19 novembre 2015 | Revue > >

Place des femmes en philosophie : un panorama de la question

Marianne Di Croce

La philosophie est, encore aujourd’hui, l’une des disciplines où les femmes sont le plus sous-représentées. Elle se classe bonne dernière parmi les sciences sociales, se comparant plutôt à l’ingénierie et l’informatique, qui sont les disciplines où l’on retrouve le moins de femmes dans les STIM[1]. Comme dans la plupart des milieux majoritairement masculins, les femmes en philosophie font face à des difficultés importantes : isolement, discrimination, sexisme, harcèlement, agressions, etc. Depuis 2010, le blogue What is it Like to Be a Woman in Philosophy a publié des centaines de témoignages décrivant cette réalité. Le problème de climat qui sévit dans la discipline est toutefois de plus en plus discuté au sein de la communauté philosophique, de même qu’à l’extérieur de celle-ci. En septembre 2013, suite à la démission médiatisée d’un professeur de philosophie de l’Université de Miami accusé d’avoir harcelé sexuellement une étudiante, le New York Times publiait une série de réflexions sur la situation des femmes en philosophie. En cinq courts textes, des femmes philosophes abordent différents enjeux liés à la place des femmes en philosophie : sous-représentation, climat dans la discipline, exclusion des femmes de la tradition philosophique, etc. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le problème et réclamer des changements. Alors que le milieu philosophique anglophone se penche sur cette question depuis plusieurs années déjà – tant de manière théorique (articles, données statistiques, conférences, etc.) que plus militante (blogues, associations, campagnes de sensibilisation, etc.) – le milieu philosophique francophone semble tout juste commencer à s’en préoccuper plus sérieusement.

 

Pour moi, le « déclic » se fait en 2010. D’abord par des discussions avec une amie qui s’intéresse alors activement à ces questions[2] et par des lectures, dont l’important article de Sally Haslanger : « Changing the Ideology and Culture of Philosophy : Not by Reason (Alone) »[3]. À l’époque, la question de la place des femmes en philosophie est absente du paysage québécois[4]. Au fil des conversations et des lectures, il devient évident pour moi qu’une grande partie des doutes et des malaises qui m’habitaient depuis le début de mes études en philosophie n’étaient pas uniquement les miens. Ce sentiment d’imposteure était aussi celui de la plupart des femmes en philosophie. Ce que je vivais et ressentais n’était pas dû à qui j’étais, je n’en étais pas responsable. Ce constat fut libérateur. Il m’a permis de gagner en confiance, d’écrire, de faire des conférences et, surtout, de surmonter les blocages liés à la rédaction de mon mémoire de maîtrise. Mais comprendre qu’il s’agissait d’un problème structurel plutôt que personnel a également été déstabilisant : cela signifiait que le milieu dans lequel je tentais de faire ma place m’était plus hostile du simple fait que j’étais une femme. Vint alors la colère. Puis la nécessité d’agir. Ce que je fis, ou, pour reprendre les paroles d’Hélène Pedneault, « j’ai découvert avec le temps les beautés de la colère. Je me suis mise à l’aimer, à la transformer en indignation, en actions. J’ai additionné la mienne à celle des autres. J’ai fait en sorte qu’elle soit utile[5]

 

C’est de cette façon que j’ai commencé mes recherches sur la place des femmes en philosophie et que je me suis, entre autres, lancée dans une collecte de données pour documenter la situation au Québec. J’ai présenté ce travail pour la première fois en novembre 2011, lors d’une table-ronde que j’avais organisée avec la Chaire UNESCO de philosophie de l’UQAM[6]. Je me rappelle la salle comble (très majoritairement féminine) et la période de discussion riche en réflexions, mais aussi en émotions : des professeures et des étudiantes partageant ce qu’elles vivaient ou avaient vécu en philosophie. Plusieurs nous remerciant d’avoir osé aborder publiquement ce sujet encore tabou. Ces réactions m’ont fait comprendre à quel point cette prise de parole était nécessaire. C’est pourquoi j’ai par la suite accepté de faire des conférences sur la place des femmes en philosophie, même si, comme je ne cesse de le répéter, je préférerais qu’on m’invite pour parler de mes véritables intérêts de recherche : Arendt, l’espace public, la question de la liberté politique, etc. À chaque fois, j’ai été touchée par les témoignages, les confidences et les remerciements de ces femmes, jeunes et moins jeunes, qui évoluent dans la discipline ou qui l’ont quittée. Leurs histoires, nos histoires, se ressemblent.

 

Pourquoi raconter tout ça avant d’en venir aux faits ? Parce que je sais maintenant que de raconter cette histoire aide d’autres femmes en philosophie. Mais aussi parce qu’il est important de comprendre qu’on ne commence pas à réfléchir à la place des femmes en philosophie comme on en vient, par exemple, à s’intéresser à la métaphysique d’Aristote. Ce n’est pas une simple curiosité intellectuelle qui motive notre réflexion sur ce sujet, mais une prise de conscience des injustices qui accompagnent l’expérience d’être femme en philosophie. On ne creuse pas cette question par pur désir de participer au développement de la connaissance ou à l’avancement de sa carrière académique, mais par nécessité. Parce qu’on espère faire de notre discipline un milieu plus juste, sain et diversifié. Ce travail sur la place des femmes en philosophie est d’ailleurs bien souvent effectué en marge et « en surplus » de notre travail philosophique principal. Ce travail de recherche est, pour moi, un travail militant : il vise avant tout à améliorer la situation des femmes en philosophie, à faire en sorte qu’elles puissent faire de la philosophie dans de meilleures conditions. Or, comme le souligne avec justesse Kelly J. Baker, dans un texte intitulé « Writing About Sexism in Academia Hurts », travailler sur le sexisme qui existe dans le milieu académique est cependant une expérience aussi nécessaire que difficile :

« Sexism in academia hits too close to home. I don’t have the luxury of distance from my topic. I see myself in every damn study. This research feels like salt in a raw wound. It stings, burns, and irritates. Writing about sexism forces me to think about some of my most unpleasant experiences in higher ed[ucation]. […] Yet I can’t stop myself from writing about this issue. My old refrain feels familiar on my lips. I keep writing even if it hurts. Some of us keep writing because we feel like we have to, but mostly we write and write in the hopes that academia could be a better place. I write from places of hurt and hope, and I’m pretty sure I’m not alone.[7] »

Fort heureusement, depuis 2011, des initiatives visant à améliorer la place des femmes en philosophie sont apparues au Québec, dont plusieurs projets portés par des étudiantes ou anciennes étudiantes en philosophie : Les Salons Femmes et Philosophie, la page Facebook Femmes et philosophie au Québec, la Société Féminismes et Philosophie à l’Université de Montréal (SoFéPUM), ou encore Fillosophie à l’UQAM. La Société de philosophie du Québec (SPQ) a aussi emboité le pas en mai 2014 en se dotant d’un « comité équité ». La question de la place des femmes en philosophie ne peut plus être ignorée. Voilà de quoi nous réjouir, certes, mais la résistance se fait encore sentir et de véritables changements dans la discipline se font toujours attendre.

 

C’est pourquoi il me semble (malheureusement) encore nécessaire d’écrire sur cette question. Dans ce texte, je souhaite faire un panorama de la situation, en exposant d’abord le phénomène de sous-représentation des femmes en philosophie. Je présenterai ensuite les principales causes de ce phénomène, puis des pistes de solutions[8].

 

Quelques chiffres…

 

Un coup d’œil rapide dans les cours universitaires, les conférences ou les assemblées départementales suffit souvent pour constater le problème de sous-représentation des femmes en philosophie. Il se trouve néanmoins toujours quelqu’un pour demander de lui prouver l’évidence par des chiffres. Y aurait-il chez les philosophes un vieux réflexe platonicien les poussant encore à faire confiance aux idées mathématiques plutôt qu’aux sens ? Blague à part, collecter des données n’est pas inutile. Cela permet d’avoir un portrait plus exact de la situation et de suivre son évolution. Il faut cependant éviter de tomber dans le piège de la collecte infinie de données, c’est-à-dire d’exiger toujours davantage de données avant de statuer sur l’existence du problème et de mettre en place des solutions. Comme nous le verrons, les données dont nous disposons actuellement, bien que partielles, permettent déjà clairement d’établir un problème de sous-représentation des femmes en philosophie.

 

Les études nous confirment que plus on monte dans l’échelle académique, moins il y a de femmes en philosophie[9]. La proportion de femmes rétrécit lorsqu’on passe du bac à la maîtrise, de la maîtrise au doctorat et du doctorat au poste de professeure (et même jusqu’à l’obtention de la permanence). En bout de ligne, les femmes ne représentent que 20% à 30% du corps professoral des départements de philosophie ; que ce soit au Royaume-Uni (18% en 2009), en Australie (23% en 2006), aux Etats-Unis (22% en 2009) ou au Canada (31% en 2011).

 

Le Québec ne fait pas exception à la règle. À l’automne 2014, on comptait 25% de femmes professeures dans les départements de philosophie à l’université, ce qui constitue une légère augmentation par rapport à 2011 où on en comptait 21%. Du côté des départements de philosophie des cégeps, de 2011 à 2014, la proportion de femmes est restée stable à 28%[10]. Comme on le sait, les ouvertures de postes ne sont pas si fréquentes, surtout en période de compressions budgétaires. Le progrès observé ici quant à la place occupée par les femmes dans les départements de philosophie universitaires risque fort de ralentir, puisqu’il est en bonne partie dû aux embauches survenues dans un contexte de départ à la retraite de plusieurs professeur.e.s. Même chose du côté collégial où le renouvellement du corps professoral tire à sa fin et où, malgré des embauches très nombreuses ces dernières années, on ne note aucune augmentation significative du nombre de femmes.

 

La place occupée par les femmes dans les publications philosophiques est encore plus restreinte. Comme le montre Sally Haslanger[11], on ne retrouve que 12,36 % de femmes auteures dans les sept revues de philosophie les plus réputées au monde pour la période allant de 2002 à 2007. À noter également que moins de 3% des articles portaient sur des sujets féministes.

 

L’examen d’une partie des publications philosophiques québécoises[12], permet de voir que la situation n’est pas plus reluisante chez nous. On ne compte que 14% de femmes parmi les auteur.e.s de la revue Philosophiques de 2003 à 2012 (revue de la Société de philosophie du Québec) et 10% de femmes parmi les auteur.e.s de la revue Philosopher de 2011 à 2013 (revue d’enseignement de la philosophie au Québec). Du côté des revues plus « grand public », la défunte revue Médiane affiche 20% de collaboratrices (2006 à 2009), alors que la revue Philo & cie en compte 17,5% (2012 à 2014). Des 149 Devoir de philo publiés dans les pages du journal Le Devoir de février 2006 à novembre 2014, seulement 12 % ont été écrit par des femmes. De plus, seulement huit textes portaient sur la pensée d’une femme. Notons que, parmi eux, trois portent sur la philosophe Hannah Arendt et que six ont été écrits par une femme (comprendre : ce sont surtout les femmes qui écrivent sur des femmes). Finalement, lorsqu’on se tourne du côté des ouvrages pédagogiques destinés à l’enseignement de la philosophie au collégial, on compte 22% de femmes parmi les auteur.e.s (2011). On remarque aussi qu’elles écrivent surtout de courts ouvrages (portant sur un philosophe ou un aspect particulier de sa pensée) – lesquels sont utilisés de manière ponctuelle pendant la session – plutôt que des manuels complets utilisés pour l’ensemble des cours tout au long de la session.

 

On constate donc que la présence des femmes dans les publications est nettement inférieure à la place qu’elles occupent au sein du corps professoral, où elles sont d’ailleurs proportionnellement moins nombreuses que dans les programmes de maîtrise et de doctorat en philosophie.

 

Afin de tracer un portrait plus exhaustif de la place des femmes en philosophie au Québec, il serait intéressant de connaître le nombre d’étudiantes (vs le nombre d’étudiants) inscrites dans les programmes de philosophie (au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat), de même que la proportion d’entre elles qui complète leur programme comparativement à leurs collègues masculins. Il serait également pertinent de recueillir des données quant à la présence des femmes dans les colloques et conférences. Cet exercice donnerait probablement des résultats semblables à ceux obtenus pour les publications. Les décomptes quasi systématiques que j’effectue depuis cinq ans, dans les programmes des événements philosophiques auxquels j’assiste ou dont je reçois les annonces, vont en ce sens. Il faudrait aussi regarder combien de femmes sont titulaires de chaires de recherche, ou de groupes et de laboratoires de recherche.

 

Rappelons qu’il n’est toutefois pas nécessaire de recueillir ces données avant de conclure à un problème de sous-représentation des femmes en philosophie. Les données actuelles sont, comme on l’a vu, déjà probantes.

 

Le problème avec la philosophie…

 

Comment expliquer que les femmes soient si peu nombreuses en philosophie ? La réponse à cette question est complexe. Plusieurs raisons concourent à tenir les femmes à distance de la philosophie. Cela mériterait un développement plus long que le survol général auquel je me limiterai ici. Je présenterai les principaux facteurs participant à créer un climat plus hostile pour les femmes en philosophie.

 

Tout d’abord, la faible présence des femmes, tant au sein de la tradition philosophique que dans la profession, contribue elle-même à perpétuer le problème de sous-représentation. Le manque de modèles auxquels s’identifier parmi ses professeurs, parmi les philosophes qu’on lit ou qu’on entend en conférence favorise le sentiment d’imposteur : on a l’impression constante de ne pas être à sa place comme femme en philosophie. C’est ce qui amène plusieurs femmes à quitter la discipline. Le fait d’être peu nombreuses, voire parfois d’être la seule femme dans une classe, une réunion ou un événement académique n’est pas sans conséquences. Ce statut minoritaire tend à renforcer deux phénomènes nuisibles bien démontrés : les biais implicites et la menace du stéréotype[13]. Quand on parle de biais implicites, on parle notamment des biais sexistes qui influencent le jugement qu’on porte sur les femmes et sur leur travail (prises de parole, travaux, publications, conférences, etc.) et qui font en sorte qu’elles sont dévaluées par rapport à leurs collègues masculins. La menace du stéréotype est un phénomène par lequel le fait d’être placé en situation de minorité génère une crainte ou un stress qui amène la personne en position minoritaire à sous-performer. Jennifer Saul résume bien comment ces phénomènes affectent le parcours des étudiantes en philosophie :

 

« A female philosophy student will probably be in the minority as a woman in her department, and she’ll almost certainly be in the minority as a women if she takes classes in the more stereotypically male areas like (for example) logic, language, and metaphysics. As she continues on to higher levels of study, the number of women will be steadily diminishing. In any class she takes other than feminist philosophy, she’s likely to encounter a syllabus that consists over-whelmingly (often exclusively) of male authors. The people teaching most of the classes are also very likely to be male. All of these factors calling attention to low numbers of women are known to provoke stereotype threat. Because stereotype threat has its strongest effect on the most committed students, this means that the most committed women are likely to under perform.

Those teaching undergraduates are human beings and therefore susceptible to implicit bias. Whatever their egalitarian beliefs and intentions (and even if they are themselves women), they are likely to be affected by implicit biases that lead to more negative evaluations of women abilities. (If it’s right that philosophy is stereotyped as male, this will only be heightened.) What will this mean for teaching? It’s likely to mean that when they’re drawing up their syllabi, the names that leap to mind as the best, most important authors will be male. As they conduct in-class discussions, they are likely to (unconsciously) expect better contributions from the male students. This may mean that they’re more likely to call upon men. If grading is not anonymous, men are likely to be given higher grades than women for the same quality of work. Finally, if a teacher unconsciously associates men more easily with philosophical excellence, they will be more likely to encourage men to major in philosophy and to go on to further work in philosophy after graduation. At the graduate level, supervisors may be more likely to encourage men to publish their work. Both graduate and undergraduate women are likely to get weaker letter of reference than similar man. […][14]»

 

De manière générale, la sous-représentation des femmes en philosophie favorise leur stigmatisation, mais également le maintien du sexisme et des discriminations (conscientes ou inconscientes) qui ont cours dans la discipline. Comme on l’a mentionné au tout début de ce texte, les femmes en philosophie, comme dans la plupart des milieux majoritairement masculins, font face à différentes formes de sexisme (blagues, commentaires, etc.) et de discriminations (dans l’évaluation de leur travaux, l’attribution de contrats, les publications, les embauches, etc.). Le harcèlement ou les agressions par des collègues ou des professeurs font également partie des expériences vécues par nombre d’entre elles. Il suffit de jeter un œil sur les témoignages recensés par le blogue What is it Like to Be a Woman in Philosophy, ou de prendre connaissance de différents cas rendus publics dans les dernières années[15], pour comprendre que le problème n’est pas simplement anecdotique.

 

Évidemment, les situations de sexisme, de discrimination, de harcèlement et d’agression se produisent malheureusement partout : dans tous les milieux et dans toutes les sphères de la société. Il y a quelques semaines, des femmes autochtones de Val-d’Or brisaient courageusement le silence sur la violence dont elles sont victimes. Il y a un an, avec le mouvement Agressions non dénoncées, des millions de femmes prenaient la parole pour témoigner des agressions qu’elles avaient subies. Il ne s’agit donc pas ici de prétendre que ce qui se passe en philosophie est pire que ce qui se passe dans le reste de la société. La situation des femmes en philosophie n’est certainement pas comparable à celle des femmes autochtones pour ne donner qu’un exemple. Il s’agit plutôt, ici, d’essayer de comprendre pourquoi le problème semble plus présent en philosophie que dans la plupart des autres disciplines du milieu académique. Il s’agit d’essayer de comprendre les dimensions spécifiques du problème, tel qu’il se pose en philosophie.

 

À cet égard, certaines caractéristiques ou certains traits associés à la tradition et aux pratiques philosophiques peuvent être mis en cause. Si je vous demandais de nommer cinq femmes philosophes, il y a fort à parier que cous auriez de la difficulté à trouver rapidement d’autres noms que ceux de Hannah Arendt et Simone de Beauvoir. On ne surprendra donc personne en disant que la tradition philosophique a été jusqu’au XXe siècle (et encore aujourd’hui), surtout une affaire d’hommes blancs. L’absence des femmes et des philosophes non-occidentaux est assez phénoménale. De ce fait, les grandes questions philosophiques, celles qu’on considère être au fondement du savoir et de l’existence humaines, sont le produit d’une minorité non représentative de l’humanité dans son ensemble. Les sujets et les problèmes jugés importants philosophiquement, ceux qu’on présente comme ayant une valeur universelle, ont été déterminés par des hommes, de surcroît blancs. Il n’est donc pas étonnant que nombre d’enjeux féministes ou de questions historiquement associées aux femmes, comme la natalité, la maternité ou le « care » (pourtant incontournables dans l’existence humaine) demeurent peu ou pas abordés par les philosophes. La façon dont la tradition philosophique s’est constituée perpétue donc une forme d’exclusion des femmes.

 

La philosophie ne donne pas non plus sa place en matière de propos misogynes. On peut penser à Machiavel qui, comparant la Fortuna à une femme, dit qu’« il est nécessaire, à qui veut la soumettre, de la battre et de la rudoyer » ; ou à Schopenhauer qui affirme que « La femme est un animal aux cheveux longs et aux idées courtes. » ; ou même, plus récemment, à Merleau-Ponty qui, parlant de la résistance des masses à se soumettre déclare que « Comme une femme, elles [les masses] daignent, et elles daignent se soumettre, elles attendent d’être forcées, d’être prises ». Ce ne sont là que quelques exemples du genre de propos qui habitent les textes de la tradition philosophique. Ces passages, dont on peut rire au premier abord, sont néanmoins beaucoup moins amusants à lire lorsqu’on est une femme. Ils constituent un rappel constant de ce que nous sommes aux yeux de la philosophie : c’est-à-dire l’autre, les dominées. Contrairement à leurs collègues masculins, les étudiantes en philosophie, doivent donc composer avec cette forme répétée de micro-agression.

 

Le sexisme de la tradition philosophique est également bien visible à travers les dichotomies conceptuelles classiques qu’elle met en œuvre : raison/émotion, objectivité/subjectivité, connaissance/ignorance, masculin/féminin, etc. On aura évidemment compris que la philosophie loge du côté de la raison, de l’objectivité, de la connaissance et… du masculin.

 

Ainsi, être une femme en philosophie c’est souvent avoir l’impression de se trouver en terrain miné, ou en terre étrangère. Dans « Il n’y a pas de cogito-femme », Françoise Collin réfléchit au rapport des femmes à la culture dominante. Ses propos peuvent tout à fait être utilisés pour décrire le rapport que les femmes entretiennent avec la tradition philosophique :

«  Dans toute activité, dans toute pensée, dans toute parole il y a un piège. L’histoire est l’histoire des hommes et les femmes n’y prennent place que dans la perspective qu’ils ont ouverte. L’accès au savoir considéré comme conquête est aussi, pour une femme, épaississement du voile qui la sépare d’elle-même, le langage de l’universel étant toujours tenu d’un certain point de vue qui n’est pas le sien[16]. »

 

Cette prétention à l’universel et à l’objectivité, si chère aux philosophes, alimente d’ailleurs leur résistance face aux changements dans la discipline. Le fait de considérer détenir un jugement objectif et rationnel contribue à masquer les problèmes d’équité découlant de leurs pratiques. Celles et ceux qui, comme moi, ont l’habitude de contacter des organisateurs de colloques ou des comités de rédaction pour leur signaler l’absence de femmes ont certainement fait l’expérience de ce problème. Je ne compte plus les fois où on m’a répondu être au-dessus des distinctions homme/femme et que les contributions étaient choisies pour leur qualité et non en fonction du genre des personnes qui les produisent. N’est-il pas étonnant que les « meilleures » contributions soient à très forte majorité celles des hommes[17] ? Poser la question, c’est y répondre… et il y a décidément encore du travail à faire de ce côté. Comme le souligne Jennifer Saul dans une entrevue menée par The Philosopher’s Magazine en 2011, cette affection des philosophes pour l’objectivité augmente leurs biais :

« Philosophers have this special relationship with objectivity […] where we think that we’re better and more rational than everyone else. It’s very well confirmed that people are really bad at judging their own objectivity and systematically over-estimate it. But really interestingly, it’s also been shown that thinking about how objective one is increases bias rather than decreases it. If you form the explicit intention to be unbiased and not affected by gender and race, you will be more affected by these things.[18] »

Ce lien particulier entre les philosophes et l’objectivité expliquerait également la faible percée des théories féministes en philosophie, comparativement à ce qu’on retrouve dans les autres disciplines des sciences humaines. Comme l’explique Sally Haslanger, plusieurs philosophes pensent que l’objectivité implique une neutralité qui est, de leur point de vue, incompatible avec le point de vue féministe, lequel serait partial et subjectif[19]. Au Québec, la philosophie féministe commence à faire son chemin dans les départements de philosophie, mais la place qu’elle occupe demeure marginale. En 2010, à l’université, seuls trois des huit départements de philosophie offraient des cours de philosophie féministe dans le cadre de leurs programmes[20]. On retrouvait un cours de baccalauréat à l’Université Laval et à l’Université Concordia, ainsi que deux cours de baccalauréat et un cours de cycles supérieurs à l’Université McGill. En 2011, Concordia a ajouté un second cours optionnel au baccalauréat. C’est également en 2011 que l’UQAM a implanté un cours optionnel au baccalauréat, ainsi que la possibilité de s’inscrire dans une concentration en études féministes à la maîtrise et au doctorat.

 

Finalement, plusieurs considèrent que le mode de discussion combatif pratiqué en philosophie (débat, argumentation, critique) contribue à créer un climat inhospitalier pour les femmes[21]. Plusieurs d’entre elles rapportent éprouver certains malaise dans ce type de discussion. Il faut ici faire très attention de ne pas conclure que les femmes seraient moins aptes au débat et à l’argumentation que les hommes. Il faut plutôt regarder du côté de la façon dont elles sont socialisées. De manière générale, elles ne sont pas encouragées à s’engager « agressivement » dans une discussion. On attend plutôt d’elles qu’elles adoptent un ton calme et posé, contrairement aux hommes qui sont encouragés à défendre leur point de vue avec force et vigueur. C’est pourquoi les femmes qui participent activement aux débats et défendent fermement leurs positions seront rapidement étiquetées comme colériques, voire même hystériques, ou qu’on leur reprochera le ton adopté plutôt que le contenu de leurs propos.

 

Que faire ?

 

Sachant que la faible présence des femmes entretient le problème de climat dans la discipline, il apparaît nécessaire de mettre en place des solutions pour augmenter le nombre de femmes en philosophie. À titre indicatif, l’UNESCO considère que les choses commencent (et on dit bien « commencent ») à s’améliorer lorsqu’un seuil de 30% de femmes est franchit. Dans cette mesure, il apparaît primordial d’augmenter le nombre de femmes en philosophie, tant au sein du corps professoral que de la population étudiante. Le fait de voir davantage de femmes parmi les professeurs, les conférenciers, les auteurs ou dans le milieu en général normalise leur présence et réduit les discriminations à leur endroit.

 

L’embauche d’un plus grand nombre de femmes dans les départements de philosophie doit donc constituer une priorité. Non seulement pour améliorer le climat, mais aussi pour présenter des modèles de femmes philosophes aux étudiantes et aux étudiants. L’objection qui revient le plus souvent quand on aborde la question des embauches est qu’il ne faut pas que le critère du genre empiète sur les autres critères de sélection, sans quoi on risque de ne pas embaucher les meilleures personnes ou les plus « méritantes ». Comme on l’a vu précédemment, cet argument ne tient pas la route. Il faut plutôt comprendre que les critères et processus de sélection actuels avantagent les hommes (que ce soit au niveau des embauches, des publications etc.). C’est pourquoi il y a lieu de les questionner. En outre, il faut voir que la proposition n’est pas de « niveler par le bas ». Il est plutôt question de mettre en place des moyens pour réduire les discriminations à l’embauche, lesquelles sont bien réelles. Pour ce faire, on peut adopter des principes tels que : viser la parité dans la liste des candidatures retenues pour les entrevues, constituer des comités d’embauche plus diversifiés qui incluent au moins une femme (ou plus selon la grosseur du comité et le nombre de femmes dans le département), solliciter davantage de candidatures de femmes, etc. L’Association canadienne de philosophie (ACP) a d’ailleurs produit une Trousse pratique des mesures favorisant un recrutement équitable dans laquelle elle aborde des éléments comme la définition et l’annonce du poste, ou encore la recherche et la sélection des candidatures[22].

 

Il importe également de s’assurer d’une représentation suffisante des femmes dans les conférences et les publications. Pour plusieurs raisons, il peut s’avérer plus difficile de trouver des femmes : elles sont moins nombreuses, elles ont moins de visibilité et on pense donc moins spontanément à elles lorsqu’on cherche des intervenant-e-s, etc. Afin de faciliter cette recherche, il est utile de constituer des listes de femmes philosophes par spécialité. La Gendered Conference Campaign lancée par le blogue Feminist Philosophers propose aussi beaucoup d’informations sur les effets néfastes des événements académiques exclusivement masculins, ainsi que des conseils pour éviter cette situation. On suggère notamment de ne pas attendre à la dernière minute pour contacter les femmes qu’on veut inviter, de les consulter sur les dates où elles sont disponibles avant de fixer la date de l’événement, offrir un service de garde sur place, etc.

 

Il est aussi important de travailler à corriger l’invisibilisation du travail des femmes dans l’histoire de la philosophie. Cela implique d’inclure des femmes dans les plans de cours, de créer des cours de philosophie féministe et d’inclure des perspectives féministes dans l’ensemble (ou une bonne partie) des cours pour éviter que les enjeux féministes soient relégués à la marge du cursus principal. Des initiatives pour restituer aux femmes philosophes une place qui leur revient dans la tradition philosophique sont aussi essentielles. Comme le Project Vox qui vise à faire découvrir le travail de femmes philosophes du XVIIe et du XVIIIe siècles et qui fournit des ressources destinées à l’enseignement. On peut aussi mentionner le travail de Diane Lamoureux dans son livre PENSÉES REBELLES autour de Rosa Luxembourg, Hannah Arendt et Françoise Collin[23]. Par le dialogue qu’elle établit entre ces trois penseures politiques, elle trace « à rebours » une filiation de pensée qui reconstruit différemment la tradition. Ce sont là des exemples de renouvellement de la tradition philosophique desquels on devrait me semble-t-il s’inspirer.

 

Par ailleurs, la préoccupation pour l’équité et pour un climat sain dans le milieu philosophique doit se traduire par l’adoption de pratiques plus inclusives et plus respectueuses dans l’enseignement et dans la recherche. Cela peut vouloir dire, comme le défendent Yann Bénétreau-Dupin et Guillaume Beaulac[24], de mettre en place des processus anonymes d’évaluation par les pairs et de correction des travaux des étudiantes et étudiants. On peut aussi aller vers l’adoption de politiques départementales contre le harcèlement et la discrimination, de politiques de féminisation des documents et outils de communications officiels (site internet, courriels, plans de cours, etc.) ou encore de comités chargés de veiller aux questions d’équité et de climat, comme vient tout juste de le faire le département de philosophie de l’UQAM[25]. Mais il ne suffit pas de mettre en place des règles, des instances et des processus formels pour garantir un climat sain en philosophie. C’est pourquoi il importe de poser des actions pour promouvoir des interactions sociales plus égalitaires et respectueuses ; que ce soit dans les cours, dans les colloques ou dans les activités sociales. À cet effet, le document Guidelines for respectful, constructive, and inclusive philosophical discussion élaboré par David Chalmers est un exemple intéressant[26]. On y propose des façons plus positives d’intervenir dans les débats et discussions et des trucs pour gérer équitablement les prises de paroles.

 

Finalement, puisque les changements dans la discipline ne seront pas instantanés et que les problèmes actuels sont bien réels, il ne faut pas oublier de mettre en place des moyens pour soutenir et encourager les femmes en philosophie, en particulier les étudiantes : mentorat, réseautage, groupes de femmes en philosophie, organisation de colloques ou de conférences pour permettre aux étudiantes d’acquérir de l’expérience, publications, etc. En outre, tout le travail de sensibilisation au problème de sous-représentation des femmes en philosophie est primordial et doit continuer si nous voulons que les choses changent.

 

J’ai présenté ici plusieurs pistes de solutions et plusieurs ressources disponibles. Il ne s’agit là que d’un aperçu général, plusieurs autres outils, documents ou résultats de recherches existent. À ce stade-ci, il me semble que si les choses ne changent pas, ce n’est pas par manque d’informations et de pistes de solution, mais par manque d’écoute, par manque de volonté et par manque d’actions concrètes de la part des membres de la communauté philosophique.

 

Quelques considérations supplémentaires

 

En terminant, j’aimerais faire quelques mises en garde ou rappels. La place des femmes en philosophie est de plus en plus discutée et, depuis deux ou trois ans, on sent un certain engouement autour de la question. Si cela est indéniablement réjouissant, il faut néanmoins rester vigilant-e-s. Il est facile de penser que le problème est résolu ou en voie de se résoudre parce qu’on en parle, parce que la question est maintenant reconnue comme légitime, parce qu’elle figure à l’agenda de plusieurs départements, parce qu’on la discute dans des colloques ou parce qu’elle est l’objet d’articles. Tout ce travail et tous ces discours seront vains s’ils ne débouchent pas sur des changements profonds dans la culture philosophique. Il ne suffit pas d’augmenter le nombre de femmes en philosophie, encore faut-il qu’elles puissent s’y sentir chez elles. Il ne suffit pas de les inclure sur des panels et dans des revues, encore faut-il qu’on les écoute, qu’on les lise, qu’on s’intéresse à leurs recherches, qu’on commente leur travail ; bref qu’on les considère comme des interlocutrices à part entière.

 

Le problème fondamental posé par la question de la place des femmes en philosophie n’est pas un problème d’équité qui peut être corrigé simplement par des mesures administratives ou par la mise en place des différentes solutions évoquées dans ce texte. Le problème fondamental posé par la question de la place des femmes en philosophie n’est pas non plus un problème philosophique, et on aurait tort de chercher à y répondre en concentrant d’abord nos efforts vers le développement d’un travail théorique sur la question. La question de la place des femmes en philosophie est avant tout une question politique, qui exige une réponse politique. Réponse qui passera nécessairement par un projet de transformation de la tradition et du milieu philosophiques.

 

Comme nous le rappelle Françoise Collin :

« Le combat des femmes est un combat pour la démocratie, pour que celle-ci ne soit pas un simple mot, une forme sans contenu. […] Il exige une refonte tant des pratiques que des mentalités. Il ne s’agit pas en effet que la société dominante, à dominante masculine, « accorde » généreusement aux femmes quelques accommodements ou quelques bribes de pouvoir, les « intègre » ou les associe à un projet social inchangé, mais qu’elles deviennent les cosujets de la chose commune[27]. »

Ceci est tout aussi valable pour le combat des femmes en philosophie. Car le véritable enjeu pour les femmes en philosophie n’est pas simplement l’atteinte de l’égalité numérique, il s’agit de l’obtention d’un véritable partage du pouvoir.

 

[1] STIM : Sciences, technologies, ingénierie et mathématiques.

[2] Un grand merci à toi, Louise Caroline Bergeron, pour ta présence et pour ces longues et nombreuses discussions qui nourrissent ma réflexion.

[3] Sally HASLANGER. « Changing the Ideology and Culture of Philosophy : Not by Reason (Alone) », Hypathia, vol. 23, no 2, Printemps 2008, p. 210-223.

[4] Et ce, bien qu’il existait certaines choses sur la question au Québec (ce que je découvris plus tard). Je pense notamment au travail d’Alexandre Baril sur la sous-représentation des professeures de philosophie dans les universités québécoises (2005), ou à un article de Christiane Goyer sur les femmes et la philosophie au Québec (1985).

[5] Hélène PEDNEAULT. « Apologie de la colère des femmes », Voir, 4 mars 1999. Page consultée le 6 avril 2015 : http://voir.ca/chroniques/grandes-gueules/1999/03/04/apologie-de-la-colere-des-femmes/.

[6] « Philosophie : “Bienvenue aux dames” ? Table-ronde sur la place des femmes en philosophie », Journée mondiale de la philosophie, Chaire UNESCO d’études des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, UQAM, 17 novembre 2011.

[7] Kelly J. BAKER. « Writing About Sexism in Academia Hurts », Chronical Vitea, 9 octobre 2014. Page consultée le 15 octobre 2014 : https://chroniclevitae.com/news/750-writing-about-sexism-in-academia-hurts.

[8] Bien que cela ne soit pas l’objet du présent texte, il me semble nécessaire de mentionner l’importance de s’intéresser aussi à la place des personnes racisées dans la discipline. Sur cette question, voir notamment le blogue What is it Like to Be a person of Color in Philosophy, ou encore le numéro spécial de la revue Hypathia (Hiver 2014, vol. 29, no1) intitulé « Interstices : Inheriting Women of Color Feminist Philosophy » : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/hypa.2014.29.issue-1/issuetoc

[9] Voir entre autres : Molly PAXTON, Carrie FIGDOR & Valerie TIBERIUS. « Quantifying the Gender Gap : an Empirical Study of the Underrepresentation of Women in Philosophy », Hypatia, vol. 27, no. 4, Automne 2012, p. 949-957. ; Julian BAGGINI. « The Long Road to Equality », The Philosophers Magazine, Vol. 2011, no 53 (2nd Quarter 2011), p. 14-19. ; Mathieu DOUCET et Guillaume BEAULAC, Rapport sur les enquêtes sur l’équité de l’ACP : tendances historiques ; Glenis BISHOP, with Helen BEBEE, Eliza GODART & Adriane RINI. « Seeing the Trends in the Data », Women in Philosophy. What Needs to Change ? (dir. Katrina Hutchison et Fiona Jenkins), Oxford University Press, New York, p. 231-259.

[10] La collecte de donnée a été réalisée à partir des sites internet des départements de philosophie des universités québécoises (UQAM, Université de Montréal, Université McGill, Université Concordia, UQTR,Université Laval, Université de Sherbrooke et Université Bishop) à quatre reprises : automne 2011, hiver 2013, automne 2013 et Automne 2014. Pour les départements de philosophie des cégeps, la collecte de données a été faites à partir des sites internet de 48 cégeps (en visitant le bottin ou répertoire du personnel) à trois reprises : automne 2011, automne 2013 et automne 2014. Tant du côté universitaire que collégial, on a constaté que les pages où on présente les membres du corps professoral avait été mises à jour entre nos visites (à l’exception près de quelques cégeps). Nous considérons donc que le portrait présenté ici est représentatif de la situation.

[11] Sally HASLANGER, Op. Cit., p.220.

[12] Pour les revues, la collecte de données a été effectuée en consultant la table des matières de chacun des numéros parus pendant la période mentionnée. Pour les Devoir de philo et les ouvrages pédagogiques, la collecte de données a été effectuée en consultant le site internet du journal Le Devoir ainsi que les sites internet des trois principales maisons d’éditions pédagogiques québécoises (CEC, Chenelière, Erpi).

[13] Pour davantage d’information sur les biais implicites et la menace du stéréotype, voir : Jennifer SAUL. « Implicit Biais, Stereotype Threat and Women in Philosophy », Women in Philosophy. What Needs to Change ? (dir. Katrina Hutchison et Fiona Jenkins), Op. Cit. , p.39-60. Voir aussi les ressources disponibles sur le sur site internet du Département de philosophie de Rutgers University, dans la section « Climate for Women and Underrepresented Groups at Rutgers »: http://philosophy.rutgers.edu/graduate-program/climate/133-graduate/climate

[14] Jennifer SAUL. « Implicit Biais, Stereotype Threat and Women in Philosophy », Op. Cit., p.44.

[15] En voici quelques exemples : Colin MCGinn (Université de Miami, en 2013), amené à démissionner suite à des allégations de harcèlement sexuel à l’endroit d’un étudiante graduée qui travaillait pour lui ; Peter Ludlow (Université Nortwestern, en 2014), une enquête interne de l’université a reconnu le fait qu’il a harcelé sexuellement une étudiante ; Département de philosophie (Université Colorado-Boulder, en 2014), l’université a suspendu les admissions dans ses programmes de cycles supérieurs et remplacé le directeur du département suite aux recommandations du rapport du Committee for the Status of Women de l’American Philosophical Association faisant état d’un climat d’intimidation et de harcèlement dans le département.

[16] Françoise COLLIN. « Il n’y a pas de cogito-femme » dans Françoise Collin. Anthologie québécoise 1977-2000 (dir. Marie-Blanche Tahon) Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2014, p.34.

[17] À ce sujet, voir entre autres la critique de Fiona Jenkins de ce fameux système méritocratique : Fiona JENKINS. « Singing the Post-discrimination Blues : Notes for a Critic of Academic Meritocracy » », Women in Philosophy. What Needs to Change ? (dir. Katrina Hutchison et Fiona Jenkins), Op. Cit., p.81-102.

[18] Julian BAGGINI. « The Long Road to Equality », The Philosopher’s Magazine, Vol. 53, 2011, p.14-19.

[19] Ibidem.

[20] L’information est tirée des listes de cours officielles pour chaque programme. Cela ne signifie pas que le cours était donné au moment où cette liste a été consulté, ou même cette cette année-là. Cela veut dire que le cours existe dans la banque de cours offerts dans ces programmes. À noter que tous ces cours étaient optionnels.

[21] Sur cette question, voir entre autres : Helen BEEBEE. « Women and Deviance in Philosophy », Women in Philosophy. What Needs to Change ? (dir. Katrina Hutchison et Fiona Jenkins), Op. Cit., p.61-80.

[22] La trousse est disponible sur le site de l’Association canadienne de philosophie : http://www.acpcpa.ca/fr/profession.php

[23] Diane LAMOUREUX. PENSÉES REBELLES autour de Rosa Luxembourg, Hannah Arendt et Françoise Collin, Montréal, Les Éditions du Remue-Ménage, 2010.

[24] Yann BÉNÉTREAU-DUPIN et Guillaume BEAULAC. « Fair Numbers : What Data Can and Cannot Tell Us About the Underreprsentation of Women in Philosophy », Ergo, 2015, 2(3): 59-81. Le texte est disponible ici : http://quod.lib.umich.edu/e/ergo/12405314.0002.003/–fair-numbers-what-data-can-and-cannot-tell-us-about?rgn=main;view=fulltext

[25] https://philo.uqam.ca/fr/2015-10-06-16-56-37/comite-equite-climat.html

[26] http://consc.net/norms.html

[27] Françoise COLLIN. « La démocratie est-elle démocratique ? » dans Françoise Collin. Anthologie québécoise 1977-2000 (dir. Marie-Blanche Tahon) Op. Cit., p.70.

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

David Landry

Cet article génial vous faite avancer l’humanité, très belle recherche

cellule

Peut-être que tout simplement que la philosophie n’intéresse pas les femmes en général…

Marianne Di Croce

Ou « peut-être que tout simplement » – comme l’explique en long et en large le texte – les femmes ne sont pas autant encouragées à s’intéresser à la philosophie et que les femmes en philosophie ne bénéficient pas de conditions aussi favorables que leurs collègues masculins pour poursuivre le développement de leur intérêt pour la philosophie…

À cet égard, voir entre autres les propos de Mary Midgley dans cette émission qui
aborde notamment la question du climat dans la discipline : https://radio.abc.net.au/programitem/peJDGVqEjL?play=true

L’une des choses soulignées par Midgley est que, comme il y avait moins d’hommes dans les classes (ceux-ci étant partis à la guerre), cela leur a permis de se faire entendre et de recevoir autant d’attention de la part de leurs professeurs que leurs collègues masculins.