Réplique à : Réplique au texte «Libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui» Walter Benjamin et les «conservateurs de gauche»

31 mai 2016 | Revue > >

Pourquoi j’écris un texte pour Raisons sociales ?

Entre la postmodernité et l’ennemi principal : l’analyse matérialiste

Céline Hequet

Ce texte vise principalement à souligner le fait que le féminisme doit être plus qu’une étiquette que l’on s’accole par vertu. Il propose donc un programme double. D’abord, comment est-ce que Raisons sociales pourrait incarner ses valeurs féministes dans une véritable pratique féministe. Ensuite, comment est-ce qu’une gauche peut, si elle se prétend féministe, ne pas balayer la lutte féministe avec les luttes dites « de reconnaissance » sans lui demander non plus de se réduire à une lutte anticapitaliste ? Il y aura donc une première partie davantage axée sur le vécu (berk) et une deuxième partie qui propose une réponse au texte Réplique au texte «Libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui» Walter Benjamin et les «conservateurs de gauche» d’Éric Martin et Maxime Ouellet, pour ensuite proposer des pistes de solution par rapport à l’impasse dans lequel ce texte semble nous conduire.

Prologue

Il y a près d’un an et demi maintenant, on m’a approchée pour que j’écrive pour Raisons sociales. C’était la deuxième fois qu’on m’en parlait, mais il s’agissait de la première offre « officielle ». Ça m’a laissée assez perplexe. Pour moi, les gens qui écrivent dans cette revue, c’est la jeune élite intellectuelle montréalaise. Des gens que j’admire et que je déteste en même temps, qui peuvent vous citer Marx à la page près (fait vécu) et faire des méta-interventions dans les colloques, tellement longues qu’à la fin, on ne sait même plus si c’était vraiment une question. Ils ont fait leur maîtrise en deux ans tout ronds, ces salauds, et les étagères de leurs bibliothèques ploient sous le poids des livres.

J’ai côtoyé plusieurs des auteurs de cette revue ; ce sont des mines d’information. Certains ont littéralement changé ma vie et d’autres m’ont plus simplement inspirée par leurs écrits. Mais ce qui est aussi commun à la plupart d’entre eux, c’est que ce sont des hommes.

Quand on m’a approchée pour que j’écrive pour Raisons sociales, j’ai donc répondu: « J’ai l’impression que c’est une revue pas mal plus intello que ce que j’ai à dire… j’imagine que c’est à cause de ce genre de craintes que vous avez du mal à trouver des femmes ». Un texte interpellait, à ce propos, la revue en ligne dès son lancement, afin d’attirer son attention sur les pratiques à mettre en place afin d’assurer au projet une véritable cohérence avec son étiquette féministe. En effet, est-on réellement féministe si on ne lit pas (ou peu) et qu’on ne publie pas (ou peu) de femmes ?

Quand j’ai montré des réticences à écrire un texte pour Raisons sociales, donc, on a insisté sur mes grandes qualités d’auteure et mes idées ô combien pertinentes et blablabla… J’avais surtout l’impression qu’on recherchait désespérément une femme pour écrire. J’ai dit que j’allais y penser.

Finalement, je n’y ai pas pensé longtemps. Je me suis dit qu’il fallait écrire là-dessus, justement, sur ce sentiment d’imposture qui me prenait à la gorge. Alors j’ai écrit un texte intitulé « Pourquoi je n’écrirai pas pour Raisons sociales ». Ce n’était pas un texte d’intello. Il n’y avait aucune note de bas de page. Il parlait notamment de comment j’avais personnellement vécu la genèse de Raisons sociales, alors que mon chum de l’époque avait été invité à participer au brainstorm de mise sur pied, mais pas moi. Et plusieurs de mes amies étaient dans la même situation. Parce que nous, les « blondes de », on est assez bonnes pour corriger vos textes pis partager votre lit, mais peut-être pas pour partager les mêmes espaces intellectuels que vous…

Je relevais plus loin qu’il y avait effectivement beaucoup moins de femmes que d’hommes qui avaient publié dans cette revue jusqu’à ce jour (six articles féminins contre 21 articles masculins, à l’époque) et que la plupart des articles féminins portaient précisément sur des enjeux féministes. Aujourd’hui, j’appelle ça « le terrain concédé aux femmes dans la sphère intellectuelle ».

J’expliquais comment j’étais moi-même devenue féministe, dans mes balbutiements comme militante, constatant pour la première fois de ma vie un statut différent de celui des hommes et similaire à celui des autres femmes. Je disais que l’histoire du féminisme était, à mon sens, l’histoire de ces petites choses qui constellent nos existences, ces petits évènements qui, par leur nombre, finissent par nous rester en travers de la gorge. Peut-être était-ce la fameuse séparation des sphères publique et privée dont je voulais parler alors que, dans la sphère privée, on ne traite pas de grands enjeux comme « la démocratie » ou « le capitalisme » ou « l’aliénation », mais on fait du lavage et du sexe pis c’est pas mal moins glamour. Mais je n’avais pas de grands mots pour nommer ces choses-là parce que je n’avais pas la capacité de faire des lectures féministes « pour le plaisir » en dehors de ma maîtrise, qui porte sur les enjeux environnementaux. Je n’avais que des réactions instinctives et du senti à partager. Et je n’assumais pas vraiment que ce soit le cas.

J’ai donc digressé, à la fin du texte, pour parler de « lutte des classes de sexe », un concept dont j’avais entendu parler pendant l’épisode des dénonciations pour agression sexuelle à l’UQAM et qui me laissait perplexe, mais qui n’avait pas vraiment rapport avec la première partie du texte. J’essayais d’étirer la sauce et ça paraissait. Je n’étais pas vraiment dotée des outils conceptuels pour aborder le malaise que j’avais eu, à l’époque, à me faire pousser dans le rang pour que je me solidarise spontanément avec des inconnues.

On a donc refusé mon texte. Oui, oui, ce texte même texte pour lequel on m’avait sollicitée alors que je n’avais rien demandé ! Honnêtement, j’ai passé l’après-midi à pleurer. Je ne dis pas ça pour faire pitié. Je dis ça parce que je pense qu’on ne se rend pas compte de ce que ça peut impliquer, de pousser une femme hors de sa zone de confort puis de lui dire « ouin, finalement, t’aurais dû rester de ton bord de la ligne ». Or, pour moi, être féministe, ça implique de se rendre compte. Je ne nie pas que les personnes qui font un travail bénévole d’édition en ligne puissent avoir été fatiguées ou dépassées par moment. Mon objectif n’est pas de trouver des coupables ni d’obtenir des excuses, mais plutôt de dire : « Hey la gang, je pense que ça serait bien de plus faire ça. »

En fait, la réponse officielle a été : « plusieurs avaient apprécié la pertinence et la fougue des articles que tu as écrit dans le passé, mais ont été déçus par celui-ci. Il s’agit certes d’un coup de gueule, mais il n’amène aucun élément vraiment nouveau. Nous déclinons donc ta proposition d’article. Cela dit, si à l’avenir tu souhaites proposer un autre article, tu es plus que bienvenue. » La dernière phrase écrite en plus gros, mais voilà, ça m’a pris près d’un an et demi pour reconsidérer cette proposition. Pourquoi ?

D’abord parce que j’ai longtemps pensé que c’était entièrement de ma faute, que c’était moi qui étais nulle et que j’avais donc raison de penser que je n’étais pas une vraie intello. Ça me confortait dans mon syndrome de l’imposteur. Puis, lentement, il y a eu un glissement. J’ai fait comme les autres féministes et j’ai politisé cet épisode de ma vie personnelle[i].

Concrètement, pour moi, que la revue s’accole l’étiquette de féministe aurait impliqué qu’on me propose de l’aide pour transformer un texte boiteux en texte solide (puisqu’on me demandait un texte), à un moment où le comité de rédaction et moi-même en aurions eu le temps et l’énergie. Cela pourrait aussi impliquer, éventuellement, que l’on remette en question les standards de publication si l’on constate qu’ils constituent une barrière à la publication paritaire. Je ne veux pas dire par là que les femmes ont des capacités inférieures, bien évidemment, mais comme pour l’alternance hommes-femmes, il nous faut des mesures de discrimination positive pour renverser la socialisation qui a fait de nous ces intellectuelles mal assurées et mal outillées. Si l’on n’est collectivement pas prêts et prêtes à prendre ces mesures (il est écrit dans la section participer du site de Raisons sociales que « [l]e comité de rédaction de Raisons sociales ne fait pas de l’édition de textes, mais de la modération »), alors il faut se demander en quoi on est concrètement plus féministe que les autres.

Je ne veux pas dire non plus que ce travail aurait dû incomber aux femmes qui s’impliquent dans Raisons sociales (car il y en a plusieurs et elles sont bien courageuses !) et invisibiliser par là même tout le travail qu’elles font déjà. Bien au contraire, je pense que ce ne serait précisément pas à elles de faire ça. Reléguer ces tâches à leurs collègues masculins pourrait participer au « disempowerment » de ceux-ci qui, plutôt que de travailler à la rédaction du prochain texte par lequel ils vont flasher dans le milieu, pourraient aider des femmes à accéder aux sphères qu’ils ont longtemps monopolisées. Le travail des femmes de Raisons sociales, vis-à-vis de ce que je critique, devrait se limiter à toujours encourager davantage de publications féminines, au risque qu’elles ne correspondent pas aux standards léchés dont on s’était doté au départ. Car quelle est la finalité de Raisons sociales ? Produire un contenu d’excellence ou favoriser un débat à la fois radical et inclusif ?

Je pense que si le texte que je proposais n’apportait rien de nouveau, finalement, c’est aussi parce que la situation que je dénonçais était justement un peu du « déjà vu », comme disent les anglos. Peut-être que si on arrêtait de répéter l’histoire, nous arrêterions de vous rebattre les oreilles avec nos mêmes cassettes.

 

Deuxième souffle

Après cet épisode, je m’étais désintéressée de ce lieu de publication et ça me faisait un peu grincer des dents chaque fois qu’on le mentionnait. Puis est venue la fameuse controverse dont tout le monde semblait parler en décembre dernier. La revue était presque rendue trending sur twitter. #RaisonsSociales #ConservateursDeGauche. À l’époque, cependant, je n’avais encore une fois pas le temps de lire les textes parce que 100% de mes capacités de concentration étaient dédiées à mon mémoire. L’exégèse de Walter Benjamin m’intéressait assez peu, je dois dire ; mes paupières avaient commencé à s’alourdir après quelques lignes sur le sujet.

Récemment, la rédaction d’une chronique dans Ricochet (la version plébéienne de Raisons sociales), m’a amenée à revenir sur ces textes parce qu’on m’a dit qu’au-delà de Benjamin, le premier article de la saga abordait la question des luttes dites “de reconnaissance”, qui me travaillait depuis un certain temps déjà.

Pour ceux et celles qui ne veulent pas se taper la série complète, ce texte de Félix L. Deslauriers remet en question la position des conservateurs de gauche, qui « critiquent une gauche différentialiste, notant que les discours de résistance culturelle portés au nom des “minorités sexuelles, ethniques [et des] modes de vie des multitudes” réussissent mal à s’attaquer aux relations dominantes sous le capitalisme contemporain ». Selon ces conservateurs de gauche, les luttes identitaires viendraient « légitimer l’esprit du capitalisme néolibéral » en plus de « participer au refoulement des “formes symboliques traditionnelles” ». Deslauriers souligne toutefois que, selon lui, « [la pensée de Walter Benjamin] devrait plutôt nous inviter à récuser la fausse opposition entre le nécessaire renouveau de la critique du capitalisme et la lutte contre les dimensions sexuées et racisées de l’oppression. » Il proposait en fait de s’inspirer du rapport hétérodoxe de Benjamin à la pensée marxienne pour travailler aujourd’hui à consolider un matérialisme inachevé, à partir des travaux des féministes matérialistes et des théoriciennes matérialistes de l’ethnicité.

Deux auteurs en particulier ont été cités à plusieurs reprises en tant que conservateurs de gauche, soit Éric Martin et Maxime Ouellet. Ceux-ci se sont donc sentis personnellement interpellés et ont offert un texte de réponse. C’est à ce texte que je veux moi-même répondre aujourd’hui, d’une façon qui, j’espère, poursuit et complète ce qui a déjà été fait par Valérie Lefebvre-Faucher dans un troisième texte. En effet, comme elle, je souhaite insister sur « la légèreté avec laquelle on traite souvent dans certains milieux de gauche les différentes oppressions ». Et c’est pour cette raison que j’ai décidé de surmonter mes blessures anciennes avec Raisons sociales.

 

Une critique à la critique de la critique

En effet, la réponse de Martin et Ouellet au texte de Deslauriers est pour le moins surprenante. Avant d’utiliser 27 fois le mot « dialectique » dans un texte de six pages, les deux auteurs semblent vouloir répliquer dès l’ouverture à des attaques personnelles qui n’ont pourtant pas eu lieu : « Nous avons hésité avant de répondre à ce texte construit autour du sophisme dit de “l’homme de paille”, qui consiste à prendre la position de quelqu’un, à la reconstruire en la vidant de sa substance et en la présentant sous un jour défavorable pour pouvoir ensuite la démolir plus facilement et se présenter rhétoriquement comme vainqueur de la discussion ».

Il semble, au contraire, que ce soit eux qui aient exagéré la position de l’adversaire, affirmant que « l’expression “conservatisme de gauche” peut susciter l’étonnement et la confusion », mais que la confusion possible avec le conservatisme classique avait été « exploitée sans vergogne », alors que l’auteur du premier texte n’aurait pas hésité à les « présenter comme des conservateurs au sens strict ». Selon eux, « la confusion entre les deux ne peut révéler qu’une méconnaissance préoccupante de la théorie critique et de la pensée dialectique, incapacité de distinguer qui soulève elle-même des doutes sur la formation théorique dispensée aujourd’hui à l’université », la même université de laquelle ils ont eux-mêmes gradué il n’y a pas si longtemps et où ils enseignent aujourd’hui.

Cette confusion alléguée – qui aurait pu être expliquée par le fait de définir le conservatisme de gauche dans des termes freitaguiens probablement imbuvables à l’extérieur de leur cercle, tels que « une dialectique entre liberté et préservation des conditions ontologiques, culturelles-symboliques et politico-institutionnelles de la liberté » – n’est pourtant appuyée par aucun extrait du texte et il m’est moi-même difficile d’en trouver un.

Au mieux, Deslauriers dit que « [c]es intellectuels critiques partagent en cela le diagnostic des néoconservateurs […] : la montée d’une contre-culture et la multiplication de “nouveaux mouvements sociaux” portant des revendications dites “de reconnaissance” à partir des années 1960 mèneraient à une véritable paralysie politique. » Cependant, ces deux groupes sont immédiatement distingués dans la phrase suivante : « Pour les conservateurs de gauche, c’est moins la souveraineté de l’État (comme chez les néoconservateurs) qui serait affaiblie par l’apparition de ces mouvements “identitaires” et contre-culturels que la capacité de la gauche à mener une politique authentiquement anticapitaliste. » L’auteur est en fait plutôt nuancé au sujet des conservateurs de gauche. Il dit qu’ils « négligent une dimension importante de [l]a pensée [de Walter Benjamin] » ou qu’ils « portent sur Benjamin un regard tronqué » et qu’il y a une distinction à faire entre le programme qu’ils portent et l’anti-progressisme de Benjamin.

Que les conservateurs de gauche n’aient voulu utiliser qu’une partie de la pensée de l’intellectuel en question, d’une façon qui ne soit pas entièrement cohérente avec l’ensemble de ses écrits, ce n’est pas ce qui me scandalise le plus. Personnellement, j’utilise la lecture que fait Foucault du néolibéralisme, sans toujours savoir à ce jour s’il s’agit d’une critique ou d’une ode, et je ne partage aucunement son mépris pour le marxisme. Pourtant, je pense que sa façon de théoriser le néolibéralisme comme un mode de subjectivation offre un pouvoir explicatif puissant quand vient le temps de comprendre, par exemple, l’entêtement des décideurs publics à utiliser des sondages d’évaluation monétaire de la nature auxquels les gens répondent absolument n’importe comment.

Là où le texte de Deslauriers m’interpelle davantage, c’est lorsqu’il attire l’attention sur le fait que, lorsqu’ils critiquent la gauche dite « identitaire » ou « culturelle », Martin et Ouellet offrent eux-mêmes peu de pistes pour penser les questions investies par cette gauche (notamment l’oppression des femmes et des personnes racisées) dans des termes universalistes. À la lecture de leur réponse, alors qu’ils sont plutôt rapides sur la gachette du « libéral-libertaire », je ne peux m’empêcher de me demander si ce ne sont pas eux, au final, qui ne pensent qu’à leur pomme en voulant rallier tout le monde, pour la énième fois, à lutte contre le capitalisme, c’est-à-dire la seule chose qui les opprime.

Dans la critique que je veux offrir à leur texte, je m’attarderai plus spécifiquement au problème de l’articulation de la lutte féministe à la lutte anticapitaliste parce que c’est un sujet auquel je me suis davantage intéressée, comme femme, et parce que j’ai fait d’entrée de jeu de ce texte une question féministe. Beaucoup de choses que je vais soulever seraient pourtant tout autant valables au sujet de la lutte antiraciste.

 

Deux incohérences à considérer

Les conservateurs de gauche veulent convaincre que leur « critique du capitalisme […] ne se réduit pas à une opposition binaire entre luttes de classes et “contradictions secondaires” » mais la formulation même pointe en direction d’un ennemi principal clairement identifié : le capitalisme. Ils tiennent cependant à préciser que cela ne fait pas d’eux des antiféministes : « Nous ne sommes d’aucune façon en faveur des oppressions genrées ou racisées, est-il besoin de le dire ». D’accord, mais la question est d’avantage : comment êtes-vous en faveur d’une lutte contre ces oppressions ?

Et c’est entre parenthèses (!) qu’on obtient une réponse pour ce qui est du féminisme : « nous sommes intéressés par [le champ des théories féministes] de Roswitha Scholz et du courant de la dissociation-valeur, critique autant du “féminisme différentialiste incarnées notamment par Luce Irigaray, du féminisme matérialiste de Christine Delphy et encore des gender ou queer studies incarnées par Judith Butler” ». Or, non seulement ils ne précisent absolument pas en quoi la théorie de la dissociation-valeur articule anticapitalisme et féminisme (on se demande alors si c’est, pour eux, un enjeu d’importance), mais je voudrais montrer ici que cette affirmation entre en contradiction avec deux autres éléments du texte.

En premier lieu, l’intérêt proclamé pour la théorie de la dissociation-valeur entre en contradiction avec la compréhension de la domination capitaliste dont se réclament les auteurs, c’est-à-dire comme « ne repos[ant] sur aucune entité clairement définie, que ce soit une institution, une classe, un État ou un groupe particulier ». En effet, la théorie de la dissociation-valeur cherche au contraire présenter « une conception du capitalisme comme système fondamentalement basé sur le rapport social asymétrique entre les genres[ii] ».

Selon cette théorie, la société capitaliste est scindée entre une sphère marchande masculine (travail hors de la maison) et une sphère non marchande féminine (activités domestiques et affectives). Cette scission serait advenue en même temps que la valeur et ferait donc partie de son règne, tout en reléguant « à l’extérieur » ce qui est féminin :

Dans une société marchande, la sphère non marchande n’existe que comme sphère subordonnée et mutilée. Elle n’est pas une sphère de liberté, mais la servante méprisée, et toutefois nécessaire, de la splendeur marchande. Elle n’est pas le contraire de la valeur, mais son présupposé[iii].

En d’autres mots, si les activités domestiques et affectives ne produisent pas de valeur comme tel, elles sont cependant nécessaires à la production de cette valeur. On ne peut retourner au travail le lendemain si on n’a pas mangé le soir et si l’on n’a pas régénéré sa force de travail minimalement. Comme le dit Scholz, « la femme devient le “reposoir” de l’homme qui agit dans la sphère publique[iv] ».

Conséquemment au fait que tout un pan des activités qui sont essentielles à la production de valeur se situe paradoxalement en dehors de son règne, l’aspect totalisant de celle-ci est remis en question :

Ce n’est donc pas le seul automouvement de l’argent et le caractère tautologique du travail abstrait dans le capitalisme qui déterminent le contexte sociétal global. De fait, ce qui se produit, c’est une « dissociation » sexospécifique, articulée de façon dialectique avec la valeur. […] En ce sens, le rapport dissociatif représente d’une certaine manière une méta-structure, contrairement à l’hypothèse réductionniste selon laquelle la valeur est le seul principe de constitution, la nature même des sociétés fondées sur la production marchande[v].

Mais surtout, le fait que la partie « dissociée » soit spécifiquement féminine vient remettre en question l’affirmation selon laquelle la domination capitaliste ne repose sur aucun un groupe particulier.

En second lieu, alors que Martin et Ouellet cherchent à prouver leur attachement au féminisme, ils affirment qu’une femme a justement écrit sur la fameuse théorie de la dissociation-valeur dans leur dernier livre, La tyrannie de la valeur : « Le courant de la critique de la valeur a d’ailleurs développé le concept féministe de “dissociation-valeur” (Wert-abspaltung theorie), ce qui a été abordé dans notre ouvrage dans un chapitre rédigé par Marie-Pierre Boucher […] ». La token girl (la seule auteure féminine du livre), sur son terrain concédé, leur sauve les fesses !

Cependant, on se demande s’ils ont même lu ce chapitre, puisque Marie-Pierre Boucher y critique ouvertement la frange féministe de la théorie critique de la valeur, dont les conservateurs de gauche se réclament : « La thèse de la valeur dissociée est pertinente, car elle éclaire la co-dépendance des systèmes patriarcal et capitaliste. Cependant, elle ne parvient pas, selon nous, à expliquer leur imbrication. Les critiques des féministes matérialistes permettent justement d’aller en ce sens[vi] ». Le chapitre entier tourne autour de ce constat. Il a d’ailleurs été identifié dans la marge, par la personne qui m’a prêté le livre, comme « la thèse ».

En résumé, donc, alors que les conservateurs de gauche veulent prouver qu’ils ne secondarisent pas le féminisme, ils y parviennent difficilement. Le courant féministe auquel ils disent s’intéresser est critiqué dans leur livre, en plus de contredire en partie leur propre compréhension du capitalisme. Comme quoi, de la même façon que pour la revue, il ne suffit pas de se dire féministe (entre parenthèses) pour l’être réellement.

 

Pour aller plus loin : la nécessité d’articuler plusieurs systèmes d’oppression

Quel est l’intérêt de soulever ces contradictions ? Certainement pas de s’en prendre personnellement aux conservateurs de gauche (bien que je puisse critiquer ouvertement plusieurs de leurs propos) ni de nier l’importance d’un moment « conservateur » au sein d’une lutte pour le changement social (qui peut être contre le fait de préserver la beauté ou la nature ?). Il s’agit plutôt de pointer en direction des problèmes engendrés par la conviction qu’il n’existe qu’un seul système d’oppression, c’est-à-dire de considérer que tout ce qui ne peut rien contre le capitalisme est sans intérêt.

En effet, comme le disent les conservateurs de gauche : « toute revendication particulière, si elle n’est pas en mesure de s’universaliser, demeurera confinée à un particularisme incapable de dépasser la domination universelle du capital. » Or, il existe des revendications en mesure de s’universaliser et ce, contre autre chose que le capital ! Je parle bien sûr ici du féminisme et du patriarcat. Et c’est justement à ce constat que n’est pas en mesure de nous amener la thèse de la dissociation-valeur, ce que soulève Boucher dans La tyrannie de la valeur.

La théorie de la dissociation-valeur pense le patriarcat comme « l’envers » du capitalisme et non comme un système à part entière. Selon ses théoriciennes, la division sociale des sexes serait apparue avec l’émergence du capitalisme et de la propriété privée, alors que la famille cesse d’être un lieu de production et qu’une séparation des sphères domestiques et marchandes s’opère. L’effondrement de capitalisme entrainerait donc forcément l’effondrement du patriarcat. S’attaquer au règne de la « valeur dissociée », c’est s’attaquer à tout du même coup ; c’est la lutte de tous et toutes et même, pourquoi pas !,  des capitalistes aliénés.

Cette posture est non seulement irritante pour beaucoup de féministes, qui perçoivent bien que les intérêts des hommes avec qui elles luttent peuvent parfois (souvent) entrer en contradiction avec les leurs, mais elle est également plutôt dure à tenir d’un point de vue historique. En effet, demande Boucher, comment nier que la division sociale des sexes soit antérieure à la séparation des sphères domestiques et marchandes sous le capitalisme ? À l’instar des féministes matérialistes, elle affirme au contraire que le capitalisme hérite de cette division et qu’il la recompose[vii]. Le travail domestique devient alors la forme particulière que prend la domination des femmes sous le capitalisme[viii].

Cette conceptualisation nous est héritée des années 70, alors que des femmes cherchaient à comprendre ce qui expliquait leur dépendance dans la société. À rebrousse-poil (notre nouveau mot préféré) des féministes libérales et des socialistes traditionnels, qui les enjoignaient à sortir de la maison et à rejoindre le marché du travail pour s’émanciper, les théoriciennes de la deuxième vague ont fait le constat qu’en fait, elles travaillent déjà, mais qu’elles n’étaient cependant pas payées pour le faire[ix] : « le travail gratuit est un travail et un travail exploité, que la figure du travailleur salarié libre de vendre sa force de travail n’est donc pas la seule figure exploitée dans nos sociétés, qu’il existe d’autres figures dont celle de la femme mariée[x]. »

Cette assignation au travail domestique était, pour elles, ce qui définissait toutes les femmes du monde et même, pour certaines, ce qui les constituait en classe. Les rapports de sexes devenaient alors, eux aussi, des rapports de production ! Et ce, pas seulement pour les femmes en ménage hétérosexuel, mais aussi pour les lesbiennes ou les célibataires :

aucune d’entre nous n’y échappe complètement. La majorité des lesbiennes doivent trouver elles-mêmes leurs moyen subsistance parce qu’elles ne dépendent pas du salaire d’un homme et, comme la majorité des femmes, elles doivent accepter de bas salaires et faire tout le travail ménager de l’emploi : faire le café et des sourires, consoler leur patron quand ça va mal, s’habiller pour plaire, etc., toutes ces obligations qui ne sont pas payées et qui ne font pas partie de la description de tâches[xi].

Par moment, l’analyse des matérialistes est très similaire à la thèse de la sphère dissociée :

[il] existe, à côté de l’usine, lieu de travail salarié, une « autre usine » cachée par la première, composée de la famille et de sa communauté. C’est là où la force de travail est produite et reproduite. Cette autre usine est “l’autre moitié de l’organisation capitaliste, l’autre source masquée de sur-travail, l’autre aire d’exploitation capitaliste dissimulée”. […] Le travail des femmes dans les familles […] contribue donc à l’accumulation des profits et constitue le pilier sur lequel le système capitaliste repose, et qui profite au premier chef de sa gratuité. Ce travail gratuit des femmes, hors salariat, est un travail extorqué[xii].

Cependant, là où elles divergent considérablement, c’est que pour certaines féministes matérialistes et en particulier Christine Delphy, ce sont les hommes qui, au premier chef, bénéficient de cette exploitation, et non les capitalistes.

La lutte féministe (tout comme la lutte antiraciste) n’est donc bien sûr pas identitaire. Je ne me lève pas le matin en me disant que je me sens femme et que j’aimerais donc qu’on me reconnaisse ce statut particulier ! Ce que j’aimerais plutôt qu’on reconnaisse, comme Boucher, c’est l’existence d’un système d’exploitation à part entière et irréductible au capitalisme et ce, afin de mieux lutter pour son abolition. Penser le patriarcat de cette façon n’empêche pas de l’articuler au capitalisme, mais permet d’éviter à la fois le piège de la postmodernité et celui de la lutte principale.

Une telle imbrication des rapports sociaux issus de systèmes d’oppression multiples est théorisée par plusieurs auteures, comme l’indiquait le texte de Deslauriers. Pour conclure la critique de son texte, comme le font Martin et Ouellet, en affirmant qu’« on peut se demander si la lecture de Benjamin que propose l’auteur pour tout ramener sur le terrain subjectiviste des singularités ou des classes, ne vise pas au final à faire tristement d’un des principaux héritiers de la tradition dialectique, un énième néolibéral de gauche postmoderne […] », il faut l’avoir bien mal lu ! Il pointe au contraire vers une théorisation matérialiste des rapports de sexe et d’ethnicité qui s’articulent au rapport de classe. C’est notamment ce que font les sociologues Elsa Galerand, à l’UQAM (cette institution en perdition), et Danièle Kergoat, à l’INRS en France, avec le concept de « consubstantialité ». Ce terme réfère « l’unité de substance » entre trois systèmes d’exploitation distincts – la classe, le sexe et la race – et invite donc « à penser le même et le différent dans un seul mouvement »[xiii] (il fallait bien dire le mot « dialectique » quelque part dans ce texte ; voilà, maintenant c’est fait). Par cette conceptualisation,

il ne s’agit pas de croiser des catégories, mais bien de partir des rapports sociaux qui en sont constitutifs, de voir comment leurs multiples imbrications produisent effectivement les groupes sociaux et les recomposent et en quoi elles reconfigurent incessamment les systèmes de domination et les rapports de force. Nous n’utilisons donc pas le concept d’identité(s) (mais ceux de classe et de sujet politique), pas plus que nous ne parlons en termes d’inégalités (mais en terme d’antagonisme, de contradiction). C’est qu’il ne s’agit pas pour nous de dresser une cartographie plus « vraie » de la diversité des identités, non plus que de prendre pour objet les rapports de pouvoir une fois cristallisés et objectivés dans les têtes et dans les corps. Il s’agit plutôt de remonter aux processus de production des groupes et des appartenances objectives et subjectives[xiv].

C’est un travail que faisait déjà le concept d’intersectionnalité, à la différence que ce terme est également utilisé pour référer à l’intersection des expériences vécues et qu’à ses expériences, on peut également ajouter toutes sortes de discriminations qui ne résultent pas de systèmes d’exploitation. Cependant, pour Galerand et Kergoat, « [q]ue l’on raisonne en termes de consubstantialité ou d’intersectionnalité, c’est bien cette hypothèse des ennemis secondaires qu’il s’agit de retourner pour lui substituer celle de l’indissociabilité des rapports de pouvoir[xv]. »

 

En conclusion : des perspectives de lutte

On constate donc qu’il est tout à fait possible d’aborder les enjeux féministes et notamment le travail domestique sans devenir « un énième néolibéral de gauche postmoderne », c’est-à-dire en considérant le patriarcat comme un système à part entière, bien qu’imbriqué avec le capitalisme. De plus, l’intérêt de ramener ces enjeux sur le terrain de la lutte des classes (pas seulement travailleurs/capitalistes, mais également hommes/femmes) est aussi – s’il ne s’agit plus seulement d’interpréter le monde, mais également de le transformer – de donner plus de prise aux militants et aux militantes.

En effet, comment se bat-on contre une logique totalisante ? Si je ne nie pas que les capitalistes soient eux aussi soumis à la logique de la valeur (tout comme les hommes peuvent se sentir contraints par la division sexuelle des rôles sociaux), je pense qu’ils sortent tout de même grands gagnants de ce système et qu’ils ont des intérêts objectifs à le maintenir en place. Sinon, comme explique-t-on la Guerre froide ? Comment explique-t-on les coups d’État soutenus par les Etats-Unis en Amérique Latine ? Il me semble que ces moments d’histoire démontrent clairement que, loin d’être aliénés, les puissants du monde cherchent à maintenir en place le système au sommet duquel ils se trouvent.

De la même façon, comment expliquer que tous ces pro-féministes qui ne veulent surtout pas secondariser la lutte féministe, hé bien… ils la secondarisent tout de même (en plus de nous reléguer, dans leurs espaces intellectuels, soit à notre terrain concédé, soit à des rôles invisibilisés comme celui de la correction de textes). Les hommes aussi ont des intérêts à maintenir en place le système patriarcal ! Et si la lutte au capitalisme est divisée, c’est qu’il existe des intérêts conflictuels en son sein.

La théorie critique de la valeur et son pendant féministe de la dissociation-valeur offrent une certaine puissance interprétative (notamment sur le travail et le productivisme), mais il faut cependant reconnaître qu’elles fournissent assez peu d’outils concrets de lutte. Scholz affirme que l’objectif est :

l’abolition de la valeur, de la forme-marchandise, de l’économie de marché, du travail abstrait et de la dissociation – une perspective qui vise donc l’abolition du rapport général régissant la société marchande et qui doit opérer à la fois au niveau matériel, idéel et socio-psychologique. Dans ce sens radical, ce sont, de façon générale, tous les niveaux et toutes les sphères qui sont mis en question, ce qui inclut la critique de la famille nucléaire en pleine décomposition. Par conséquent, il s’agit de dépasser la « masculinité » et la « féminité » au sens connu, et avec elles les sexualités performées qui leur correspondent.

Or, non seulement je ne vois pas comment une telle affirmation peut être compatible avec quelque « moment conservateur » que ce soit, mais je me sens également plutôt désarmée comme féministe. À ce titre, lorsqu’elles abordent des enjeux concrets comme le partage des tâches domestiques, leur socialisation ou le salaire au travail ménager, je trouve les féministes matérialistes beaucoup plus inspirantes.

 

Épilogue (c’est bientôt fini, endormez-vous pas)

À l’époque où j’avais écrit mon premier texte raté sur la lutte des classes de sexe, je me demandais si cette théorie collait bien au réel, puisqu’elle faisait « de nos camarades, nos amis, nous amours, des ennemis objectifs. » J’ajoutais :

C’est lorsque l’on fait le parallèle avec la lutte des classes traditionnelle […] qu’il devient plus frappant que cette théorisation cause problème. Les salariés se font tirer du lit par leurs patrons, chialer après pendant huit heures par jour par leurs patrons, mal payer par leurs patrons, puis ils rentrent à la maison et c’est avec les leurs qu’ils rient, qu’ils boivent et qu’ils font l’amour, la plupart du temps. Lorsqu’ils décident d’entrer en lutte, en grève, c’est avec la haine dans leurs trippes, contrairement à ce que des femmes qui, fatiguées d’être les boniches chez elles, pourraient faire pour obtenir un partage équitable des travaux domestiques. On lutte ou on aime. Ces deux choses-là sont, pour moi, irréconciliables.

Aujourd’hui je comprends que la mixité sociale et l’hétérosexualité compliquent, effectivement, le développement d’une conscience de classe pour les femmes, mais que cette conscience reste non seulement possible, mais également nécessaire. Le défi de la lutte des classes de sexe demeure cependant de ne pas rester rigide, comme l’a été la lutte des classes « traditionnelle », face aux expériences différenciées qui résultent de l’imbrication de plusieurs rapports de pouvoir, en n’affirmant qu’une seule « vérité » pour les femmes, qui est en fait la vérité de celles qui parlent le plus fort. Sinon, comme d’autres l’ont fait avec les travailleurs masculins, certaines risquent de claquer la porte. C’est pourquoi je voudrais inviter à cette table, à l’instar de Lefebvre-Faucher, les personnes racisées, dont la présence silencieuse dans la pièce a pourtant été bien palpable tout au long de ce texte.

#RaisonsSociales, #ConservateursDeGauche, #RebroussePoil et #Dialectique continueront donc de trender et ce, pour le plus grand bien de la gauche.

Un merci sincère à Maxime Lefrançois qui a fait (et qui fait souvent) le travail domestique de révision critique.

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[i] Même si je reconnais que d’autres enjeux aient pu traverser cet événement, d’ordre psychologique par exemple, et que « tout » n’est pas politique.

[ii] Johannes Vogele, « Le côté obscur du capital. “Masculinité” et “Féminité” comme pilier de la modernité », dans Illusio – Critique de la valeur, genre et dominations, no 4-5 (2007), p. 570, cité dans Marie-Pierre Boucher, « Activités Féminines, Travail Et Valeur », dans La Tyrannie De La Valeur, (Montréal: Écosociété, 2014), 145–97, p. 164.

[iii] Anselm Jappe, « Le “côté obscur” de la valeur et le don », Revue du MAUSS, no 34 (2009) : 2, p. 108, cité dans ibid, p. 181.

[iv] Robert Kurz citant Scholz, « C’est la valeur qui fait l’homme » dans « La femme comme la chienne de l’homme », dans Illusio – Critique de la valeur, genre et dominations, no 4-5 (2007), p. 532, cité dans ibid, p. 170.

[v] Roswitha Scholz, « Remarques sur les notions de “valeur” et de “dissociation-valeur” », dans Illusio – Critique de la valeur, genre et dominations, no 4-5 (2007), p. 561 et 564, cité ibid, p. 169-170.

[vi] ibid, p. 165.

[vii] ibid, p. 172.

[viii] Louise Toupin, Le Salaire Au Travail Ménager, (Montréal: Les éditions du remue-ménage, 2014), p. 23.

[ix] ibid, p. 50-51.

[x] Christine Delphy, « L’ennemi principal », dans L’ennemi principal. 1. Économie politique du patriarcat, (Paris : Syllepse, 1998 – 1re éd. 1970), 31-56, cité dans Elsa Galerand et Danièle Kergoat, « Consubstantialité vs Intersectionnalité? », Nouvelles Pratiques Sociales 26, no 2 (2014): 44, p. 54.

[xi] Wage Due Collective, Why Lesbians Want Wages for Housework, (Toronto : ronéo, 1975), p. 7, traduit librement par et cité dans Toupin, op. cit, p. 109.

[xii] ibid, p. 82-83, citant Selma James et Mariarosa Dalla Coasta, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, (Genève : Librairie Adverse, 1973).

[xiii] Galerand et Kergoat, loc. cit, p. 48.

[xiv] ibid, p. 51.

[xv] ibid, p. 53.

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