2 décembre 2014 | Revue > >

Louise Toupin – 1. Femmes en lutte

Julie Chateauvert et Valérie Lefebvre-Faucher

Louise Toupin raconte l’origine du Front de Libération des Femmes du Québec et les frictions avec des militants ML qui ne voyaient pas toujours d’un si bon oeil le mouvement d’émancipation des femmes que construisaient les féministes.

Les citations sont présentées et commentées ici: O’Leary, Véronique et Louise Toupin (dir.) (1982). Québécoises Deboutte! Tome I, Une anthologie de textes du Front de libération des femmes (1969-1971) et du Centre des femmes (1972-1975). Montréal, Éditions du remue-ménage, p.37.

Pour en connaître davantage sur l’expérience de la prison des militantes, on se référera avec intérêt au livre de Marjolaine Péloquin (2007), En prison pour la cause des femmes. La conquête du banc des jurés, Montréal, Éditions du remue-ménage, 312 pages.

Réalisation : Valérie Lefebvre-Faucher, Julie Chateauvert et Octave Savoie-Lortie

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

Colette St-Hilaire

J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt et un gros pincement au coeur l’analyse de Louise Toupin, que je partage — comment pourrais-je ne pas la partager aujourd’hui? —, mais j’apporterais quelques explications. En effet, je fais partie de cette histoire, à deux moments différents. J’ai participé à l’organisation de la manifestation des femmes enchaînées à l’automne 1969 et assisté à des réunions du Front de libération des femmes. J’ai manifesté pour le Dr Morgentaler, pour le droit l’avortement, pour le droit aux garderies. J’étais plutôt libertaire, j’étais contre le mariage et les moeurs bourgeoises (et je le suis toujours!). Pourtant, je suis devenue une militante maoiste, membre de la Ligue communiste, devenue le Parti communiste ouvrier (Louise Toupin ne nomme pas le PCO, elle évoque le PCC-ml: c’était à mon avis un groupe d’hurluberlus, sans aucune base militante. En revanche, malgré un sectarisme inimaginable aujourd’hui, En Lutte et le PCO avaient beaucoup de membres et de sympathisants.) Comment avons-nous pu, nous les femmes, passer d’un groupe féministe radical à un groupe m-l qui subordonnait tout à la lutte ouvrière et voyait les féministes comme des ennemies de classe? Je pense qu’une grande partie de l’explication réside dans la Crise d’octobre (Roger Rachi évoque lui aussi cette cause dans une vidéo sur l’histoire du PCO) et le virage à droite du mouvement nationaliste. Octobre 70 marque le triomphe de l’État sur le spontanéisme en politique. Après les arrestations massives, les groupes ont éclaté, beaucoup de gens se sont rangés derrière le PQ. Éârpillés. désemparés, nous étions désespérément à la recherche d’une stratégie révolutionnaire. Sans véritable culture politique et historique, nous étions vulnérables. Et il faut dire que des gens «bien» comme Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, la psychanalyste Julia Kristeva, l’écrivain Philippe Sollers, le cinéaste Joris Ivens se disaient maoistes! Les groupes m-l proposaient une stratégie qui, à terme, allait permettre de bâtir la société dont nous rêvions. C’était un peu comme si l’échec, pour nous, n’était plus une option: il fallait cesser d’êtres des adolescents révoltés et s’organiser sérieusement. Cela nous a menés aux dérives que l’on connaît. Pourquoi les groupes m-l ici ont-ils été si sectaires et si dogmatiques? Ça reste un peu mystérieux pour moi. J’ai connu à l’époque des maoistes norvégiens qui savaient beaucoup mieux que nous conjuguer luttes ouvrières, luttes des femmes, luttes nationales, etc. Et ils étaient pas mal plus rigolos que nous!