. Mais, quand donner la parole aux femmes est une priorité, ça marche. Je vous propose donc quelques réflexions (des pièges, des trucs) sur l’édition féministe. Je serai ravie de connaître les vôtres. 

Les repoussoirs

Qu’est-ce donc qui ne fonctionne pas ? « Venez, les filles ! », dit l’édito. Venez, vous pouvez vous sentir chez vous entre nos citations de grands hommes et nos photos « érotiques » de filles à quatre pattes ; notre comité éditorial non mixte veut vraiment vous donner la parole, nous vous cherchons, mais pourquoi n’êtes-vous pas là ? Pourquoi en effet restons-nous à l’écart ? Étant éditrice moi-même, je confirme qu’il est souvent difficile de faire parler les femmes. Étant grande lectrice, je remarque aussi que je me sens rarement incluse par les œuvres littéraires non-féministes. (Un peu plus et on aurait envie d’établir un lien direct…)

Le numéro un, le démarrage de toute aventure éditoriale, énonce un programme plus ou moins manifeste, plus ou moins conscient. La revue cherche à se montrer à la fois rassembleuse et forte. Elle révèle ses ambitions, son style et… ses racines. Déjà, sans le vouloir, il arrive que les fondateurs éloignent de grands pans de leurs allié.e.s en ne questionnant pas leurs racines. Nous sommes imprégné.e.s de la grande tradition littéraire des revues d’idées, nous aimons nous y référer comme à des parentes bienveillantes. Nous regrettons que la littérature et son enseignement aient été si exclusivement blancs, riches et virils, mais nous n’allons quand même pas arrêter de lire les classiques ! Ainsi, nous restons encrassé.e.s par les mythes. Et il y a toujours quelqu’un, dans une fondation de revue, pour nous rappeler l’idéal intellectuel du groupe d’hommes marchant dans les pas des hommes, parlant à d’autres hommes (une épée/ un cigare à la main). Toujours, quelqu’un pour citer Platon, Rousseau ou Zola. Certes, je comprends l’émotion, même l’admiration, mais comprenez également mon envie de fuir.

Je ne nierai pas que ce modèle de la confrérie d’initiés, discutant librement entre égaux et s’entr’inspirant des passions qui élèvent l’âme, a donné des résultats fascinants. Mais cette image d’Épinal dissimule l’esclavage domestique d’une moitié de l’humanité et la réduction au silence de lignées intellectuelles dominées. Ce sont les personnages à l’avant-scène qui sont minoritaires. L’histoire de la littérature se passe majoritairement hors-cadre, chez les anonymes, les travailleuses, les perdants. Je ne m’intéresse pas aux gagnants des batailles littéraires ; il n’y a pas de victoire, que de l’écriture. La figure de la confrérie nous empêtre tant que les femmes préfèrent souvent aller parler dans les espaces éditoriaux réservés… au féminisme (Comme si le désir de justice, les rapports de domination, l’expérience vécue par tous les humains n’étaient pas des préoccupations centrales, universelles. Comme si l’exploration du hors-cadre ne pouvait pas se faire dans un groupe mixte). Si nous pouvons espérer aujourd’hui ne plus avoir besoin de séparer les explorations féministes des autres, c’est parce que nous marchons dans les chemins ouverts par des revues comme La vie en rose. Bersianik avertissait ainsi ses lecteurs de son choix (choquant pour une femme) éditorial:

Ami lecteur au masculin, ne sois pas offusqué si tu ne figures pas comme convive à notre pique-nique. Quand nous avons voulu t’inviter tu étais introuvable. Puis, nous avons appris que tu t’étais rendu au banquet de Platon. Bien que ce petit souper historique dût être terminé depuis longtemps, à l’aube de ce jour il dure encore ! Avec un tel entraînement, nul doute que tu prendras avec philosophie ton absence sur les lieux de nos propres agapes.  Si quelque propos rapporté ici écorche tes oreilles platoniciennes, il faudra te convaincre qu’il ne peut s’agir là que d’une « blessure symbolique ». Chose à laquelle on nous a bien habituées et qui ne nous a jamais fait mourir… Sauf innombrables et négligeables exceptions[i]

Notre tradition littéraire est faites de pique-niques et de banquets, ne la réduisons pas. Je voudrais que nous ne renoncions à aucun héritage et que nous ne craignions pas le désordre. Je rêve d’une revue qui afficherait dès le départ des racines un peu roses, un peu noires, multicolores.

Il arrive encore qu’en cherchant à donner une impression de force, de style, de personnalité, d’humour, on ne résiste pas à la rhétorique machiste. Discours de conquérant, humour misogyne, vocabulaire wanna be libertin attireront les rédacteurs de premiers numéros. Ces détails, qui ne remplacent ni le contenu ni le style, n’échapperont pas aux lectrices et ne créeront pas nécessairement l’illusion voulue.

Cette imagerie classique a également une influence sur la manière, le fonctionnement. Nous nous attendons à un certain type de prise de parole. Nous jouons aussi des rôles écrits cent fois. Le travail du texte se répartit encore aujourd’hui de manière étonnamment genrée. Qui fait preuve d’audace au moment de la fondation/ qui relève le projet dans les moments difficiles ? Qui s’occupe de représentation publique / qui prend soin des relations humaines à l’intérieur de l’équipe ? Qui  signe les éditoriaux /qui écrit en collectif, retravaille, corrige et documente les textes des autres ? Les femmes lisent bien le message dans la division sexuelle du travail et les postures sexistes ; elles se font remettre « à leur place ». Même si personne ne cherche à créer ces motifs binaires, ils viennent par habitude, par ignorance, par confort. Ne pas les reproduire demande un effort. On connaît le succès d’un principe comme l’alternance des tours de parole. Pourquoi ne pas adopter des méthodes de partage des engagements ? Une revue qui adopterait des pratiques différentes révélerait sans doute déjà une part cachée de son « contenu féminin ».

À la recherche des femmes

Partant de l’idée qu’en littérature les femmes sont là, invisibles, je les ai recherchées dans les premiers numéros de revues québécoises. J’ai aussi discuté avec des écrivaines, des éditrices, à propos de leur expérience de fondation de revue. Comment étaient les discussions préalables? Qui en a été exclu, pour quelles raisons? Les femmes ont-elle fait rapidement plus de production et moins de textes? Ont-elles eu l’impression de devoir se battre pour « leur place »? Comment étaient-elles considérées? Si elles comprenaient mon malaise, toutes m’ont parlé avec fierté de leurs revues, avec joie. Je n’ai obtenu d’abord aucun aveu de regrets, aucune dénonciation d’injustice. Puis, peu à peu, elles m’ont fait un portrait infiniment nuancé et compréhensif des rapports de pouvoir à l’œuvre dans l’édition. Je note ici quelques paroles, quelques remarques, sans prétention de représentativité.

Elles observent l’importance des réseaux. Il y a à peine quelques décennies, l’absence des écrivaines dans les revues ne surprenait personne. Pour fonder une revue, il faut identifier d’abord un certain groupe, une famille de pensée, à laquelle on souhaite donner un lieu d’expression. Même les revues qui ont marqué la Révolution tranquille ont été fondées par des copains de collège, des réseaux fraternels qui ne souhaitaient exclure personne, mais qui avaient déjà été façonnés par la société d’alors, où les hommes et les femmes ne pouvaient pratiquement pas se rencontrer, intellectuellement et même physiquement. Aujourd’hui, entre autres grâce à nos (toujours contestées) écoles mixtes, nous pouvons échapper aux réseaux sociaux trop homogènes, avec un peu d’attention. Mais le travail de réseautage demeure complexe, pour les parents notamment.

Plusieurs des femmes que j’ai approchées (en tant que fondatrices de revue) ne se considéraient pas elles-mêmes comme fondatrices. Elles ont été là par amitié, par hasard, puis se sont impliquées à mesure que les besoins grandissaient.  Elles posent sur elles-mêmes ce fameux regard humble que l’on enseigne aux filles. Elles ne surévaluent pas leurs compétences ; elles font leurs preuves ; elles sont prudentes. Elles prennent de la confiance avec le temps, ou dans les moments de crises. Elles ne font pas nécessairement du féminisme un enjeu éditorial au départ, mais elles sortent les griffes (et les plumes !) quand elles constatent qu’il y a un espace à défendre. Ainsi elles n’hésitent pas à se battre, longtemps, mais elles fuient les guerres d’ego.

En plus des tâches traditionnellement féminines comme le secrétariat ou la logistique, elles assument un rôle tabou, celui du soin des relations à l’intérieur d’une équipe. Elles appréhendent certaines collaborations, tiennent compte de la fatigue, des blessures. Elles préparent le terrain, font des appels, des courriels : « Nous ne nous sommes pas parlé depuis tel débat, ça ira si nous sommes ensemble dans ce projet ? », « Que dira ta blonde, si nous cosignons ? », « Vas-tu encore pouvoir travailler avec moi après ce qui nous est arrivé ? » Elles effectuent un travail utile pour apaiser les tensions et améliorer la cohésion. Cependant, elles risquent de s’autoexclure en faisant passer les rapports humains avant les intérêts professionnels. Pour que cette responsabilité soit mieux partagée, ou allégée, il faudrait d’abord la rendre visible et intelligible.

Plusieurs parlent non seulement du soin des collègues, mais de la famille, des intrusions de la vie dans le travail. Les enfants, la maternité reviennent, comme frein au travail intellectuel, à l’engagement (et inversement). Le type de présence requise par le travail dans une revue est perçu comme incompatible avec la réalité familiale. Hors du monde. Les enfants n’y sont pas, pour transformer le rythme, le ton, le propos. Que penser de ces moments de réflexion collective où l’on prétend repenser la société, refaire le monde, dans un petit groupe homogène ? Pour Raisons sociales, nous étions une trentaine d’adultes blancs, instruits entre 20 et 40 ans, capables de se libérer une fin de semaine… Je me suis demandé comment nous pouvions innover en politique, en pensée, et fonder quelque chose de « plus humain », « plus près de la vie, de l’amour », sans notre milieu, nos familles ? Pour qui parlons-nous ? Qui oublions-nous ? Je rêve de tâches ménagères entrecoupées de discussions, d’animation des enfants à tour de rôle. De collaborations artistiques intergénérationnelles. Que feraient les enfants dans notre fondation ? J’ai demandé à mon fils ce qu’il mettrait dans une revue d’idées. Il aimerait des expériences scientifiques à faire à la maison et des plans de robots inventés. Quelque chose me dit qu’il y a moyen de trouver ça dans nos recherches. Il veut aussi que je l’amène au lancement. Il aime les lancements, surtout que le nôtre a lieu dans un bar où l’on donne des jujubes au comptoir.

Comment cela s’est-il passé cette fois-ci ? Les participant.e.s de Raisons sociales ont le féminisme facile, comme la majorité des Québécois.e.s d’aujourd’hui aiment le croire d’eux-mêmes. Au moment des discussions de fondation, nous avons fomenté un abordage féministe, toutes dents sorties et fanions roses levés. Personne n’a cherché à savoir pourquoi nous étions si ostentatoires. Nous ne dérangions rien. Nous avons voulu ajouter un ordre du jour féministe, en plus de ce qui avait déjà été prévu. Tout le monde a haussé les épaules. Féministes ? Bien sûr. Pas de problème. Nous parlions de passé, de présent et d’avenir, de commun, de culture, de survie. Les préoccupations féministes pouvaient se retrouver partout, comme une espèce de compétence transversale. Nous n’avons rencontré aucune résistance, seulement des bras ouverts et des sourires sincères. Puis… comme des gouttes d’huile dans l’eau, nous nous sommes retrouvées entre nous. Évidemment, tout le monde ne peut pas avoir les mêmes compétences transversales. Mine de rien, notre piratage venait quand même d’être neutralisé. Personne ne viendrait discuter de féminisme. Ne nous restait plus qu’à aller nous immiscer dans les autres débats. La question restait entière. Que faire si nous ne voulons ni nous exclure, ni nous fondre (et disparaître !), ni nous battre ?

Faire, peut-être, un texte féministe comme si de rien n’était. En espérant la fabrication de commun, l’interaction, la critique.

Comment faire de l’édition féministe ?

Vous voulez publier des femmes dans votre revue ? Ça semblera simpliste, mais le premier pas vers la publication des écrivaines, c’est la lecture des écrivaines. Il faut avant tout s’intéresser à ce qu’elles font. Pensez au nombre de femmes que vous avez lues cette année, au nombre de celles que vous avez écoutées en conférences, de celles à qui vous avez écrit pour les féliciter de leur travail intéressant. De nombreux éditeurs me disent (et je l’ai déjà dit aussi, évidemment !) « Je ne publie pas assez de femmes, mais tu sais comme c’est difficile de les trouver et de les faire parler. » Je commence à peine à leur demander comment ont-ils essayé. Quels auteurs lisez-vous dans les journaux ? À quels auteurs commandez-vous des textes? À propos de quel.le.s artistes, quelles théories trouvez-vous essentiel ou secondaire de faire une critique ? Avec quels auteurs allez-vous prendre un verre après un lancement ? Il y a de fortes chances pour que ces auteurs soient vos semblables, et pour que ce soit ceux-là que vous alliez publier, malgré votre bonne volonté et votre ouverture aux discours différents.

Et qu’avez-vous répondu si l’une d’elle vous a dit « ha je ne suis pas sûre d’être la bonne personne » ? Avez-vous fait quelque chose pour la convaincre ? La deuxième chose à faire pour publier des femmes, c’est de les aider. Avez-vous considéré que vous pourriez l’accompagner dans la réécriture, comme vous le faites pour aider un collègue et ami ? Pour aider une sommité ? Les plus grand.e.s auteur.e.s ont besoin d’accompagnement et toute publication comporte des risques. Avant de me dire « à compétence égale, je n’ai trouvé aucune femme », il faudrait vous assurer d’avoir donné les mêmes chances, le même soutien aux potentielles auteures. Et que votre évaluation des compétences ne se limite pas à la reconnaissance de codes communs. Avez-vous pensé au contexte à partir duquel elle écrit ? Elle a peut-être été exclue de nombreux comités éditoriaux, traitée avec machisme par le passé, intimidée, même agressée, dans des contextes professionnels. Sans porter le poids des violences passées ni la responsabilité de la sécurité de tous et toutes, il est possible de changer la manière dont on accueille les gens, dont on les approche ou les éloigne de la parole, simplement en prenant conscience de ce que parler signifie pour eux ou elles.

Lire des femmes, donc. Cela change la perspective. Et cela leur donne déjà une chance plus égale. Épauler des femmes ensuite. La troisième chose très importante à faire, c’est de considérer réellement l’apport des femmes à l’art/la pensée/ la connaissance. On ne peut pas négliger le front du contenu. Cela se fait en intégrant les travaux des femmes / une analyse féministe à vos propres recherches. Un geste qui semblera tout naturel pour ceux et celles qui disaient plus tôt que le féminisme était une préoccupation transversale (!). Nous travaillons sur l’histoire de la médecine ? Tenons compte du savoir millénaire des sages-femmes. Nous faisons de la critique de la valeur? Ne considérons pas uniquement des activités rémunérées. Un projet éditorial qui se dit féministe ne peut pas diminuer les champs de connaissance et de réflexion qui sont traditionnellement considérés comme féminins. Encore une fois, la bonne volonté ne suffit pas, car un déconditionnement s’impose pour ne pas valoriser toujours le même type d’approche, le même type d’action. Après une crise, tous les rédacteurs en chefs s’intéresseront aux stratégies politiques à adopter et pourchasseront les faiseurs de grands discours unificateurs. Ne serait-il pas tout aussi important de faire des numéros spéciaux sur le soin à apporter aux vétérans, sur la résilience des enfants, sur la résolution de conflits internes, l’éducation mais pas seulement universitaire ? Bien sûr que oui ! Alors pourquoi ne pas solliciter ces textes-là de la même manière ?

Quand j’étais enceinte jusque là, j’ai demandé à un ami très cultivé et sensible, un professeur de philosophie, s’il pouvait me conseiller des lectures théoriques sur la naissance ; je lui disais « Je trouve des tas de philosophes qui ont réfléchi au sens de la mort, mais sur la vie, presque rien. » Il m’a répondu, avec sincérité et désinvolture « Ça doit être parce que c’est tout simplement moins intéressant. » Cet homme je l’ai dit n’était pas un abruti, loin de là. Ces petites discussions ont lieu tous les jours dans tous les milieux. Bien des années plus tard, quand j’y repense, je trouve qu’il manque toujours ce livre sur le sens de la venue à la vie.

Et ce n’est pas tout. Il serait intéressant de voir ce qu’il adviendrait à la pensée, à la littérature, si nous cessions de dévaloriser ce que nous ne connaissons pas. Ça semble facile. Tu travailles sur un sujet auquel je n’ai jamais réfléchi. Je pourrais te dire « oh je n’ai rien lu là-dessus ça me semble original. » Pourtant, nous avons du mal à ne pas tenter d’attirer les écrivains vers les chemins que nous trouvons les plus glorieux, les plus sûrs. J’aimerais que nous osions parler de ce qui ne se prouve pas, que nous ayons le courage d’explorer et de nous tromper.

Ces façons de travailler, lire des femmes, travailler avec elles et ouvrir ses ornières, me semblent à la portée de tou.te.s les éditeurs et éditrices motivé.e.s. Moi, je veux bien essayer. Avec les femmes pour commencer. Puis, je relirai mes propres notes en pensant plutôt à l’objectif de faire parler des Autochtones, tiens. Restera le combat contre la précarité. Si nous ne trouvons pas moyen de mieux rémunérer les écrivains en général, la parole ira toujours aux riches, aux blancs, aux personnes déjà privilégiées dans nos sociétés. Je ne connais personne qui ait résolu ce problème, mais certains textes de cette revue s’y attaqueront.



[i] Le pique-nique sur l’Acropole, Louky Bersianik.

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

Céline Hequet

J’adhère totalement aux propos de ce texte je m’explique mal la réponse qui a été publiée par Colette St-Hilaire. Faire appel à un nombre assommant d’auteures, n’est-ce pas ce qu’on a déjà qualifié de langue « macho ». Il est évident qu’à la suite d’une telle réponse, jamais je n’oserais même dans le noir et en pensée vouloir écrire quelque chose pour Raisons Sociales. Je n’ai pas assez lu, je n’aurai jamais assez lu, problèmes de concentration et bacc en sciences pures comme boulets. Ce fameux syndrôme de l’imposteure, mon Dieu, combien est-il féminin! Merci de nous l’enfoncer encore un peu plus loin dans la gorge…

J’aimerais parler de la genèse du projet Raisons Sociales. Au chalet (une fois seulement). La gang de militants-intellos cools. Une autre gang de blondes déboutées, laissées à Montréal. Bien sûr, nous ne sommes pas les étoiles filantes que nos chums ont été dans ces milieux d’hommes. Et vous savez quoi? C’est comme ça que je suis devenue féministe. En militant et en prenant conscience de ma place de femme dans la société.

Comme le souligne Valérie Lefebvre-Faucher, il ne suffit pour de le dire pour qu’une revue soit féministe. Personne ne peut être contre la vertue. Des telles postures doivent s’intégrer dans une pratique. Et je ne peux croire qu’on remette encore en question l’alternance homme-femme. Misère! Mais si le débat du poil en-dessous des bras n’est toujours pas réglé comme nous le révèle le Léagate, il reste certainement beaucoup à faire…