8 décembre 2015 | Revue > >

Femmes et développement urbain

Complément aux prolégomènes

Emmanuel Chaput

Dans mon texte introductif Prolégomènes à une théorie critique de l’accélération urbaine, j’ai tenté de soulever une problématique, celle de l’accélération urbaine, l’accélération constituant selon maints auteurs (Paul Virilo ou Hartmut Rosa, pour ne nommer que ceux-là), l’une des figures les plus emblématiques de l’aliénation contemporaine. En situant l’un des moteurs de cette dynamique accélérative dans le cadre urbain, les Prolégomènes voulaient à la fois désigner tant un lieu-opérateur traditionnel de cet aliénation que le champ d’une lutte politique possible en vue d’une émancipation ou, à tout le moins, d’une désaliénation à venir.

L’article proposait l’esquisse d’une approche à la fois macro- et micrologique (à la manière de certains penseurs de l’École de Francfort et, si nous voulions remonter plus loin, à la manière de Feuerbach[1]), i.e. une approche s’intéressant à la fois à la dimension systémique du phénomène, à ses causes socio-politiques, institutionnelles, économiques et culturelles, mais qui, d’autre part, adoptait également la perspective de l’expérience vécue ou encore une approche phénoménologique de la quotidienneté des sujets.

Suite à une telle entreprise disons méthodologique, j’avais soulevé en guise de conclusion, certaines difficultés, certains champs de recherches nécessaires à approfondir pour asseoir les fondations de ce qu’il convenait autrement de considérer comme un simple work in progress. L’un des champs de recherche entrevus était celui du rapport et du rôle de la ville comme moteur de l’accélération dans le cadre de la dynamique de la mondialisation/globalisation : si la ville doit être à la fois être comprise comme un vecteur d’aliénation temporelle et vue comme un lieu de résistance possible à l’ordre social mondial fondé sur une telle forme d’aliénation, il importe de déterminer quel est son niveau d’intégration à la logique globale dudit ordre.

Évidemment, ce n’était là qu’une des avenues possibles pour poursuivre notre réflexion. Une autre m’a été suggérée par Lauran Ayotte qui, avec raison, a souligné l’absence de toute réflexion centrée sur le rapport entre l’accélération urbaine et les enjeux de genres ou, plus généralement, les perspectives féministes sur la question.

Une telle remarque critique m’a pour ainsi dire secoué – de manière positive – en me confrontant aux angles morts de mon propre savoir théorique, à savoir les études de genres, les pensée féministes ou queer dont j’ignore à peu près tout (sinon ce qu’on apprend nécessairement ici et là à force de fréquenter un certain milieu disons « académico-gauchiste » ou « intellectuel-militant »).

L’idée n’est pas ici de faire une autocritique. Il est vrai cependant qu’à une exception près[2], je ne me suis jamais réellement consacré à l’étude approfondie de questions touchant de près ou de loin les théories féministes et/ou queers. La suggestion de L. Ayotte prise comme une injonction de la Raison pratique kantienne (le « Tu dois » que la conscience morale et autonome s’impose à soi) me permet ici à remédier – au moins partiellement – à cette lacune.

Ceci étant dit, le texte qui suit, du fait de cette non-familiarité avec les enjeux et les débats dans lequel il s’inscrit bien naïvement, ne saurait être exempt de maladresses ou de faux-pas. J’espère que les lectrices et lecteurs m’en excuseront, sans toutefois s’empêcher d’émettre les critiques et améliorations nécessaires au présent travail de réflexion.

Les études urbaines sur le genre se caractérisent généralement par un souci d’ancrer la question des pratiques genrées ou des formes de domination spatiale du genre dans un spectre plus large, intersectionnel, comme l’affirment d’ailleurs Jarvis, Kantor et Cloke : « While we place gender in the foreground as a fundamental site of inequality, we acknowledge along with other feminist scholars that this constitutes just one side of a ‘wicked triangle’ of race, class and gender[3] ». À cette liste, il faudrait encore ajouter la question des orientations sexuelles, question qui est pour le cas français en grande partie à l’origine des études urbaines sur le genre[4]. Ainsi, le type d’iniquités vécues et l’analyse que nous en feront variera d’autant selon que nous étudions la situation des femmes blanches ou racisées, hétéro ou homosexuelles, issues des classes populaires ou de la classe moyenne aisée, etc. De même, une approche systématique de la ville selon l’angle d’analyse du genre ne saurait se limiter aux (multiples et diverses) conditions des femmes en milieu urbain, mais doit également analyser les comportements genrées des hommes ou des transsexuel(le)s qui façonnent également selon leurs propres guises leurs environnements urbains selon qu’ils soient blancs ou racisés, hétéro ou homosexuels, etc. Comme le rappelle encore une fois Jarvis, Kantor et Cloke : « A particular challenge for the systematic intertwining of cities and gender, indeed for gender mainstreaming in general, is to prevent gender being defined as ‘women’[5] ».

Ce souci de rendre justice à la complexité des situations en évitant les binarismes simplificateurs qui tendent à naturaliser des différences construites[6] exige le plus souvent un vaste travail multidisciplinaire d’études empiriques et d’études de cas[7].

Il serait présomptueux de penser que je puisse faire ici quelque chose d’analogue. Le présent texte se voudra plutôt un ensemble d’hypothèses, de réflexions visant à exposer principalement deux choses. D’abord, en quoi une théorie critique de l’accélération urbaine (TCAU) peut élargir sa compréhension des mécanismes de domination et s’enrichir d’un point de vue théorique en prenant en compte certains aspects abondamment traités par les études urbaines sur le genre[8]. En effet, comme le souligne Sophie Louargant :

Le contexte actuel de mondialisation et d’accélération métropolitaine (économie de la technologie, services, mobilité) a entraîné des comportements et des pratiques de mobilités complexes. Ils révèlent des identités qui se déploient dans l’espace et la société [Butler, 1990]. Ils questionnent la sexuation de l’espace et les inégalités qui en découlent [Doan, 2010]. La question du “droit à la ville” [Lefebvre, 1968; Harvey, 2010], du droit à la centralité, à la mobilité, à la participation, se pose aussi en termes de genre.[9]

Ce premier aspect constitue ainsi l’amorce d’une réflexion autour de l’apport positif possible que peut présenter la rencontre de la TCAU avec les études urbaines du genre. À cet aspect positif s’ajoute cependant un aspect critique. Je veux dire par là que la réflexion mêlant les questions de genres avec les enjeux urbains peut également mettre en lumière certains angles morts de la TCAU, certains revers ou dangers qui pourraient miner la volonté émancipatrice de la TCAU.

Déjà dans les Prolégomènes, j’inscrivais la TCAU dans une perspective politique lié au mot d’ordre du « droit à la ville » qu’on retrouve chez des auteurs comme David Harvey ou encore Henri Lefebvre. Les travaux de Lefebvre et Harvey sur le droit à la ville et les inégalités spatiales subies par certaines populations du tissu urbain sont d’ailleurs un arrière-plan théorique assez fréquent des études urbaines sur le genre[10]. L’exclusion des femmes des multiples sphères réflexives ou décisionnelles sur la production de l’espace urbain, ou simplement le déni de reconnaissance de leur apport réel à la production effective de la ville ne font que montrer à quel point c’est avec raison qu’on ne peut penser le droit à la ville sans prendre en compte les problématiques spécifiquement vécues par les femmes dans le cadre de ces luttes pour le « droit à la ville ».

Or, il est aisé de négliger de telles spécificités. Comment faire valoir le « droit à la ville » des femmes, lorsque justement, comme le note Habermas dans “L’espace public”, 30 ans après, « l’exclusion des femmes a été un élément constitutif de la sphère publique politique, au sens où celle-ci n’était pas seulement dominée par les hommes de façon contingente mais déterminée, dans sa structure et son rapport à la sphère privée, selon un critère sexuel[11] ». Ainsi, bien que le « droit à la ville » soit un mot d’ordre essentiellement émancipateur devant être réapproprié par les dominé-e-s afin justement de transformer l’espace public politique, toujours selon Habermas : « [d]e façon différente de l’exclusion des hommes défavorisés, celle des femmes joua un rôle constitutif dans la formation des structures de la sphère publique[12] ». Cette exclusion continue d’ailleurs à jouer dans certain cas ce rôle constitutif. Ainsi par exemple, lorsqu’Yves Raibaud s’interroge à savoir :

À qui profite la ville durable? Comment et où se décident les nouveaux usages de la ville? Comment se mettent en place les “changement de comportements” nécessaires à cette transition vers une ville que ses promoteurs décrivent comme “douce”, “calme” (city slow), “belle”, “apaisée” [etc.]?[13]

Il montre bien que d’une part, la prise de décision demeure essentiellement le fait d’hommes, qu’ils soient décideurs politiques ou experts en urbanistique, alors que l’avis de citoyennes « ordinaires » est le plus souvent négligé[14] et que d’autre part le comportement type pour l’amélioration du mode de vie urbain durable reste extrêmement androcentriste : « Dans les faits, les nouvelles pratiques de la ville durable ressemblent comme deux gouttes d’eau à des pratiques d’hommes jeunes et en bonne santé[15] ».

Les exemples donnés par Raibaud donnent à réfléchir, car si d’un côté les luttes pour le droit à la ville cherchent à réancrer l’habiter dans quelque chose de « durable », les modèles de ville en transition, pour noble que soit leur volonté, risquent parfois de négliger les difficultés qu’il peut exister pour certaines femmes à incarner le comportement quotidien privilégié par ce genre d’initiative.

Il en va de même potentiellement pour la TCAU : sa conception décélérative, pour ne pas dire déflationniste de la ville ne devrait pas se réaliser au prix d’un retour en arrière des possibilités de mobilité nouvellement acquises et voulues par les femmes.

En effet, la ville moderne, dans l’esprit de ses concepteurs sinon dans les faits, s’est bâtie sur le modèle de ce qu’Ester Boserup nommait les « villes masculines » : « La vie économique de la ville et toutes les activités publiques sont assurées par les hommes, tandis que les femmes vivent cloîtrées dans l’habitation familiale[16] ». Tout un ensemble d’insidieux dualismes naquirent de cette planification genrée de l’espace urbain[17], d’aucuns participèrent à l’exclusion systémique des femmes de la sphère publique signalée par Habermas notamment.

La ville moderne s’articulant autour de sa fonction économique se vit diviser par les planificateurs en deux espaces bien distincts. D’un côté, l’espace public essentiellement articulé autour de la production, du travail, bref de l’activité économique reconnue, un espace essentiellement masculin[18] où, malgré l’exploitation et les formes de domination qui s’y déroulaient, se manifestait tout de même la capacité humaine de transformer la matière et son environnement par le biais du travail.

De l’autre côté et inversement, on trouve l’espace domestique considéré comme le lieu de repos et de loisir pour l’ouvrier, l’espace « hors-travail »[19]. Or, cet espace « hors-travail » mobilise symboliquement les caractéristiques inverses de la sphère « travail ». Il constitue l’espace privé, le chez-soi où l’on peut finalement se reposer. Alors que dans la sphère de la production, l’homme se confronte à l’extériorité sous la forme d’une matière étrangère qu’il lui faut activement transformer, la sphère domestique constitue l’espace-temps où il peut renouer avec lui-même dans la pure intériorité de son esprit ou dans la relation avec ceux qui, au demeurant, ne sont plus ou moins qu’une extension de sa vie intime, i.e. son couple, sa famille.

Bien entendu, ce n’est que de manière totalement abstraite que l’on peut considérer la sphère domestique comme un espace « hors-travail », il serait en effet plus juste d’y voir un lieu privilégié du travail invisible (ou plutôt invisibilisé) des femmes. En effet, comme l’écrit Jacqueline Coutras : « La séparation entre espaces-temps consacrés au travail professionnel et espaces-temps consacrés à la vie domestique et familiale perdurait-elle sans la division sexuelle du travail qui attribue aux hommes le travail professionnel et aux femmes le travail domestique?[20] ».

Attachées à la sphère domestique, privée, les femmes n’ont jamais joui de la même liberté de mouvement que les hommes en milieux urbain : « Women in public were suspect at the turn of the century; if unaccompanied by a man, they were at risk of being thought a prostitute[21] ». De manière significative les seules femmes « publiques » autorisées au tournant du siècle étaient les péripatéticiennes, les autres femmes « respectables » devaient absolument éviter les lieux publics jugés dangereux et peu sécuritaires, non seulement pour leur santé, mais également (et peut-être surtout) pour leur vertu[22].

Évidemment, entre cette division pensée et planifiée, dévalorisant le travail réel des femmes et désireux de limiter leurs empreintes sur les transformations de l’espace urbain et la réalité, il y a une marge qu’il faut rappeler. Il serait en effet dangereux, comme le note la plupart des écrivaines sur le sujet, de simplement présenter les femmes comme des victimes encore une fois passives face à cette structuration genrée de l’espaces urbains qui cherche justement à accentuer artificiellement leur « nature » passive face à une masculinité soi-disant « intrinsèquement active ».

Dans les faits, et malgré les tentatives planifiées visant à « établir une équivalence entre les “sphères” [“public” et “privé”] et les sexes […] La femme civile est à la fois publique et privée, chez elle et dans la ville, dans la parenté et dans la société[23] ». Comme l’écrit Daphné Spain : « Numerous case studies of late-nineteenth-century cities illustrate how women challenged assumptions about their proper place. Cities provided opportunities to blur boundaries between private and public spheres[24] ».

Ces frontières se brouillent d’autant plus qu’avec le retour des femmes sur le marché du travail, la division classique entre la sphère professionnelle typiquement masculine liée à l’activité productive salariée et la sphère domestique traditionnellement féminine n’a plus lieu d’être. Les femmes s’inscrivent dans les deux sphères (sans pour autant qu’une meilleure division des tâches au sein de la sphère domestique ait lieu). Autrement dit, avec la réapparition des femmes sur le marché du travail et la transition de l’économie occidentale vers une économie de service, la division classique des sphères « professionnelle/masculin » et « domestique/féminin » devient complètement dépassée : « The concept of separate spheres has become outdated as more women have entered colleges and the labor force ans as their potential for economic independence has increased[25] ».

Toutefois, en l’absence d’une reconnaissance du travail domestique traditionnellement attachée à la condition féminine, et dès lors, en l’absence d’un meilleur partage des tâches liée à la sphère domestique, cette liberté nouvelle, cette indépendance auxquelles les femmes accèdent par le biais du travail s’avèrent potentiellement un poids supplémentaire plutôt qu’une libération. Ainsi, comme l’écrivent les membres du groupe Krisis dans leur Manifeste contre le travail :

Au XXe siècle, surtout dans les démocraties “fordistes” de l’après-guerre, les femmes ont été de plus en plus intégrées au système du travail. Mais il n’en est résulté qu’une conscience féminine schizophrène. Car, d’une part, la progression des femmes dans la sphère du travail ne pouvait leur apporter aucune libération, mais seulement le même dressage à l’idole Travail que celui des hommes. D’autre part, la structure de la “scission” restait inchangée et avec elle la sphère des activités dites “féminines” en dehors du travail officiel. Les femmes ont ainsi été soumises à une double charge et, du même coup, exposées à des impératifs sociaux complètement opposés.[26]

C’est à ce niveau que la TCAU peut contribuer à enrichir les études urbaines sur le genre et vice versa, lorsqu’il s’agit de comprendre et décrire cette « schizophrénie » propre à la situation d’une grande partie des femmes tiraillées entre la sphère professionnelle et domestique ou familiale. Toutefois, si nous reprenons, à l’instar de Krisis, l’expression de « schizophrénie » pour caractériser la condition féminine, ce n’est bien entendu pas en référence à la dementia praecox analysé par les psychiatres Emil Kraepelin et Eugen Bleuler et nommé par ce dernier schizo-phrénie[27]. Nous nous référons plutôt à l’origine étymologique du mot composé par Bleuler à partir des termes grecs σχίζω, (skhízô) – fendre, déchirer – et φρήν, (phrến) – l’esprit, l’âme – pour signifier la déchirure mentale qui peut être vécue par les femmes tiraillées entre les rythmes contraires (ou asynchrones) auxquels elles doivent néanmoins se soumettre en fonction de la division sexuelle du travail à la fois professionnel et domestique.

Comme l’écrivent Bondi et Peake : « Many women can aptly be described as having ‘dual roles’, as wage earners and as unpaid domestic workers[28] ». Nous l’avons vu, les femmes de l’après-guerre ont, en Occident, réinvesti massivement la sphère professionnelle sans pour autant qu’un partage plus équitable des tâches domestiques n’en découle. C’est en ce sens qu’on peut dire d’elles qu’elles sont « engagées à la fois dans des activités d’ordre productif et reproductif » (« engaged in both productive and reproductive activities[29] ») comme productrices de valeur sur le plan professionnel et, en tant que ménagères responsables de la gestion de la sphère domestique, comme responsables non-rénumérées et non-reconnues de la reproduction quotidienne de la force de travail du ménage (à savoir la force de travail présente incarnée par elle-même et celle de son mari lorsque la femme est dans une situation de couple hétérosexuel, mais également la force de travail future dans la mesure où elle s’occupe également le plus souvent des enfants du ménage, qu’elle soit en couple ou monoparentale)[30].

« Women still retain responsibility for the reproductive duties within the household, the cooking, cleaning and child care. Thus women who do undertake waged work are generally carrying the burden of a dual role[31] ». Ainsi, ce qui apparaissait jadis comme une division spatiale extérieure aux femmes se trouve dorénavant à devoir être internalisée par celles-ci comme nouvelle norme de performance. Certes, d’un point de vue de l’organisation spatiale, la division externe demeure entre ce qui constitue l’espace professionnel (le centre-ville, l’usine, etc.) et l’espace domestique (la banlieue, les cités, HLM, etc.), il faut cependant, dorénavant, que les femmes, sans don d’ubiquité, se transforment en super women capables de répondre aux exigences de ces deux sphères sans pour autant disposer de la plasticité temporelle et de libertés d’horaire pour ce faire.

L’impératif quasi-moral du devoir-performer pèse ainsi doublement sur les femmes, à la fois dans la sphère du travail rémunéré et dans celle du travail non-rémunéré ou domestique. Cette tension intériorisée et toutes les difficultés (détresse psychologique, épuisement, burn-out, dépression, etc.) qui en découlent ont souvent été soulignées que ce soit par les géographes féministes, les urbanistes du genre ou les penseurs proches de la théorie critique[32].

L’un des aspects majeurs de cette détresse, dès lors qu’on a intégré cette norme genrée asymétrique voulant que la sphère domestique (la cuisine, le ménage, les soins pour les enfants, etc.) reviennent pour ainsi dire « naturellement » à « la » femme, il faut bien le comprendre, a tout à voir avec le temps, ou plutôt le manque de temps dont on aurait besoin, mais dont on ne dispose pas en tant que femme pour remplir adéquatement cette double responsabilité, professionnelle et domestique.

C’est pourquoi l’égal droit à la ville ne doit pas uniquement être pensé en termes de ségrégations spatiales (entre des espaces typiquement masculins/féminins, sécuritaires/dangereux, de délibérations/loisirs, destinés aux familles ou au contraire aux couples et aux célibataires, etc.). Il faut au contraire adopter une compréhension plus large intégrant la dimension temporelle, ne serait-ce que parce que le droit à la ville, l’habiter, la capacité à façonner son environnement vital selon un modèle harmonieux et réfléchi nécessitent, comme le disions déjà dans les Prolégomènes, de disposer du temps nécessaire à cet effet. Autrement dit, l’accès à la ville réfléchie et démocratique pour tous et toutes nécessite comme nous l’avions déjà remarqué dans notre texte précédent, une décélération du rythme urbain.

Dans cette perspective, la réflexion de genre sur les conditions plus spécifiques aux femmes revêt une double importance comme nous le disions plus haut. D’une part, comme l’écrivait déjà Fourier, et Marx à sa suite : « Le degré de l’émancipation féminine est la mesure naturelle du degré de l’émancipation générale[33] ». Inversement, le degré de l’aliénation féminine constitue l’indice de l’aliénation générale. C’est donc en s’attardant plus spécifiquement aux conditions d’oppressions des femmes et des laissé-e-s pour compte qu’on peut réellement saisir les formes actuelles de l’aliénation et de là, tenter d’opérer un changement.

D’autre part, la réflexion d’un point de vue féministe ou pro-féministe sert également de garde-fou, de mise en garde, contre toute tentative d’émancipation partielle ou, pour le dire autrement, contre toute émancipation qui fonderait sa propre réussite sur le maintien d’autrui dans une oppression invisibilisante.

Ainsi, par exemple, si l’une des conditions de l’émancipation en milieu urbain est la formation d’espaces délibératifs de participation démocratique et de (re)planification urbaine à visage humain, nous avons vu, comme le soulignait Habermas et Jacqueline Coutras à sa suite, que l’espace public susceptible de délibérer de telle manière s’est fondé, historiquement, sur l’exclusion d’une certaine fraction de la société (l’esclave, l’étranger, la femme, le serf, l’ouvrier, etc.), mais également, qu’au sein de cette fraction les femmes subissaient une forme d’exclusion distincte et spécifique par rapport aux autres. Ce caractère spécifique doit être reconnu et pris en compte pour éviter la répétition inconsciente d’une telle exclusion.

Évidemment, ce n’est que par un changement radical des mœurs et pratiques, par une meilleure division (égalitaire) des tâches historiquement dévolues aux femmes, qu’il sera possible de véritablement parler d’émancipation et de participation démocratique pour tous et toutes. Cependant, c’est en s’attardant aux pratiques quotidiennes, aux inégalités qui subsistent et se maintiennent tant dans les faits que dans les discours qu’on sera capable de mesure le travail qu’il reste à faire.

Au premier chef, il s’agit de déconstruire la présupposition voulant que le temps dont disposent les femmes tant pour les activités ménagères que professionnelles est infiniment plastique, infiniment élastique. Comme le remarquent Jarvis, Kantor et Cloke : « The first male bias rests on an assumption that the unpaid work of women, and more particularly the time they spend on it, can expand infinitely to accomodate new demands related to declining state service provision – this is the assumption of the elasticity of women’s time[34] ». Alors que le temps « masculin » se divise le plus souvent entre le temps professionnel et celui du repos, c’est-à-dire du loisir, et parfois encore, dans le meilleur des cas, le temps du politique, il semble bien que la temporalité « féminine » demeure quant à elle davantage prise dans la double contrainte du temps professionnel/temps ménager, le loisir se résumant souvent, dans le cas des mères, à l’accompagnement de l’enfant dans une série d’activités destinées non pas à la mère, mais à l’enfant, zone grise entre le loisir et la responsabilité domestique[35].

Or, il semble bien que l’une des raisons pour lesquelles le sentiment d’écartèlement entre la sphère domestique et la sphère professionnelle soit vécu avec une telle intensité par bon nombre de femmes – au point où l’on peut parler, comme le fait Krisis, d’une forme de « schizophrénie » – s’explique notamment par la différence rythmique entre les sphères professionnelle et domestique :

The lives of women with dual roles are complex, involving intricate arrangements in space and time, and severe constraints on space and time. In an attempt to cope with these constraints, women have created networks and places that cut across and actively alter the boundaries between ‘home’ and ‘public places’, which lie at the basis of the constraints.[36]

La sphère de la production ou la sphère professionnelle s’est fondée sur la logique de l’accélération linéaire selon une courbe exponentielle, exigeant ainsi de plus en plus de temps, ou, à tout le moins, un temps de plus en plus plastique, souvent incompatible, car désynchronisé, avec le rythme de la sphère domestique (déterminé de manière externe par les heures d’ouverture des commerces, les heures de garderie ou d’écoles, les vacances scolaires, etc.).

Or, plutôt que de tenter la synchronisation de ces deux sphères soit par un partage plus équitable des tâches domestiques entre les sexes, soit par des mesures sociales permettant d’accommoder la vie de travail au rythme de la vie domestique, la tentative de resynchronisation semble au contraire s’être développée selon la logique opposée : il s’agit non pas de permettre un partage plus équitable des tâches ou une reconfiguration de la sphère productive afin de l’adapter aux « contraintes objectives » de la vie domestique, mais bien d’adapter la sphère domestique aux « contraintes objectives » de la vie professionnelle tout en maintenant bien vivant le partage asymétrique traditionnel au sein de la sphère domestique. Qu’est-ce à dire? Simplement que la sphère domestique devra subir la même logique d’accélération permanente qui a déjà court au sein de la sphère professionnel. Le temps traditionnellement allouée au repas familial (ainsi que toute la préparation culinaire que cela nécessite) est remplacé par des solutions « échronomique » permettant de gagner du temps. Comme l’écrit Linda McDowell :

The reality of rising female employment and the transformation of working patterns […] have yet to be reflected in new urban layouts and housing design. Indeed the most significant change that seems to have occurred so far is in the decline of the daily sit-down family meal (Bell and Valentine 1997; Gronow 1997) and its replacement by individual ‘grazing’, with the aid of the fridge and microwave.[37]

Pour pouvoir concilier à la fois la sphère domestique et la sphère professionnelle, il faut ainsi réduire au maximum le temps alloué aux activités domestiques (repas, ménage, soins aux enfants). Or, pour ce faire, de nouvelles technologies sont nécessaires (produits surgelés, fours à micro-ondes, lave-vaisselles, aspirateurs, machines à laver, etc.). Cependant, leur existence ne permet pas uniquement une économie de temps, elle transforme également notre rapport au ménage, à la cuisine, etc., elle contribue ainsi au changement social, à la manière dont nous concevons la sphère domestique, l’éducation des enfants, etc.

Ainsi, la synchronisation de la sphère domestique et de la sphère professionnelle implique l’importation de la logique accélérative au sein de la sphère domestique. La logique circulaire de la spirale de l’accélération – familière aux lecteurs et lectrices de Harmut Rosa et de son schéma[38] (fig. 1) – devient la logique temporelle hégémonique au sein même de la sphère domestique.

Si autrefois, il fallait une journée entière pour faire la lessive, une autre pour les courses au marché et une de plus pour faire le ménage complet de la maison, ces mêmes tâches peuvent grâce aux nouvelles technologies être réalisées en un temps record. Seulement, cette économie de temps ne signifie pas pour autant plus de temps libre, bien au contraire. Ce que la ménagère gagne en temps du fait de son utilisation de nouvelles technologies domestiques, elle le perd en tâches supplémentaires. Si elle n’a plus à préparer le repas durant des heures, elle doit encore chercher les enfants à l’école, les emmener au parc, les aider pour leurs devoirs, etc. Sans compter sa vie professionnelle. Comme le souligne Rosa, l’apparition de nouvelles technologies n’a nullement contribuée à la décélération du rythme de vie, mais a, le plus souvent, démultipliée le nombre de tâches entreprises dans une journée. Le progrès technologique a en effet plutôt contribué à une intensification qu’à une simplification du travail domestique[39].

Une autre conséquence de l’accélération domestique est de contribuer à l’accélération de la sphère productive non seulement en rendant la main d’œuvre féminine plus disponible, mais également en ouvrant de nouveaux marchés pour la production. Il suffit de penser à la bimotorisation des ménages :

La bimotorisation des ménages a été une aubaine pour l’industrie automobile à un moment où celle-ci était dans l’obligation de trouver de nouveaux débouchés, les marchés traditionnels arrivant à saturation […] On y voit aussi l’un des effets du travail professionnel féminin. Celui-ci réduit le temps que les femmes peuvent accorder aux déplacements. L’alternative était le partage des tâches domestiques entre les conjoints ou la transformation des modes de réalisation de ces tâches… Le choix paraît clair. Le travail des femmes, en apportant un second salaire, a rendu possible l’achat et l’entretien de la deuxième voiture. Enfin, la famille avait tout à gagner à ce que le travail domestique s’adapte aux exigences de la vie moderne et améliore sa “qualité”. Les femmes qui ont une voiture associent l’utilisation de leur véhicule d’abord à la nécessité de conduire les enfants dans les “meilleurs” établissements scolaires ou parascolaires; ensuite, dans un deuxième temps, elles invoquent l’intérêt du ménage : la grande surface est synonyme de produits moins chers, plus variés. Celles qui sont obligées de se contenter de l’offre de proximité considèrent qu’elles ne font pas un “bon” travail domestique.[40]

On le voit, la deuxième voiture, et plus généralement, la production de produits et de technologies ménagers de plus en plus rapides et puissants, constituent non seulement d’excellents débouchés pour la production capitaliste, mais permet en outre de maintenir l’asymétrie dans le partage des tâches ménagères. Nul besoin de remettre en question les rôles traditionnels puisque « la » femme dispose dorénavant des tous les instruments technologiques nécessaires pour accomplir ses tâches domestiques. Vision abstraite s’il en est, puisque pour se permettre ces outils domestiques, cette seconde voiture, il lui faut « travailler », i.e. obtenir un salaire en sus du travail non-rémunéré déjà accompli.

Nous sommes dès lors face à un véritable cercle vicieux où il n’est plus si clair si les progrès techniques en matières d’outils ménagers doivent d’abord servir à alléger les tâches domestiques des femmes professionnelles ou si, à l’inverse, les femmes ne deviennent professionnelles justement pour être en mesure de se payer le modèle de vie de la « bonne » ménagère avec tout ce que cela peut impliquer (la bimotorisation, l’hypothèque de la maison en banlieue, la piscine, l’école privée pour les enfants, le chien, le chat, le chalet, etc.). Et lorsque la tension devient trop forte, que la détresse devient trop grande pour pouvoir remplir à la fois son rôle professionnel et domestique, lorsque la logique effrénée de l’accélération dans chacune de ces sphères productive et domestique atteint la démesure, quelle est l’alternative? Un meilleur partage des tâches domestiques? Une double critique des ravages de l’accélération tant dans les sphères publiques que privées, professionnelles et domestiques? Malheureusement, la solution conforme à la logique actuelle appelle plutôt à l’embauche de femmes (ménagères, nounous, etc.), le plus souvent racisées et/ou en situations irrégulières, pour s’occuper de la sphère domestique, avec tout le lot de souffrances et d’exploitation que cela peut présenter.

On le voit, le potentiel d’une théorie critique de l’accélération urbaine qui s’attarderait aux enjeux de genre est aussi vaste que complexe, il suppose de partir du point de vue de l’intersectionnalité pour montrer où et comment s’exercent les contraintes de l’accélération urbaine. Un tel travail suppose cependant un travail minutieux d’études de terrains, d’examens empiriques et de réflexions théoriques qu’il nous était impossible de faire ici. Nous avons préféré ouvrir quelques pistes de réflexions, notamment sur les dangers pour une TCAU de ne pas assez s’intéresser aux formes spécifiques d’aliénation temporelle vécues par les femmes, sur la manière dont l’accélération urbaine produit pour ensuite se nourrir d’une déstructuration temporelle de la sphère domestique y privilégiant l’application de la spirale accélérative décrite par Rosa, plutôt qu’un partage équitable des tâches, reproduisant ainsi la division classique des fonctions genrées.

Il va sans dire cependant que les perspectives amorcées ici demeurent, par le traitement que j’en ai fait par trop élémentaires et insuffisants. La recherche toutefois, tout comme la réflexion ou la délibération politique, ne saurait être le fruit d’un travail solitaire, mais doit au contraire être le fruit d’un commun effort de penser et de discussion. Aussi n’y avait-il pas d’autre but à ce texte que d’amorcer une réflexion – toute personnelle, sans pour autant, bien au contraire, qu’elle se veule être un monologue – sur les divers liens entre la critique de l’accélération et les études de genre dans le but, d’une part, de m’éduquer moi-même sur des enjeux qui m’était plus ou moins totalement inconnus (les géographies féministes et études urbaines de genre, etc.) et, d’autre part, d’initier, peut-être, une réflexion critique plus large sur le sujet.

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Note sur le titre: Bien que ce titre pastiche celui de l’ouvrage de la philosophe M. Nussbaum, Women and Human Development (traduit  en Français aux éditions Des Femmes, 2008), je ne prétends nullement m’inscrire dans le cadre théorique de cette dernière et ce, même si nous pourrions être tenté-e-s de déceler dans le présent texte une critique du développement urbain à la lumière de l’impasse que celui-ci a pu entraîner pour la libre expression des pleines capabilités de ses habitantes.

[1] Cf. M. Xaufflaire, « L’Évangile de la Sinnlichkeit et la théologie politique » dans Atheismus in der Diskussion, München, Kaiser, 1975, s.47.

[2] Cf. E. Chaput, « Les interprétations féministes du concept d’état de nature chez Hobbes : une clé de lecture », Ithaque, no.9, 2011, p.43-59. D’ailleurs, bien que partant des lectures féministes de Hobbes, l’enjeu de ce texte s’inscrivait davantage dans le champ plus général de l’histoire de la philosophie, l’une des forces du texte (à mon humble avis) était justement de montrer que non seulement Hobbes peut-être une auteur intéressant pour réfléchir la question du patriarcat dans une perspective féministe (ce dont nombres de penseuses conviennent malgré leur divergence d’opinions), mais qu’à l’inverse, les études féministes elles-mêmes fournissent un apport substantielle aux études hobbesiennes sur des enjeux de fond, des apories et des ambiguïtés autrement peu abordés. Autrement dit, il s’agit de reconnaître la portée générale des contributions à la recherche des études féministes qu’une conception rétrograde de la science tend à réduire à un ensemble de questions et de réflexions auxiliaires ou secondaires par rapport aux grandes disciplines traditionnelles.

[3] H. Jarvis, P. Kantor et J. Cloke. Cities and Gender, London, Routledge, 2009, p.9. Cf. également, L. Bondi and L. Peake. « Gender and the City : Urban Politics Revisited » in J. Little, L. Peake & P. Richardson (ed.). Women in Cities – Gender & the Urban Environment, London, MacMillan Education, 1988, p.28.

[4] Cf. N. Mosconi et al. « Le genre, la ville », Travail, genre et sociétés, 2015/1, no. 33, p.24 : « L’émergence d’études urbaines sur le genre est en grande partie venue de la géographie des sexualités ».

[5] H. Jarvis, P. Kantor et J. Cloke. Cities and Gender, p.9

[6] Cf. Ibid., p.10; L. McDowell. Gender, Identity and Place, Cambridge, Polity Press, 1999, p.12.

[7][7][7] Simplement à titre d’exemple, voir les textes de Yves Raibaud et de Sophie Louargant dans le dossier « Le genre, la ville » du no. 33 de Travail, genre et sociétés (2015) portant respectivement sur les villes de Bordeaux et de Grenoble, ainsi que les nombreuses études de cas présentées dans l’introduction critique de Jarvis, Kantor et Cloke, Cities and Gender. De même, Linda McDowell écrit dans l’introduction de Gender, Identity and Place : « My aim is to illuminate theoretical shifts through detailed empirical examples and case studies which I have drawn from a wide range of sources » (L. McDowell. Gender, Identity and Place, p.32) [nous soulignons].

[8] Ce qui, c’est entendu, n’exclut pas cependant, à l’inverse, qu’une réflexion sur la différenciation rythmique des genres pourrait également constituer une contribution – certes modeste – de la TCAU aux études urbaines sur le genre. Je pense au contraire la rencontre des deux approches comme mutuellement profitable dans la mesure où les études urbaines, de même que les géographies féministes ont la tendance, bien naturelle, de s’attarder avant tout aux formes d’exclusion ou d’oppression spatiale à l’angoisse vécue en certains lieux à certains temps, etc. (cf. par exemple, D. Spain, « Gender and Urban Space », Annual Review of Sociology, vol.40, 2014, p.586). Cependant, à quelques exceptions près auxquelles nous nous référerons plus loin, la question des rythmes et de l’accélération sociale comme source de détresse psychologique, d’aliénation spécifique aux femmes prises dans certaines situations typiquement liées à leur genre ont été assez peu approfondis, du moins à notre connaissance (bien lacunaire il est vrai).

[9] S. Louargant. « Penser la métropole avec le genre », Travail, genre et sociétés, no. 33, 2015, p.51. [nous soulignons].

[10] Cf. Par exemple, L. McDowell. Gender, Identity and Place, p.98, 106-107.

[11] J. Habermas. « “L’Espace public”, 30 ans après », Quaderni, no.18, 1992, p.167. Cf. J. Coutras. Crise urbaine et espaces sexués, Paris, Armand Colin, 1996, p.101.

[12] Ibid.

[13] Y. Raibaud. « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, 2015/1, no. 33, p.30.

[14] Ibid., p.40-41.

[15] Ibid., p.46.

[16] E. Boserup. La Femme face au développement économique, Paris, PUF, 1983, p.94. L’étude devenue classique de Boserup se limite le plus souvent au monde dit « en développement », mais il semble évident que sa définition des villes masculines convient également au développement historique des villes modernes d’abord pensées comme lieux de la production industrielle ou comme centres du pouvoir administratif d’où les femmes étaient le plus souvent exclues pour être confinées à la sphère domestique, privée.

[17] Voir le tableau présentée par McDowell (dans L. McDowell. Gender, Identity and Place, p.12) :

«The masculine                   The feminine

Public                                 Private

Outside                               Inside

Work                                  Home

Work                                  Leisure/pleasure

Production                         Consumption

Independence                    Dependence

Power                                 Lack of Power ».

[18] L. Bondi and L. Peake. « Gender and the City : Urban Politics Revisited », p.23 : « The dichotomy between home and community, on the one hand, and the workplace, on the other, carries with it notions of two spheres of social relations, the first widely characterised as female and the second widely characterised as male ».

[19] J. Coutras. Crise urbaine et espaces sexués, p.60-61 : « Le quartier de résidence a été reconnu comme l’espace de la famille, comme l’espace des travailleurs dans leur vie de hors-travail ».

[20] Ibid., p.6. Cf. D. Spain. « Gender and Urban Space », p.583.

[21] D. Spain. « Gender and Urban Space », p.583.

[22] À ce sujet, voir les recommandations des manuels de savoir-vivre pour femmes résumés par Coutras, cf. J.Coutras. Crise urbaine et espaces sexués, p.14-16, 105-107.

[23] G. Fraisse et M. Perrot (dir.). Histoire des femmes en Occident IV. Le XIXe siècle, Paris, Plon, 2002, p.387

[24] D. Spain. « Gender and Urban Space », p.583. Pensons notamment à Georges Sand qui n’hésita pas à brouiller les frontières, allant, comme elle le note dans son autobiographie, jusqu’à se travestir pour accéder aux espaces de la ville habituellement interdits aux femmes.

[25] D. Spain. « Gender and Urban Space », p.590. Cf. L. Bondi and L. Peake. « Gender and the City : Urban Politics Revisited », p.25.

[26] Krisis. Manifeste contre le travail, Paris, Léo Sheer, 2004, p.41 [nous soulignons].

[27] Cf. Kring, Johnson, Davison and Neale. Abnormal Psychology, Hoboken, Wiley, 2010, p.326.

[28] L. Bondi and L. Peake. « Gender and the City : Urban Politics Revisited », p.27.

[29] J. Little, L. Peake and P. Richardson. « Introduction » in J. Little, L. Peake & P. Richardson (ed.). Women in Cities – Gender & the Urban Environment, p.8.

[30] À ce sujet, cf. J. Tivers. « Women with Young Children : Constraints on Activities in the Urban Environment » in J. Little, L. Peake & P. Richardson (ed.). Women in Cities – Gender & the Urban Environment, p.92.

[31] Ibid., p.13.

[32] Nous avons déjà donné l’exemple du groupe Krisis, mentionnons également le chapitre intitulé «  Women’s burn-out » tiré du livre de P. Chabot, Global Burn-out, Paris, PUF, 2013, p.95-109.

[33] Cité dans K. Marx. La Sainte famille, Paris, ES, 1972, p.231. Cf. K. Marx. Manuscrits de 1844, Paris, GF-Flammarion, 1996, p.141-142.

[34] H. Jarvis, P. Kantor et J. Cloke. Cities and Gender, p.72-73.

[35] Cf. S. Louargant. « Penser la métropole avec le genre », p.60; S. Mackenzie. « Balancing Our Space and Time : The Impact of Women’s Organisation on the British City, 1920-1980 » in J. Little, L. Peake & P. Richardson (ed.). Women in Cities – Gender & the Urban Environment, p.55.

[36] Ibid., p.53.

[37] L. McDowell. Gender, Identity and Place, p.118.

[38] Cf. H. Rosa. Accélération, Paris, La Découverte, 2010, p.190.

[39] Cf. H. Jarvis, P. Kantor et J. Cloke. Cities and Gender, p.137.

[40] J.Coutras. Crise urbaine et espaces sexués, p.52.

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