31 octobre 2016 | Revue > >

Engels à Montréal

Pierre Beaudet

Au début de l’automne 1888, Friedrich Engels (1820-1895), le compagnon intellectuel de Karl Marx (décédé en 1883), chercheur sur ses propres bases et actif participant aux luttes et mouvements socialistes de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, débarque à Montréal. C’est une visite essentiellement privée, presque touristique, qui fait suite au séjour d’Engels à Boston, New York et Toronto. Au-delà du côté anecdotique, ce bref passage du corédacteur du Manifeste du parti communiste révèle quelque chose.

Le but de ce texte finalement est de mieux comprendre l’évolution socialiste sur la question nationale. Cette question est restée globalement en suspens, avec des avancées et des errements. Aujourd’hui, elle est reposée aux confluents des luttes et des explorations théoriques qui, tout ne partant pas sur une page blanche, vont plus loin dans l’analyse et la stratégie.

 

L’honorable vieillard

Engels est alors une des grandes personnalités de la grande famille socialiste européenne. Il représente la tradition d’un passé glorieux, révolutionnaire et militant, associé aux grandes luttes démocratiques de 1848, à la fondation de l’Association internationale des travailleurs (1864-1878), à la Commune de Paris (1871). Il a écrit beaucoup et ses ouvrages sont lus en plusieurs langues. Engels se présente avec l’assurance d’une personne qui détient les clés d’une « science marxiste »,  une sorte de matrice théorique permettant de comprendre le monde et surtout, de le changer.

Au crépuscule de sa vie, le vénérable vieillard se consacre à divers travaux philosophiques qui continuent d’avoir un large écho[1]. Parallèlement, il maintient une abondante correspondance avec plusieurs mouvements socialistes, se permettant d’intervenir et de donner son opinion qui, assez souvent, est très respectée. Son autorité est à la fois morale et réelle. En gros, Engels croit sincèrement en la force montante du projet socialiste. Il estime que le capitalisme arrive en fin de course. Évidemment, son univers politique et intellectuel est centré sur l’Europe capitaliste. C’est là, estime-t-il, d’où surgira l’élan du changement.

L’irrésistible marche de l’histoire

Au tournant des années 1880, les socialistes européens vivent une grande transition. L’autodissolution honteuse de l’Association internationale des travailleurs (AIT) a mis fin à l’utopie d’une grande révolution qui devait franchir tous les obstacles, tout en ouvrant de nouveaux horizons aux mouvements qui prennent forme[2]. En dépit du vent de répression qui frappe fort, des mouvements socialistes progressent, un peu partout en Europe. Ils gagnent des sièges au parlement et dans les municipalités. Des syndicats finissent par arracher le droit d’exister. Ils se rallient une importante fraction des intellectuels. Des pourparlers ont lieu pour reconstituer une plateforme internationale (la future Internationale socialiste, dite Deuxième Internationale).

Au bout du compte, Engels est très optimiste, surtout en considérant que le socialisme « avance avec une vitesse toujours croissante ». Il pense que c’est en Allemagne que de vraies ruptures sont à la veille de survenir et que son pays natal pourrait être «  le théâtre de la première grande victoire du prolétariat européen? »[3].

Cette perspective optimiste correspond à l’« air du temps » en cette période de l’Europe, où s’expriment de grandes individualités comme Karl Kautsky (1854-1938), le « successeur » intellectuel de Marx et d’Engels et dirigeant du SPD, ainsi que Georges Plekhanov (1856-1918), dont l’influence domine dans les cercles socialistes en Russie. Engels défend une conception largement partagée par les socialistes.  

Dans son ouvrage, l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1884), il s’expose un schéma linéaire sur l’histoire du monde. Les sociétés du « communisme primitif » se transforment et se modernisent. Elles constituent des États, qui sont par la suite centralisés et restructurés par le capitalisme. Puis les conditions sont en place pour le grand saut vers le socialisme. Engels lit l’histoire en fonction d’une perspective totalisante, européocentrée, en érigeant « le modèle évolutif particulier d’un continent en monopole universel »[4].

Le voyage en Amérique

À l’été 1888, Engels décide de visiter son ami Friedrich Adolph Sorge (1828-1906), un socialiste allemand exilé aux États-Unis depuis 1848. Ferme partisan de Marx et d’Engels, Sorge est impliqué dans les cercles socialistes germanophones aux États-Unis, sans être par ailleurs beaucoup lié aux mouvements américains (syndicats, afro-américains, féministes, ruraux, etc.). Comme les socialistes européens, il estime que ces mouvements ne correspondent pas, selon lui, au « modèle » socialiste[5]. De par ses liens avec Marx et Engels, Sorge sort de la pénombre en devenant brièvement le secrétaire général de l’Association internationale des travailleurs (AIT), quand son siège est abruptement déménagé à New York en 1872. Choix funeste ou délibéré, cette décision sonne le glas de l’Internationale qui se déconnecte des mouvements européens, alors le « centre du monde » socialiste[6]. Finalement, l’AIT est dissoute (1878), sans laisser pratiquement de traces, sinon qu’un souvenir qui sera plus tard récupéré par la Deuxième et la Troisième Internationales.

Pour découvrir l’Amérique et par fidélité pour son vieil ami, Engels débarque à Boston en août 1888. Après avoir visité  New York, il passe quelques temps à Hoboken (New Jersey) chez Sorge. À la fin du mois, il continue son périple, visite les chutes Niagara, puis, il traverse la frontière vers Toronto et Kingston. Il arrive enfin à Montréal en septembre où il passe quelques jours. Et c’est alors qu’il écrit à Sorge une lettre privée dans laquelle il livre ses impressions :

Le Canada est riche de maisons ruinées plus que tout autre pays sauf l’Irlande. Nous essayons ici de comprendre le français canadien, qui est un langage encore plus primitif que l’Anglais yankee (that language beats Yankee English hollow) (…) La transition des États-Unis vers le Canada est étrange. Au début, on peut s’imaginer qu’on est en Europe, jusqu’à temps qu’on s’aperçoive qu’on est dans un pays qui régresse et qui est décadent. Ici on constate que le fiévreux esprit spéculatif des Américains est nécessaire pour assurer le développement rapide d’un nouveau pays (à condition qu’on considère la production capitaliste comme une base de départ). D’ici 10 ans, ce Canada endormi sera mûr pour l’annexion. De toute manière, le pays est déjà annexé à moitié. Ils (les Canadiens) peuvent rechigner et résister comme ils le veulent. La nécessité économique du sang yankee ira de l’avant et abolira cette ridicule frontière[7].

Le jugement d’Engels est sans appel : les Canadiens et en particulier les Canadiens-français, sont des péquenots, une sorte de peuple « sans histoire », condamné à la disparition devant le « dynamisme » yankee. Évidemment, Engels ignore tout de l’histoire de ce pays, de ses mouvements populaires et de ses luttes sociales. Il n’a jamais entendu parler de la révolte républicaine de 1837-38 et même pas, quelques années avant sa visite, de la rébellion des Métis. Il ne sait pas que Montréal demeure le site d’un mouvement ouvrier dynamique animé par des syndicats militants et des personnalités progressistes tels Louis-Aimable Jetté (1836-1920) et Médéric Lanctôt (1838-1877).  En fin de compte, le vieux sage n’a rien vu ni compris. On pourrait dire alors que cette lettre, oubliée par le temps, ne garde aucun sens. Mais en réalité, cette histoire n’est peut-être pas aussi insignifiante qu’elle n’en a l’air.

 

Les peuples sans histoire

Dès leur irruption dans le monde politique et intellectuel européen, Marx et Engels construisent une vision optimiste de l’histoire où les luttes des classes sociales, avec comme principal protagoniste le prolétariat, sont au centre. Les luttes prolétariennes, c’est l’histoire avec un grand H, dont le point d’aboutissement est l’abolition et le dépassement du capitalisme. C’est une lutte, disent-ils, internationale, qui ne respecte ni les frontières ni les États-nations. Ce n’est pas un petit accomplissement, car les deux amis ont réussi, selon Pierre Mouterde, « à l’encontre du formidable poids de l’idéologie dominante de l’époque—de soulever l’importance des solidarités nées du travail salarié »[8].

Sur ces concepts d’États et de nations, Marx et Engels insistent sur leur historicité. Ce sont des caractéristiques de la société actuelle appelés, à plus ou moins longue échéance, à disparaître. Dans le Manifeste du parti communiste (1847), il n’y aucune définition claire des nations.

Ce n’est pas important en fin de compte, car, pensent-ils, la marche de l’histoire trace le chemin : « les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent »[9]. Cependant ils ajoutent une phrase un peu sibylline : « comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore national, quoique nullement au sens bourgeois du mot »[10]. On n’est plus tout à fait sûr de comprendre. Le prolétariat est « national » et « international » en même temps.

La hiérarchie des peuples

La révolution, selon Marx et Engels, surviendra dans les centres industriels avancés, comme en Angleterre. Il y a d’autres lieux et d’autres luttes, mais l’Histoire avec un grand H se mène là où le capitalisme est achevé. Ailleurs, il l y a de l’agitation, des confrontations, voire des soulèvements, mais il s’agit de situations dépassées. Certains peuples sont révoltés, mais ils sont en même temps figés dans le temps, évacués en quelque sorte par l’irruption de la modernité et des nations « conquérantes », industrielles, modernes. Ce sont des peuples en dehors de la modernité, en face desquels s’érigent des peuples « conquérants ».C’est le cas notamment aux États-Unis que Marx et Engels connaissent peu, mais qu’ils admirent. Engels est plus catégorique, car il applaudit la violente conquête du Mexique par les États-Unis (1846-48). Les Mexicains, dit-il, sont un « peuple paresseux ». Les États-Unis amènent la « civilisation » et bien que cette agression soit illégale et immorale, cela n’est pas important « pour l’histoire du monde »[11].

En périphérie de l’Europe, dans les Balkans, des peuples combattent l’Empire austro-hongrois (1867-1917), réclamant leur émancipation. Mais selon Engels, les Serbes, les Tchèques, les Slovaques, les Roumains vont à l’encontre de l’histoire : « Des peuples qui n’ont jamais eu leur propre histoire, qui passent sous la domination étrangère à partir du moment où ils accèdent au stade le plus primitif et le plus barbare de la civilisation, ou qui ne parviennent à ce premier stade que contraints et forcés par un joug étranger, n’ont aucune viabilité, ne peuvent jamais parvenir à quelque autonomie que ce soit[12].

Comme les socialistes allemands et autrichiens, Engels pense que ces peuples « sans avenir » doivent simplement accepter leur assimilation par une civilisation supérieure.

Le charme discret du colonialisme

L’idée de la nécessaire conquête des « petits » peuples prend une autre tournure au moment où le capitalisme européen entreprend d’imposer sa domination sur l’Afrique et en Asie. Marx et Engels, comme pratiquement tous les socialistes européens, voient ces aventures coloniales sous l’angle d’une modernisation « nécessaire ». Il y a derrière cette vision des relents hégéliens. Pour Hegel, l’irrésistible « marche de l’histoire » laisse des peuples derrière la « modernité ». Il est alors « naturel » que « des nations civilisées considèrent et traitent d’autres nations qui leur sont inférieures dans le moment substantiel de l’État comme des barbares, avec la conscience d’un droit inégal, et leur indépendance comme quelque chose de formel »[13].

Malgré les pratiques de prédation et de pillages qui découlent du colonialisme, il permet aux peuples « sans histoire » d’y entrer, comme en Algérie. Selon Engels, « La conquête de l’Algérie (par la France) est un fait propice au progrès de la civilisation […] Si l’on peut regretter que la liberté ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins sont un peuple de voleurs […] Après tout, le bourgeois moderne avec la civilisation, l’industrie, l’ordre et les « lumières » qu’il apporte tout de même est préférable au seigneur féodal ou au pillard de grand chemin et à l’état barbare de la société à laquelle ils appartiennent[14].

Sur l’Inde (la plus importante colonie de l’Empire britannique à l’époque), Marx estime que ce pays barbare, stagnant, fondé sur le despotisme oriental, pourrait être avantagé par la conquête coloniale, car celle-ci, au-delà des atrocités qui sont commises contre les Indiens, permettra une transformation radicale de ce pays : « l’Angleterre, en provoquant une révolution sociale en Hindustan, était guidée par les intérêts les plus abjects.

Mais il s’agit de savoir si l’humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie. Il se pourrait donc que la colonisation britannique ait été un instrument inconscient de l’Histoire en provoquant cette révolution »[15].

 

Bifurcation : le second regard de Marx

À la fin de sa vie, Marx prend une certaine distance par rapport à cette vision du monde. Il change d’avis sur l’Inde où il constate que le colonialisme se traduit par une « fausse » modernisation qui, en fin de compte, fait en sorte que la misère et le pillage des colonies, nourrit, en quelque sorte, le développement capitaliste des métropoles[16]. Face aux luttes nationales en Europe, il y aussi une inflexion. Aux yeux de Marx et aussi d’Engels, elles prennent alors du sens, en autant qu’elles sont utiles à la lutte pour le socialisme. C’est le cas notamment en Irlande, qui  un des maillons faibles du dispositif du pouvoir en Angleterre capitaliste. Il faut être partisan de l’indépendance de l’Irlande, parce que, « la classe ouvrière anglaise ne pourra jamais faire quelque chose de décisif tant qu’elle ne rompra pas de la façon la plus nette avec la politique des classes dominantes et qu’elle ne fera pas cause commune avec les Irlandais. Il faut pratiquer cette politique en en faisant non une question de sympathie pour l’Irlande, mais une revendication qui se fonde sur l’intérêt même du prolétariat anglais[17].

Ce positionnement de Marx repris par Engels est courageux, mais on ne peut pas dire qu’il a une grande influence sur le mouvement socialiste en Angleterre. Pour autant, la discussion au sein de l’AIT qui soutient l’indépendance de la Pologne. Ce nouvel intérêt pour les luttes d’indépendance est parallèle aux recherches ultimes de Marx sur la Russie qui est à l’époque un État hybride, féodal et monarchique d’une part, capitaliste d’autre part. La discussion entreprise par les socialistes russes tente de déterminer une stratégie : doit-on d’abord lutter pour la démocratie, ou peut-on, simultanément, revendiquer les droits et le passage au socialisme ? En commentant cette question, Marx en vient à penser qu’il n’y a pas un chemin unique dans l’histoire, que la trajectoire des pays capitalistes comme l’Angleterre n’est pas un « modèle » inévitable. Il faut alors sortir du cadre rigide qui est en train de devenir le « marxisme » (à la blague, Marx disait qu’il était tout sauf « marxiste »). Pour éviter de penser les hypothèses de Marx comme des schémas linéaires et inévitables, il faut donc tenir compte, comme le disait  Daniel Bensaïd, du « développement inégal entre différentes sphères sociales, politiques, culturelles, (ce qui) implique la notion d’un progrès qui ne soit ni automatique ni homogène »[18].

 

L’angle mort du socialisme

Sur le fonds, les luttes et les mouvements socialistes peuvent se commettre avec les luttes pour l’indépendance ou la décolonisation, si et seulement elles permettent l’avancée des « vraies » luttes socialistes. Engels accepte, davantage par résignation que par conviction, que la révolution socialiste doive passer « probablement » par l’indépendance des peuples dominés. Mais ajoute-t-il, les « pays sous simple domination peuplés d’indigènes (les Indes, l’Algérie, les possessions hollandaises, portugaises et espagnoles) devront être provisoirement pris en charge par le prolétariat et conduits à l’indépendance aussi rapidement que possible »[19].

Le débat avorté sur le droit à l’autodétermination

Au début du vingtième siècle, les socialistes européens poursuivent dans ce chemin. L’utopie de la révolution socialiste « universelle » (lire européenne) est enchâssée dans la pensée de ce qui devient la Deuxième Internationale (elle prend réellement forme à Paris en 1901, donc après le décès d’Engels). De grands partis socialistes européens, comme le Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD) en Allemagne, progressent de manière fulgurante, tant au nombre des effectifs que de par l’influence qu’ils exercent dans les municipalités, les syndicats et d’autres institutions. Pour autant, la question nationale demeure un terrain miné. Dans les Balkans et en Europe centrale, les « peuples sans histoire » réclament leur indépendance face à la Russie tsariste et aux Empires austro-hongrois et Ottoman.

Face à cette crise qui se transforme en guerres interminables, les socialistes dont divisés. Certains comme Karl Kautsky acceptent d’intégrer les revendications nationales comme des objectifs démocratiques incontournables. Mais ces droits nationaux, dit-il, doivent être soumis « aux besoins du développement social général dont la force motrice la plus puissante est la lutte de classes du prolétariat »[20]. Au bout du compte, il faut moduler les revendications pour l’autodétermination selon les impératifs de la lutte des classes. Par ailleurs, en admettant que ces droits veulent être reconnus, Kautsky veut préserver l’intégrité territoriale de l’Empire austro-hongrois, entre autres, davantage porteur de modernité et de progrès social que de « petits » États indépendants qui surgiraient ici et là selon la volonté des peuples.

Rosa Luxemburg (1871-1919), une autre grande personnalité de l’époque, est d’accord avec Kautsky. Dans son pays natal (la Pologne, alors une province de l’Empire tsariste), la lutte pour l’indépendance est « un slogan appartenant à la panoplie du libéralisme bourgeois décati. La substance et l’essence de l’État moderne n’incluent pas la liberté et l’indépendance de la « nation », mais uniquement la domination de classe de la bourgeoisie »[21].

L’« opinion »  socialiste, si on peut dire, partage ce refus, comme l’exprime le militant hollandais Anton Pannekoek (1873-1960) : « Les mots d’ordre et les objectifs nationaux divisent les ouvriers des différentes nations, provoquent leur hostilité réciproque et détruisent ainsi l’unité nécessaire du prolétariat.[22]. Il y a toutefois des voix critiques, dont celle de l’autrichien Otto Bauer (1881-1938), qui lutte, non seulement pour la reconnaissance des revendications nationales, mais aussi pour des solutions politiques, en reconnaissant aux nations dominées le droit d’exiger l’autonomie culturelle, à l’intérieur des États multinationaux.

La révolte des colonies et l’irruption des soviets

Pendant que ces débats traversent les mouvements européens, la révolte des colonies éclate un peu partout. Des massacres sans précédent surviennent en Namibie, au Congo au Maroc, respectivement des colonies allemandes, belges et françaises. En 1907, le Congrès de l’Internationale à Stuttgart (Allemagne) est la scène d’un débat instructif.

Pour le leader socialiste allemand Éduard Bernstein (1850-1932), la colonisation est un fait qu’il serait erroné de combattre. Selon Bernstein, « les colonies sont là pour rester. Les peuples civilisés doivent guider les peuples non civilisés. Notre vie économique repose sur des produits qui viennent des colonies que les indigènes ne peuvent pas utiliser »[23]. Jean Jaurès (1859-1914), le porte-parole le plus connu du socialisme français, appuie la colonisation de l’Algérie, tout en dénonçant la brutalité de l’armée coloniale. Les Algériens, dit-il sont « des enfants ». On pourra les civiliser en construisant des écoles, conclut Jaurès.

 

Bifurcation : L’Internationale communiste et le droit à l’autodétermination

En 1917 survient une révolution impensée en Russie, où les socialistes se retrouvent devant une situation inédite. Les peuples dominés constituent plus de 50 % de la population dans l’État tsariste. Lénine pense que l’irruption dans l’histoire de ces « petits » peuples est la clé. Il préconise alors l’acceptation sans condition du droit à l’autodétermination, y compris le droit de constituer des États indépendants[24]. Car, dit-il, le nationalisme des dominés n’est pas celui des dominants[25]. Les territoires qui étaient sous le joug de la Russie deviennent presque tous indépendants (Finlande, Pologne, pays baltes, etc., avec l’appui de la nouvelle Russie, qui tient cependant à garder son influence dans la région, à commencer par le périmètre « proche (Ukraine, Biélorussie) pour construire une « Union » de républiques qui tout en gardant leur identité acceptent de demeurer dans le nouvel État plurinational. Parallèlement, le nouveau pouvoir soviétique lance un grand mouvement anti-impérialiste, comme l’affirme Grigori Zinoviev (1883-1936), qui préside alors la nouvelle Internationale Communiste, lors d’une rencontre à Bakou en 1922 : « Nous sommes convaincus que nous ne pourrons abolir définitivement l’exploitation de l’homme par l’homme que si nous allumons l’incendie révolutionnaire, non seulement en Europe et en Amérique, mais dans le monde entier. Le temps est venu d’organiser une guerre sainte contre les capitalistes britanniques et français[26]. Pour le communiste indien M.N. Roy (1887-1954) « Par l’exploitation des masses dans les colonies, l’impérialisme européen est en mesure d’offrir à l’aristocratie ouvrière d’Europe une concession après l’autre. La destruction des empires coloniaux, ensemble avec la révolution prolétarienne dans les métropoles, renversera le système capitaliste en Europe[27]. Lors de son deuxième congrès en juillet 1920, l’IC déclare que « tout Parti appartenant à la III° Internationale a pour devoir de « soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des nationalités opprimés et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux »[28]. C’est ainsi qu’en France, le Parti communiste organise en 1926 une fracassante campagne en faveur de la révolte anticoloniale dans la région du Rif au Maroc. André Marty, dirigeant du PCF et de l’Internationale, lance un appel : « Les travailleurs français doivent soutenir les Rifains et considérer les peuples coloniaux comme des frères de misère puisqu’ils luttent contre le même ennemi. Tous les marchandages des brigands impérialistes qui se sont partagé l’Afrique et le Maroc sans consulter les populations sont nuls et non avenus. Quand nous affirmons qu´un peuple a le droit de disposer de lui-même, nous reconnaissons à toute colonie ou à tout État assujetti le droit de se séparer de l’État qui l’opprime, et cela s’il le faut, par l’insurrection »[29].

 Le passé rattrape le présent

À la fin des années 1920, l’Internationale communiste abandonne peu à peu l’idée de cette révolution qui viendrait des peuples dominés. Sous l’influence de Staline, la politique de Moscou vise  à utiliser les mouvements de libération nationale, où l’Internationale impose aux communistes chinois d’être intégrés au mouvement nationaliste, le Kouo-Min-Tang. En dépit de soubresauts ici et là, l’appui aux mouvements de libération est relégué à de belles déclarations, d’autant plus, que face au péril nazi, l’URSS s’allie aux puissances impérialistes et coloniales.

 

Bifurcation : l’exploration de Gramsci

Le dirigeant communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) apporte une réflexion approfondie sur les raisons de l’échec de l’Internationale à soulever les peuples. Il observe, après les grèves insurrectionnelles en Italie en 1919, le grand reflux de la gauche italienne qui mène à la mise en place du régime fasciste de Mussolini (1922). Il estime que cette défaite est en partie due aux défaillances du Parti communiste italien dont il est l’un des fondateurs. Parmi ces angles morts, figure le fait que le PCI ignore tout de la question « méridionale », c’est-à-dire la fracture qui subsiste en Italie entre le « Sud », agraire, féodal, sous-développé, et le « Nord » industrialisé, scolarisé et (relativement) prospère.

L’idéologie moderniste qui prévaut, y compris au sein de la gauche, occulte la réalité du sud de l’Italie qui est vue comme quasiment un autre pays, enfermé dans le passé et peu susceptible d’être une terre fertile pour le socialisme. En réalité, ce sud paysan est une sorte de colonie intérieure du capitalisme italien. Par ailleurs, l’Italie n’a pas complété son unification et reste un « patchwork » de nationalités aux contextes culturels, politiques, économiques fort différents. Venant de la Sardaigne, une région périphérique de l’Italie, Gramsci est bien conscient de ces contradictions.

Cette situation est soutenue par un dispositif culturel et idéologique au sein duquel les classes populaires du nord en viennent à penser que les gens du sud sont « paresseux, incapables, criminels ». Il faut absolument, dit Gramsci, briser ces préjugés et reconstruire un projet socialiste hégémonique, c’est-à-dire pour l’ensemble des classes populaires en Italie, ce qui, « compte tenu des rapports réels qui existent entre les classes (doit) réussir à obtenir l’assentiment des larges masses paysannes ».

Dans ses Cahiers de prison, il explique que le Parti communiste doit coaliser les ouvriers du nord (bastion des luttes) et les paysans du sud qui sont, en quelque sorte, une « autre » nation en Italie. Il faut dès lors « nationaliser » le marxisme, l’ancrer sur une analyse beaucoup plus serrée des conditions concrètes. Le PCI, affirme-t-il n’a pas été en mesure de « parler » aux masses paysannes du sud. Le socialisme et l’internationalisme des communistes ont été « contaminés par un langage « vague et purement idéologique (au sens défavorable du terme) pour lui donner un contenu de politique réaliste ». Ce faisant, ajoute-t-il, les forces révolutionnaires ont été incapables de construire un véritable concept d’hégémonie, où se nouent les exigences de caractère national»[30].

Au sein de la social-démocratie, qui connaît une nouvelle embellie après 1945, on constate la même duplicité. En France en 1956, le gouvernement français, soutenu par le Parti communiste, obtient les pleins pouvoirs pour mâter l’insurrection algérienne. Cependant, les mouvements de libération refusent de plier. Ils accusent, comme le Martiniquais Aimé Césaire (1913-2008) la gauche française d’« assimilationnisme » et de chauvinisme[31]. Celle-ci, affirme Frantz Fanon (1926-1961), reste emprisonnée dans le prisme colonial. Elle n’entend pas, elle ne voit pas, l’appel et la lutte des damnés de la terre[32]. Peu importe au bout du compte, les colonisés prennent les choses en mains.

 

Le fantôme d’Engels

Terminons par le début. Au Canada, Engels découvre un autre peuple « sans histoire ». Le socialisme canadien, malgré l’essor de mouvements précurseurs (comme le Parti ouvrier et l’Université ouvrière créée par Albert Saint-Martin), reste totalement autiste, dans la tradition des mouvements européens, britanniques principalement[33]. Il ignore totalement la résistance qui se manifeste au Québec contre l’impérialisme britannique (la guerre des « boers » en Afrique du Sud, puis la Deuxième Guerre mondiale.

Comment expliquer ces choix ? Au Canada, le bloc hégémonique s’est construit, depuis la Conquête (1759-1760, plus encore, depuis la défaite de l’insurrection républicaine de 1837-38, sur un pouvoir des classes qui s’appuie sur la subjugation des peuples, notamment le peuple québécois et les peuples autochtones. Cette subjugation n’est pas du même ordre, car les Québécois, ou devrait-on dire, leur élite, obtient des pouvoirs subsidiaires qui lui permet de sortir du cadre strictement colonial. Cela ne change pas au fait que la « confédération » canadienne (qui n’en est pas une) mise en place en 1867 enferme le Québec dans un cadre qui bloque à la fois l’émancipation nationale et l’émancipation sociale.

Cette politique inspiré par la gouvernance britannique du « divide and rule » permet d’atténuer les clivages de classes. Cette stratégie consiste à fragmenter les couches populaires selon des définitions ethnistes, appuyées par des pratiques de discrimination qui fragmentent la conscience populaire. Au bout de la ligne, l’État canadien réussit à manipuler une culture de l’exclusion qui pénètre les milieux populaires canadiens pour qui les Canadiens-français apparaissent comme une bande de demeurés. C’est cette vision du monde qui domine le socialisme, et même le communisme canadien pendant une très longue époque.

L’autisme de la gauche canadienne

En 1904, le Parti socialiste du Canada est fondé[34]. Il est surtout implanté dans l’ouest et en Ontario, mais il dispose d’une petite base à Montréal, surtout parmi les travailleurs immigrants anglophones. En 1911, le Parti social démocratique est créé dans le même créneau. Comme Engels, ces socialistes ignorent la réalité sociale et démographique du Canada français. Ils perçoivent les fils et les filles de paysans comme une population subjuguée par l’Église et son puissant réseau d’organisations dont la Confédération des travailleurs catholi­ques et canadiens (CTCC)[35].

Après la Première guerre mondiale, le socialisme se radicalise un peu partout dans le monde dans le sillon de la révolution soviétique. Divers groupes communistes et anarcho-syndicalistes se mettent en place en Ontario et dans les provinces de l’ouest où l’influence des radicaux américains (Industrial Workers of the World) se fait sentir. Des grèves se multiplient et débouchent même sur une confrontation généralisée à Winnipeg en 1918, pendant laquelle les grévistes prennent le contrôle de la ville pendant quelques jours. Cette radicalisation, à une échelle modeste, prend forme également au Québec. Le travail de fourmi d’Albert Saint-Martin a créé une frange radicalisée parmi la population francophone, notamment à Montréal. Saint-Martin pense même établir un Parti communiste canadien-français, mais les communistes canadiens s’y opposent[36].

Après un départ difficile, les communistes tentent de suivre le chemin de leurs camarades européens en constituant des fronts populaires pour combattre le fascisme. Contre la montée de la droite dans le contexte canadien, cette politique implique le renforcement de l’État fédéral, perçu à la fois comme un rempart contre les tendances fascisantes au Québec, et également comme le fer de lance d’un nationalisme canadien progressiste.

Parallèlement en 1933, divers groupes de tradition social-démocrate s’unissent sous l’égide du Co-operative Commonwealth Federation (CCF). Ils préconisent un nationalisme canadien agressif ainsi qu’une réforme de la constitution, orientée vers l’abolition du sénat, considéré comme un vestige du pouvoir monarchique. La question québécoise ne figure même pas au programme adopté à la convention de fondation[37]. Cette situation explique que les différentes tentatives du CCF, et plus tard du NPD, pour s’implanter au Québec, sont demeurées infructueuses. Dès la fondation du NPD en 1962, la majorité des membres québécois vont quitter ce parti pour créer le Parti socialiste du Québec)[38].

Timides tentatives

Quelques intellectuels de gauche canadiens, dont le communiste Stanley Bréhaut-Ryerson, tenteront d’aller à contre-courant. Pendant plusieurs décennies, le Parti communiste va jusqu’à nier que les « Canadiens-français » constituent une nation[39]. Il lutte pour le renforcement de l’État fédéral, contre les revendications autonomistes s’exprimant au Québec sous l’égide de la droite nationaliste. Ryerson à travers ses travaux politiques et historiques réussit cependant à arracher au PCC une reconnaissance formelle du droit à l’autodétermination au Québec au début des années 1950 :

Nous défendons le droit du Canada français à l’autodétermination y inclus le droit de former un État séparé si le peuple en décide ainsi. Nous considérons que la lutte pour l’égalité nationale véritable est une tâche majeure de la classe ouvrière dans la lutte pour le progrès, la démocratie et le socialisme. Nous prônons le principe fédéral que la constitution canadienne doit reconnaître le caractère national du Canada français. »[40]. Il réhabilite les luttes nationales et démocratiques du peuple québécois en attaquant le discours méprisant et colonial du socialisme canadien traditionnel[41].

 

Bifurcation : la tentative de Ryerson  

La reconnaissance par le Parti communiste du droit à l’autodétermination marque, quoique d’une façon erratique et hésitante, un changement. Impulsé par Ryerson, ce virage se construit sur une autre lecture de l’histoire du Canada, à l’encontre du narratif imposé par l’État et les classes dominantes où les « deux nations » se seraient unies par consentement, pour le bonheur de tout le monde ! La réalité historique, affirme-t-il, est qu’un peuple a été subjugué par un Empire étranger. La révolte républicaine de 1837-38, menée au Québec avec l’appui de certains secteurs de la population du Haut-Canada, était aussi une lutte pour l’autodétermination. 100 ans plus tard, il considère que les inégalités sociales et économiques qu’on observe au Québec par rapport au reste du Canada, sont systémiques et structurées par l’État fédéral, et non, comme l’affirme le discours dominant, à cause de l’ « arriération » culturelle du Québec. Si le nationalisme au Québec est monopolisé par la droite, c’est la faute de la gauche de n’avoir pu proposer une alliance entre la cause de l’émancipation nationale à celle de l’émancipation sociale. Plus tard en dépit des réticences du Parti communiste, Ryerson conclut que le droit à l’autodétermination doit inclure le droit de constituer un État indépendant[42].

Entre-temps et tout au long des années subséquentes, la politique du PCC change peu. La moitié des membres au Québec (majoritairement francophones), menés par le syndicaliste Henri Gagnon, décide de quitter le parti en 1947[43]. Ils s’opposent à ce qu’ils perçoivent comme un double discours du PCC qui reconnaît, d’un côté, le « droit à l’auto-détermination » et qui dénonce, de l’autre, le « danger séparatiste » et l’importance pour l’État fédéral de centraliser les pouvoirs. Le Parti communiste, affirme Gagnon, tombe dans le « nihilisme national ». Il prétend répondre aux aspirations nationales en niant « le droit de la libre disposition nationale. Lorsqu’ils parlent de ce droit, c’est pour en renvoyer la lutte dans un lointain futur ou encore, pour le placer comme un problème qui aura sa solution après le socialisme »[44].

Tout en reconnaissant ce droit, le PCC affirme que l’avenir du pays sera mieux servi par l’union volontaire du Canada français au Canada de langue anglaise dans une union fédérale respectant la complète égalité nationale du Canada français »[45]. Parallèlement, le PCC une centralisation accrue des pouvoirs du gouvernement fédéral dans les champs de compétence provinciale. Il demande qu’on lève les obstacles législatifs et constitutionnels pour qu’Ottawa puisse intervenir directement dans les domaines des services sociaux, de l’éducation, de la santé publique et de la sécurité sociale »[46].

Mort et renaissance du socialisme au Québec

Dans le tournant des années 1950, les socialistes au Québec connaissent un déclin vertigineux. Le Parti communiste à la fois victime de la guerre froide et incapable de se construire une base solide parmi la population majoritaire, devient un acteur très mineur. Les socialistes du NPD sont relégués par la dissidence à l’intérieur de leur propre parti, et qui exprime la volonté de réinventer un socialisme indépendantiste québécois.

 

Bifurcation : La nouvelle gauche canadienne

À la fin des années 1960, divers groupes de gauche dissidents et généralement petits connaissent un certain essor, notamment à travers le mouvement étudiant, l’opposition à la guerre au Vietnam et dans les marges du mouvement syndical. Ces mouvements expriment une perspective plutôt critique par rapport à la gauche traditionnelle.

Au sein du NPD, une frange radicale prend forme et lutte sur tous les fronts, y compris pour la reconnaissance du Québec. C’est le cas du Waffle, un groupe qui conteste la direction du parti et qui réussit à coaliser plusieurs jeunes. Dans son manifeste de 1969, le Waffle affirme qu’un Canada uni est d’une importance cruciale pour construire une stratégie gagnante face à l’impérialisme américain. L’histoire et les aspirations du Québec doivent s’exprimer en espérant qu’elles rejoignent la perception de tous : « deux nations et une seule lutte »[47].

Des groupes associés à la Quatrième Internationale vont plus loin, La nation québécoise est une nation opprimée. « la source de cette oppression nationale est la domination par le capital étranger, anglo-canadien et américain »[48]. « Le Canada français a le droit historique de déterminer librement ses relations avec le Canada anglais, y compris le droit de se séparer s’il le désire. Les socialistes révolutionnaires défendent le droit à l’autodétermination et estiment que la lutte pour l’indépendance se fond avec la lutte pour le socialisme. Comme pour la lutte d’indépendance de l’Irlande, la lutte québécoise peut contribuer à l’avancement du socialisme partout au Canada.

Pendant plusieurs années, le vieux discours socialiste, ambivalent (au mieux), hostile (au pire) face à la question nationale décline énormément, jusqu’au retour temporaire du marxisme figé de la Troisième Internationale, sous la figure des groupes « marxistes-léninistes » des années 1970[49]. Au moins, ceux-ci reconnaissent le droit à l’autodétermination, tout en étant violemment hostiles au projet de constituer un État québécois autonome, sous prétexte de lutter pour un projet socialiste pancanadien.

La grande majorité des courants de gauche évolue cependant vers d’autres chemins. En délaissant derrière des perspectives dogmatiques et anhistoriques, elle tente de transcender le marxisme ossifié de la Deuxième et de la Troisième Internationales, et enfin, d’enterrer les vieilleries, errements et autres lubies, y compris celles d’Engels (parmi d’autres) !

Tout en s’opposant au nationalisme des élites québécoises ascendantes portées par le PQ, la gauche socialiste et communiste préconise un  nouveau projet, où l’indépendance du Québec « serait le moment d’un nouveau rapport de forces, d’une brèche dans le système de domination capitaliste en Amérique du Nord, d’où l’opposition irréductible qu’elle suscite dans la bourgeoisie à  l’échelle internationale. C’est ce qu’expriment alors les militant-es du Regroupement pour le socialisme :

Nous nous réclamons d’une tradition socialiste) où la question nationale est vue comme un levier qui, lorsque certaines conditions sont réunies, peut favoriser considérablement la lutte pour le socialisme. Dans ce courant, la lutte contre l’oppression nationale, pas seulement en mots, mais aujourd’hui et en conjoncture, est vue non pas comme une lutte secondaire qui risque de distraire du socialisme ni comme une lutte qui sera automatiquement résolue avec la victoire du socialisme, mais comme un axe stratégique incontournable dès maintenant dans la lutte historique pour le socialisme[50].

L’indépendance préconisée par le mouvement ouvrier québécois implique l’élaboration d’une stratégie anti-impérialiste et anticapitaliste à l’échelle continentale, et la coordination des forces ouvrières et populaires du Québec, du Canada et des États-Unis contre un même système de domination et non seulement la mise en place d’un État indépendant[51].

Ce socialisme québécois pourrait, selon diverses modalités, rejoindre les aspirations socialistes dans le reste du Canada, également, pour faire la jonction avec les luttes anticoloniales des premières nations.

Aujourd’hui, on en est encore à explorer ces sentiers. La convergence entre la lutte pour l’émancipation sociale et celle pour l’émancipation nationale est à l’ordre du jour, notamment avec Québec Solidaire et de nombreux mouvements populaires qui sont tous conscients de l’énormité du défi !

 

Bifurcation : reconstruire l’alliance  

Lors du Forum social des peuples (FSP) à Ottawa en août 2014, plusieurs mouvements populaires du Québec, du Canada et des Premières Nations se sont rencontrées pour échanger sur leurs luttes et voir si des stratégies convergentes pouvaient être établies. Une des conditions reconnues par plusieurs participants était une reconnaissance claire et explicite du droit du Québec à l’autodétermination.

Selon André Frappier, un des organisateurs de ces rencontres, il faut reconnaître que « le vaste mouvement social qui pourra seul livrer la lutte pour la souveraineté du Québec sera aussi porteur d’un changement de rapport de force et d’un changement social qui remettra en question les fondements de l’État canadien. Cette lutte peut devenir un déclencheur qui inspirera le mouvement ouvrier et populaire au Canada dans sa propre lutte pour l’émancipation sociale. Dans ce sens, le combat social au Québec a la possibilité de devenir commun avec celui de la population du reste du Canada avec des objectifs au départ différents. Dans cette perspective la solidarité du mouvement ouvrier et populaire canadien est non seulement importante parce qu’elle peut permettre de pousser plus loin la lutte pour la justice sociale au Canada, mais déterminante parce que ce faisant elle fera reculer la réaction canadienne contre notre lutte au Québec »[52]. 

Pour ne pas conclure

Aujourd’hui comme toujours, l’histoire continue. La tâche de comprendre l’enchevêtrement des contradictions à l’œuvre dans notre société reste aussi immense qu’elle l’a toujours été. Il faut bien sûr partir du concret, d’enquêtes approfondies sur ces contradictions, qui ont changé et qui continuent de changer. Ainsi, on ne peut pas penser que la question nationale en 2016 prenne exactement la même forme qu’en 1888, en 1917 ou en 1968.

Engels et Marx ont ouvert plusieurs pistes, certaines s’avérant plus fructueuses que d’autres. Leurs hypothèses, construites à partir des luttes sociales et de leurs travaux d’intellectuels-militants sur celles-ci, ont produit des connaissances et permis d’approfondir l’appropriation du réel par le dur labeur de la « praxis », ce va-et-vient entre la théorie et la pratique. Tout autant, ces expérimentations théoriques et politiques n’ont pas toutes abouti.

Marx en tout cas était conscient de cela, surtout qu’il ne pensait pas que l’ébauche d’un matérialisme historique auquel il voulait contribuer, ne pouvait pas établir LA « théorie établie une fois toutes. Plus concrètement, Marx niait que son travail, contrairement à ce qui était suggéré par certains de ses contemporains, constituait une « théorie historico-philosophique de la marche générale, fatalement imposée à tous les peuples, quelques soient les circonstances historiques où ils se trouvent placés »[53].

En affirmant cela, Marx disait en fin de compte que les formations sociales historiques comportent des caractéristiques spécifiques, de sorte qu’elles ne suivent pas un schéma établi par un « modèle ». L’analyse du capitalisme que Marx a fait en partant de ce qui était alors le « centre de gravité » de l’époque, l’Angleterre impériale, a permis de comprendre la dynamique du Capital dans un lieu et une époque déterminée, ce qui dégage à la fois des hypothèses scientifiques dont la validité dépasse l’objet spécifique, et, en même temps, qui se heurte à des limites et des contraintes.

L’Angleterre du dix-neuvième siècle n’était pas un « modèle », les autres formations sociales ayant leurs propres traits, leur propre dynamique. C’est d’ailleurs ce qui a mené Marx à passer les dix dernières années de sa vie sur la Russie, qui était pour lui un autre grand laboratoire où la méthode du Capital pouvait, devait, poursuivre l’enquête. S’il n’a pas eu le temps d’achever cette œuvre, ce sont d’autres intellectuels-militants essentiellement russes qui ont pris la relève, dont quelques-uns sont passés à l’histoire, Lénine, Trotski, Boukharine notamment.

Engels pour sa part a accompagné Marx dans plusieurs de ces recherches avec courage et abnégation. Son œuvre a surtout produit des vulgarisations permettant d’appréhender les concepts complexes de l’auteur du Capital et d’autres travaux scientifiques de l’époque[54]. Le défaut de la qualité, si on peut dire, est que son travail de vulgarisation scientifique, par ailleurs une tâche noble et importante, est parfois tombé dans certaines simplifications, pour ne pas dire simplismes, d’où une tendance à produire des « modélisations ». Cela l’a conduit à des impasses sur les « peuples sans histoire » et des erreurs factuelles et conceptuelles importantes sur les luttes et les mouvements dans des formations sociales subjuguées par le capitalisme-impérialisme européen. Au bout du compte, il s’est avéré que cette « marche de l’histoire », qu’il percevait comme incontournable, était une hypothèse sans issue.

Considérer que l’avenir de l’Inde, de l’Algérie, du Mexique (ou du Québec !) devait passer par l’intégration, pour ne pas dire l’assimilation à ce qu’il considérait comme les pays du capitalisme « avancé », était en fin de compte, une grave erreur théorique et politique, que le mouvement socialiste de son avènement à plusieurs décennies plus tard, a malheureusement intériorisé. Cela explique, en partie, le fait que les socialismes n’aient pu prendre racine dans le « sud », du moins, jusqu’à tardivement dans le vingtième siècle et jusqu’à temps que se lèvent de nouvelles générations de mouvements et de militants-intellectuels du Sud.

L’autre conséquence encore plus grave est que des membres de la « famille » socialiste ont fini par appuyer les ignobles aventures coloniales et impérialistes des États capitalises « avancés ». Ce fut certainement le cas avec la gauche européenne, en France et en Angleterre notamment. Il est plutôt consternant de constater que ce colonialisme de « gauche » continue de sévir aujourd’hui, en Europe mais partout dans les pays capitalistes, selon la logique tordue qu’il est nécessaire de « civiliser » les barbares, comme on le voit en Afghanistan, en Irak, en Palestine et ailleurs, et ce au nom des « droits humains ». C’est une opération de camouflage endossé par des gauches enlisées dans l’idée, sans trop l’avouer, d’un « modèle « occidental », alors qu’en réalité, il s’agit de perpétuer le « bon vieux pillage »[55].

Revenant à Marx et Engels, il ne s’agit pas de tomber dans un piège similaire et de lire les débats antérieurs avec nos lunettes d’aujourd’hui. Si le travail de Marx ne constitue pas LA théorie établie une fois pour toutes, cela ne change rien au fait que plusieurs de ses travaux constituent aujourd’hui un précieux héritage, notamment sur les rouages fondamentaux du capitalisme. Pour partir d’un bon pied, il faut faire le « ménage » dans ces « héritages » légués par les Marx et Engels d’une époque qui n’est pas si ancienne que cela.

Il est probable que ce « ménage » nous fasse revenir à quelques questions de méthode. Dans l’interminable débat entre l’idéalisme et le matérialisme, Marx nous encourage à sortir des définitions rigides, établies de manière téléologique, dans la tradition d’Hegel qui a eu et continue d’avoir une importance primordiale dans la pensée contemporaine. Aujourd’hui encore, le discours dominant « essentialise » le capitalisme et l’État, les fait apparaître comme des réalités « naturelles ». Dans cela se perpétue l’illusion qui consiste à concevoir le réel comme s’il était « le résultat de la pensée qui se rassemble en soi, s’approfondit en soi, se meut à partir de soi-même »[56]. Au contraire, la recherche doit « reconstruire » le concret, celui apparaissant « dans la pensée comme procès de rassemblement, comme résultat, et non comme point de départ, bien qu’il soit le point de départ réel, et par suite, aussi comme le point de départ de l’intuition et de la représentation »[57].

 

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[1] Pensons notamment à L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, publié en 1884.

[2] Voir à ce sujet L’Internationale sera le genre humain. De l’Association internationale des travailleurs à aujourd’hui, sous la direction de Thierry Drapeau et Pierre Beaudet, Montréal, M Éditeur, 2015.

[3] Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, préface à l’introduction de la première édition anglaise, 20 avril 1892, < https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/utopi-0.htm >

[4] Arif Dirlik, « Marxisme et histoire chinoise : la globalisation du discours historique et la question de l’hégémonie dans la référence marxiste à l’histoire » dans Extrême-Orient, Extrême-Occident, 1987, n°9, « La référence à l’histoire », reproduit par la revue Période, sous le titre de « Provincialiser le capitalisme », http://revueperiode.net/provincialiser-le-capitalisme-le-cas-de-lhistoriographie-chinoise/

[5] Voir à ce sujet, Mark Lause et Timothy Messer-Kruze, « L’AIT et les États-Unis », in L’Internationale sera le genre humain. De l’Association des travailleurs à aujourd’hui, sous la direction de Thierry Drapeau et Pierre Beaudet, Montréal, M Éditeur, 2015

[6] Voir L’Internationale sera le genre humain. De l’Association des travailleurs à aujourd’hui, opt. Cit.

[7] Friedrich Engels, Lettre à Adolph Sorge, 10 septembre 1888, < http://www.marxists.org/archive/marx/works/1888/letters/88_09_10.htm > (la traduction est de l’auteur de ce texte).

[8] Correspondance avec Pierre Mouterde.

[9] Idem.

[10] Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, 1847. < https://www.marxists.org/francais/marx/works/1872/06/kmfe18720624.htm >.

[11] Engels, Le panslavisme démocratique, 1849, < https://www.marxists.org/francais/engels/works/1849/02/fe18490214.htm>.

[12] Idem.

[13] Hegel, Morceaux choisis, Paris, Gallimard 1939, p. 434.

[14] Friedrich Engels, Abd el-Kader, The Northern Star, 22 janvier 1848. Cité par Gilbert Badia, Marxisme et Algérie, Textes de Marx et d’Engels, Paris, Union générale d’éditions, 1976.

[15] Texte inclus dans Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ?, Textes choisis et introduits par Pierre Beaudet, Paris, L’Harmattan, 2015

[16] Voir à ce sujet, Anderson, Kevin,  “Capitalisme et colonialisme: sur la dialectique de la race et de la classe chez Marx, in L’Internationale sera le genre humain. De l’Association internationale des travailleurs à aujourd’hui, sous la direction de Thierry Drapeau et Pierre Beaudet, Montréal, M Éditeur, 2015.

[17] Karl Marx, Discours sur le parti chartiste, l’Allemagne et la Pologne, 1847, < https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/18471209.htm >.

[18]    Daniel Bensaïd, Marx, L’histoire et ses démons, 1995, < http://danielbensaid.org/IMG/pdf/1995_00_02_db_412.pdf >

[19] Engels, Lettre  à Kautsky, 1892, < https://www.marxists.org/francais/engels/works/1882/09/fe18820912.htm >.

[20] Texte inclus dans Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ?, Textes choisis et introduits par Pierre Beaudet, Paris, L’Harmattan, 2015

[21] Rosa Luxemburg, Impérialisme et question nationale, 1908, < in Texte inclus dans Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ?, Op.cit.

[22] Anton Pannekoek, Lutte de classes et nations, 1912, in Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ? Opt cit.

[23] L’Internationale sera le genre humain. De l’Association internationale des travailleurs à aujourd’hui, sous la direction de Thierry Drapeau et Pierre Beaudet, Montréal, M Éditeur, 2015. P. 143.

[24] Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, 1916, < https://reconstructioncommuniste.wordpress.com/tag/revolution-socialiste/ >.

[25] Cette reconnaissance est sans doute motivée pour des raisons tactiques, sachant que la révolution soviétique ne peut pas avancer sans l’appui déterminé des peuples dominés en Pologne, dans les pays baltes, dans le Caucase.

[26] Grigori Zinoviev, Adresse au Congrès des peuples de Bakou, 1922, in Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ? Opt cit.

[27] .N. Roy, Discours au deuxième congrès de l’Internationale communiste, 1920, in Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ? Opt cit.

[28] Internationale communiste, 2ième congrès, juillet 1920, Conditions d’admission des partis dans l’Internationale, < https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700b.htm >

[29] André Marty, On croit se battre pour la patrie, 1926, < https://www.marxists.org/francais/pcf/works/1926/marty_19260402.htm >.

[30] Antonio Gramsci, Notes sur Machiavel, 1931-1933, < https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/machiavel5.htm >

[31] Aimé Césaire, Lettre de démission du Parti communiste français, 1956, in Les socialistes et la question nationale. Pourquoi le détour irlandais ? Opt cit.

[32] Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, 1961, < http://classiques.uqac.ca/classiques/fanon_franz/damnes_de_la_terre/damnes_de_la_terre.html >.

[33] Jacques Rouillard, « L’action politique ouvrière », 1899-1915, in Fernand Dumont, Jean-Paul Montminy et Jean Hamelin, Idéologies au Canada français, 199-1929. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 1974

[34] J.S. Milne, History of the Socialist Party of Canada, 1973, Reproduit sur le site “Socialist History Project”, www.socialisthistory.ca

[35] Celle-ci combat toute forme de socialisme en prônant la bonne entente entre patrons et travailleurs.

[36] Marcel Fournier, Communisme et anticommunisme au Québec 1920-1950. Montréal: Les Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1979. Le Parti communiste canadien est officiellement créé en 1921.

[37] The Regina Manifesto (1933), Co-operative Commonwealth Federation Programme, juillet 1933. En 1956, le CCF reprend le même discours (Déclaration de principes de Winnipeg, en étant totalement silencieux sur les revendications québécoises et proclame son attachement au fédéralisme canadien, « qui permet d’égaliser les opportunités pour les citoyens de toutes les provinces ». Sur le site Socialist History : www.socialisthistory.ca

[38] Pierre Beaudet, Le Pati socialiste du Québec et la question nationale (1963-1967), La tempête des idées, 2015.

[39] Leur argument était qu’on ne trouvait pas au Québec les conditions définissant une nation telle qu’établies par Staline ! Voir à ce sujet Joël Bisaillon, Stanley Ryerson et sa pensée sur la question nationale du Québec, thèse de maîtrise en histoire, UQÀM, janvier 2008

[40] Cité par Robert Comeau et Bernard Dansereau,  Les communistes au Québec, 1936-1956, Les Presses de l’Unité, 1981

[41] Voir dans Le Capitalisme et la Confédération : aux sources du conflit Canada-Québec (1760-1873). Montréal, Parti Pris, 1972. Cet ouvrage reprend les thèses de Ryerson exposées dans French Canada : A Study in Canadian Democracy. 3e ed., Toronto, Progress Books, 1943 et Unequal Union : Confederation and the Roots of Conflict in the Canadas, 1815-1873. Toronto, Progress Books, 1968.

[42] Stanley Ryerson. « The National Question and Canadian Imperialism » National Affairs Monthly, vol.3 no.10 (octobre 1946),

[43] Voir Comeau, Robert et Bernard Dionne. Les communistes au Québec: 1936-1956 : sur le Parti communiste du Canada/Parti ouvrier-progressiste, Montréal, Presses de l’Unité, 1981 [1980

[44] Henri Gagnon, Contribution, 8 février 1949, cité par Comeau et Dionne, Les communistes au Québec 1936-1956. Opt.cit.

[45] Parti ouvrier-progressiste. L’indépendance canadienne et un parlement populaire. La voie canadienne vers le socialisme. Toronto, POP, 1954. Le POP est la nouvelle appellation du PCC depuis l’interdiction du parti en 1941.

[46] Joël Bisaillon, op.cit.

[47] Waffle Manifesto, 1969, Sur le site Socialist History Project, < http://www.socialisthistory.ca/index.htm >

[48] Ligue socialiste ouvrière, Vive le Québec libre ! 1968. Sur le site Socialist History Project, < http://www.socialisthistory.ca/index.htm >

[49] Voir sur cette période de la gauche québécoise, Pierre Beaudet, On a raison de se révolter. Une chronique des années 1970, Montréal, Écosociété, 2008.

[50] Marc Ferland et Yves Vaillancourt, Socialisme et indépendance au Québec : pistes pour le mouvement ouvrier et populaire, Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1981, Reproduit dans Pierre Beaudet, Quel socialisme ? Quelle démocratie ? La gauche québécoise au tournant des années 1970-80, opt. cit.

[51] Pierre Beaulne, Pierre Beaudet, Yves Bélanger, Gilles Bourque, Suzanne Chartrand, François Cyr et Louis Favreau, Le mouvement populaire face au référendum, Centre de formation populaire, printemps 1979, Cité dans Pierre Beaudet, Quel socialisme ? Quelle démocratie ? La gauche québécoise au tournant des années 1970-80, Montréal, Varia, 2016.

[52] André Frappier, La dynamique de la souveraineté comme projet émancipateur pour la classe populaire du Québec et du Canada, Presse-toi-à-gauche, 12 août 2014, < http://www.pressegauche.org/spip.php?article18477>

[53]    Karl Marx, « Lettre à la rédaction des « Otétchestvenniye Zapisky » (Les annales de la patrie), 1877. Dans Sur les sociétés précapitalistes. Textes choisis de Marx, Engels, Lénine, Paris, Éditions sociales, 1973.

[54] On pense par exemple à l’anthropologue américain de Lewis Henry Morgan, dont Engels s’est largement inspiré pour écrire lOrigine de la famille, de la propriété privée et de lÉtat.

[55] Voir Alain Badiou, Le réveil de l’histoire, Paris, Lignes, 2011.

[56] Marx, Contribution à la critique de l’économie politique. Paris, Éditions sociales, 1957, pages 164 et suivantes.

[57] Idem

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