Réplique à : Le socialisme de marché : une défense

13 novembre 2017 | Revue > >

Un marché, d’accord, mais lequel?

Réflexion sur le socialisme de marché

Pascal Lebrun

Je réponds ici au texte « Le socialisme de marché : Une défense » de Charles Guay-Boutet, paru cet automne sur Raisons sociales, proposant un argumentaire en faveur du socialisme de marché mis de l’avant par John Roemer[1].

D’emblée, je précise que je partage plusieurs opinions ou intuitions de l’auteur, notamment quant à l’aspiration de n’exclure par principe aucune option dans notre recherche d’une voie de sortie au capitalisme, le seul critère de sélection étant leur capacité effective à atteindre nos objectifs. De même, je partage ses vues sur le « fétichisme » entourant l’action de l’État au sein de la gauche « traditionnelle ».

En effet, cette hégémonie de l’idée d’un monopole étatique sur l’action collective n’est au plan économique significativement contestée que par le refus catégorique de réfléchir aux questions de production, de distribution et de consommation qui caractérise le communisme anarchiste. À la social-démocratie et au communisme planificateur s’oppose ainsi une conception spontanée du communisme, hégémonique au sein du mouvement anarchiste[2], une conception reposant sur la croyance implicite que les choses se feront en quelque sorte d’elles-mêmes[3]. C’est un problème, car l’anarchisme constitue aujourd’hui la majorité de la gauche radicale, du moins sur le terrain, dans beaucoup de sociétés occidentales, dont le Québec. Le « préjugé étatiste » ne se retrouve donc au plan économique face qu’à une fin de non-recevoir, un silence radio complet en dehors de quelques positions de principe libertaires. Pourtant, le caractère décevant, en théorie comme dans les faits, des différentes formes d’étatisme autant que du « communisme spontané » alimente pour des raisons pratiques et normatives un doute sérieux quant à leur utilité dans la recherche d’une voie de sortie au régime en place. Dans ces conditions, il peut effectivement être intéressant d’envisager des options de, ou avec marchés[4], mais encore faut-il définir ce qu’on entend par là concrètement, puisque les formes d’économie de marché possibles sont potentiellement innombrables.

Pour sa part, le courant du socialisme de marché auquel Roemer participe[5] m’apparait problématique, d’abord à cause de son intégration complète des positions épistémiques et anthropologiques néoclassiques. Loin d’être une force qui permet de retourner les arguments de nos adversaires contre leur système, comme le soutient Guay-Boutet, j’entends argumenter ici qu’il s’agit d’un piège mortel pour toute intention socialiste. Je commencerai par exposer mon argumentaire théorique avant de me procéder à l’analyse des problèmes structurels de la proposition roemérienne, terminant en relançant la réflexion par diverses pistes alternatives.

Cadre théorique néoclassique et société

L’approche épistémique de la pensée néoclassique repose sur l’individualisme méthodologique, qui combine deux postulats anthropologiques majeurs[6]. D’abord l’individu « rationnel », c’est-à-dire maximisateur de bien-être (l’homo economicus). Ensuite, le nominalisme sociologique, c’est-à-dire l’affirmation de l’existence réelle des individus, mais fictive de leur organisation, de leur culture, de leurs mœurs, de leurs institutions, de leur histoire; en un mot, l’inexistence ou l’absence de la société. C’est le point de vue que défendait Margaret Tatcher lorsqu’elle a prononcé son célèbre « There is no such thing as society »… La méthodologie dérivée d’une telle position épistémique ne se préoccupe donc que du comportement de l’individu, considéré comme une boite noire isolée du reste du monde dont l’origine des « préférences » importe peu. Ce qui importe est de savoir comment l’« électron libre » va se comporter dans telle ou telle situation, dans le « jeu ». Dans un tel contexte, les institutions et les organisations ne constituent que des comportements individuels partagés ou coordonnés, mais pas une collectivité à proprement parler. Un tel positionnement ne peut manquer d’avoir une influence importante sur la forme du socialisme proposé par Roemer.

Cette influence est flagrante dans la définition donnée à l’égalité dans le projet roemérien, soit l’égalité des opportunités dans l’obtention de la réalisation de soi, du bien-être et de l’influence politique, tel que décrit dans la section « Le socialisme comme état terminal d’égalité » du texte de Guay-Boutet. L’auteur y soutient qu’une telle définition comporte l’avantage de laisser à chaque individu « une relative autonomie dans les choix éthiques fondamentaux regardant comment organiser sa propre vie ». Dans cette perspective, la fin du socialisme est de nature purement individuelle, en droite ligne avec l’individualisme méthodologique. La société, absente ou inexistante, ne porte pas d’intérêts propres dignes d’être considérés; il n’y a pas de collectivité. De fait, le refus de reconnaitre la société comme une réalité anthropologique en soi implique nécessairement de ne voir en l’humanité qu’un amas d’individus, auxquels il convient donc de s’adresser exclusivement.

Une telle perspective n’est pas sans poser problème sur le plan de la science sociale. On l’aperçoit bien lorsque Guay-Boutet définit le marché « comme cet espace à l’intérieur duquel les agents économiques, placés en compétition afin de vendre leur production, se livrent une lutte qui est porteuse d’informations avantageuses pour les consommateurs ». Il est pourtant absurde de faire pression sur « le » producteur pour assurer le mieux-être matériel « du » consommateur, puisque comme le soulignait déjà Proudhon en 1846, à l’exception d’une minorité oisive[7], il y a identité entre producteur-trice-s et consommateur-trice-s[8]; « l’économie politique, cette science de la discorde, ne sait pas voir les choses avec cet ensemble: pour elle, il n’y a jamais dans la société que des individus opposés d’intérêts et de droits »[9]. C’est un problème pour des raisons théoriques autant que pratiques.

Au plan théorique, cela constitue une acceptation de la conception libérale du rapport social, où les individus, toujours plus ou moins « ennemis », ou à tout le moins étrangers, doivent voir leurs rapports tôt ou tard conflictuels être arbitrés par une puissance extérieure. C’est l’État, en dehors duquel la pensée libérale ne conçoit aucun vivre-ensemble possible, ni même aucune civilisation; ou bien sa domination, ou bien la guerre perpétuelle de l’« état de nature ». Je conçois bien que tou-te-s les socialistes ne partageront pas mon analyse anarchiste des méfaits de l’État et de son rôle réel dans la société, mais je pense néanmoins qu’il convient pour tout-e socialiste qui se respecte de ne pas circonscrire la collectivité et l’action collective à l’État seul[10]. Roemer bonifie cette conception de l’action « collective » par un partage du surplus monétaire des entreprises au sein de l’ensemble de la population, mais c’est la même logique qui est à l’œuvre; le corps social s’y réduit à des structures organisationnelles hiérarchisées et des processus administratifs.

Qui plus est, l’acceptation de l’individualisme méthodologique représente un problème plus fondamental encore, puisqu’une telle conception de l’être humain ne correspond pas à la réalité anthropologique observée : dans les faits, les êtres humains ne vivent jamais hors-société et partagent toujours plus que de simples intérêts conflictuels, ne serait-ce qu’un langage, qui implique lui-même un bagage culturel commun beaucoup plus étendu. Au plan théorique, cela veut dire que la pensée néoclassique n’a en fait de la vérité scientifique que le vernis et la réputation, par conséquent, qu’il est inutile de l’invoquer autrement que pour procéder à un appel à l’autorité mal fondé. Un projet reposant sur une telle conception anthropologique sera donc en pratique incapable de faire face à certains problèmes avec lesquels nous sommes présentement aux prises et qui découlent directement de l’organisation libérale de la société : perte de sens, exclusion, malaise identitaire et bien d’autres encore qui font actuellement le pain et le beurre de l’extrême-droite.

Ainsi, on ne peut par définition parler de socialisme sans une conception un tant soit peu tangible de la société. Autrement dit, par logique, socialisme et individualisme méthodologique s’excluent mutuellement. Dans ces conditions, un « socialisme néoclassique » ne peut que se perdre et le socialisme de marché anglo-saxon des années 1970-1980, quelle que soit la forme institutionnelle proposée, constitue à mon avis beaucoup plus une forme de libéralisme social que de socialisme à proprement parler. C’est sans doute la raison pour laquelle il revient « sans pour autant qu’une forme définie de socialisme soit mise de l’avant »… De fait, la proposition roemérienne ne constitue pas un projet de société, puisque la société n’y est pas incluse. Sans horizon à proposer en dehors du bien-être individuel, elle tombe dans le piège libéral qui engendre le marasme étouffant qui nous englue depuis des décennies; elle ne constitue pas une sortie de crise. Voyons comment cela prend forme concrètement.

Les classes sociales chez Roemer

Je désire dès maintenant m’inscrire en faux contre la prétention reprise par Guay-Boutet qui veut que la proposition roemérienne soit suffisante à l’élimination des classes sociales. En effet, pour des raisons empiriques et théoriques, l’élimination du statut de propriétaire des moyens de production, bien que nécessaire, n’est pas suffisante à la formation d’une société sans classes. D’abord, la proposition roemérienne n’élimine la propriété capitaliste que pour les grandes firmes, ce qui laisse déjà beaucoup d’espace aux rapports de domination capitalistes en dehors de ces milieux de travail.

Plus important encore, la proposition ne tient absolument pas compte des rapports de pouvoir et de domination existant entre les différentes catégories socioprofessionnelles : entre le personnel cadre et le personnel salarié d’abord, mais aussi entre le personnel salarié professionnel, le personnel salarié de corps de métier et le personnel salarié journalier. Car la répartition de la propriété des corporations dans l’ensemble du corps social n’est pas suffisante pour éliminer l’aléa moral dont Guay-Boutet traite. De fait, le vaste champ de la théorie de la firme a empiriquement démontré que le rapport de propriété n’est pas le seul, ni même le principal facteur déterminant les rapports de pouvoir qu’on peut observer au sein d’une corporation[11]. D’ailleurs, l’opposition d’intérêt entre actionnaires et gestionnaires des corporations, qui a jadis tant fait couler d’encre, est passablement réduite depuis qu’on a associé les gestionnaires aux profits des actionnaires par une rémunération en actions, options d’achats et ainsi de suite[12]. L’opposition d’intérêts, et les conflits en résultant, entre personnel-cadre et personnel salarié, personnel syndiqué et non syndiqué, entre départements, équipes de travail, voir entre simples personnalités, demeurent cependant et influent sur la structure du pouvoir réel au sein d’une corporation. Bien que certaines de ces oppositions soient conjoncturelles ou dues à une mauvaise organisation, certaines sont structurelles et ne peuvent être abolies sans abolir la corporation elle-même. C’est le cas de l’opposition fondamentale entre les intérêts des gestionnaires, dont l’avancement de carrière dépend de la maximisation du surplus monétaire de l’entreprise, et ceux du personnel salarié qui doit subir les effets de cette maximisation : travailler toujours plus et gagner proportionnellement toujours moins, à moins d’être mis à pied et de ne plus rien gagner du tout… Le simple fait d’être commandé-e par une personne ou un groupe de personnes ne partageant pas sa condition et disposant d’intérêts propres est une source intarissable de conflits; c’est un conflit de classes à proprement parler. D’ailleurs, il est intéressant de noter que le pouvoir de décision au travail ne fait pas partie des aspects relevant de l’égalité d’opportunité que nous propose Roemer[13]

En somme, Roemer manque ce qu’Albert et Hahnel appellent la « classe de coordination », qu’ils conçoivent comme insérée entre la classe propriétaire et la classe ouvrière à proprement parler, bénéficiant de conditions de travail privilégiées et d’un pouvoir accru dans la gestion des moyens de production[14]. C’est la technocratie, que les deux concepteurs de l’écopar considèrent avoir pris le pouvoir dans les régimes du « socialisme réel », qui devraient dès lors plutôt porter le nom de « coordinatorisme »[15]. De fait, l’expérience soviétique et des autres « socialismes réels » démontre bien qu’il est possible d’abolir la classe capitaliste sans abolir la domination de classe… De plus, la domination technocratique peut très bien se faire sentir en dehors d’un contexte totalitaire ou capitaliste, comme dans le milieu coopératif[16]. J’ai personnellement expérimenté la réalité de la domination technocratique, dans différentes expériences de travail au sein du secteur public ou même d’implication dans des groupes communautaires, sans propriétaires capitalistes il va sans dire. Si cette réalité ne semble pas problématique pour Roemer, il n’est à mon sens pas nécessaire d’être anarchiste pour en être dégoûté-e.

Dès lors que l’on conçoit l’existence d’une hiérarchie sociale dans la proposition romérienne, ne serait-ce qu’au travail, la question se pose instantanément de savoir si l’égalité matérielle y est encore possible. Je ne partage pas l’opinion de Guay-Boutet qui veut qu’« égaliser le bien-être stricto sensu, [signifierait] consacrer d’énormes ressources pour la satisfaction d’un souhait de bien-être pouvant être irrationnel ». L’idée de l’égalité matérielle me semble au contraire justement d’éviter que des caprices individuels coûteux puissent être poursuivis… Le problème avec l’égalité matérielle absolue m’apparait plutôt relever de l’impossibilité pratique de l’organiser, puisqu’elle exige concrètement une forme ou une autre de planisme, toujours trop lourd à mettre en œuvre[17]. Heureusement, l’égalité matérielle absolue n’est pas nécessaire au socialisme, ni même souhaitable, en fait : il est aussi absurde qu’indésirable de distribuer à chaque personne, comme l’illustre Albert[18], une raquette de tennis, trois chemises vertes, 147 clous, un pneu d’hiver et ainsi de suite…

La question de connaitre, même en théorie, les écarts de richesse acceptables sous le socialisme est cependant très épineuse, et de nombreuses réponses y ont été tentées. Sans entrer dans ce débat, on peut déjà statuer que la proposition de Roemer est insatisfaisante, puisque le salaire n’y est fonction que de l’offre et de la demande (malgré la possibilité d’y intégrer certains facteurs limitatifs, comme un salaire minimum légal). Cela laisse présager des écarts de salaires très importants entre les différentes catégories socioprofessionnelles. De fait, le salaire annuel du personnel-cadre d’une grande firme d’aujourd’hui peut facilement monter jusqu’à la dizaine de millions (sans compter les versements de primes, actions, options d’achat et ainsi de suite…), même dans une petite puissance économique comme le Canada[19]. Même en supposant qu’un accès généralisé à l’enseignement vienne augmenter l’offre de service pour ces postes, on peut légitimement se demander si le très grand pouvoir de la classe de coordination n’induira tout de même pas une inégalité importante[20]. Après tout, le rapport de force est une composante fondamentale du rapport entre l’offre et la demande. C’est un phénomène qu’on observe par exemple dans le milieu coopératif, en particulier sous l’effet de la pression pour la maximisation des surplus[21]. De même, l’absence de propriétaire capitaliste des moyens de production ne constitue pas une garantie suffisante d’égalité salariale, le salaire annuel du PDG d’Hydro-Québec pour l’année financière 2015-2016 était de 493 024$, celui du PDG de la SAQ, 390 540$[22] alors que le salaire médian était en 2015 au Québec de 87 570$[23]

Plus important encore, l’égalité ne peut être simplement réduite à une égalité matérielle; c’est fondamentalement une égalité de statut et de dignité qui fonde les aspirations socialistes, l’égalité matérielle n’en étant qu’une composante. Même en supposant une égalité matérielle absolue, une inégalité de pouvoir et de statut socioprofessionnelle comme celle dont il a été ici question est, à mon avis de bon proudhonien[24], suffisante pour induire une inégalité de dignité. J’invoque une nouvelle fois mon expérience personnelle. J’ai travaillé comme horticulteur-paysagiste dans le privé, où, dans les bonnes boites, on ne faisait guère mieux que le salaire minimum, mais où le boss nous respectait réellement. Comme col-bleu jardinier à la ville de Montréal, j’ai par la suite connu mes meilleures conditions d’emploi à vie, mais un climat de travail qui n’aurait pu être pire, marqué par le mépris, le mensonge, la manipulation, l’humiliation, le ressentiment, la colère, quand ce n’est pas carrément la haine[25]. La courbe salariale y était plus plane que dans l’entreprise privée, mais ce n’était absolument pas le gage d’une plus grande égalité de statut ou de dignité… C’est une expérience que la plupart des gens issus du milieu universitaire n’ont généralement pas significativement connu, celle de se voir étiqueter par une fonction manuelle et dès lors être jugé-e moins apte à prendre des décisions, moins mature ou intelligent-e, moins méritant-e, moins respectable… En un mot, moins digne.

La proposition roemérienne ne répond absolument pas à cet enjeu, qui ne disparaitra pourtant pas de lui-même. Aucune société ne produira jamais que des ingénieur-e-s; il y a un ensemble de tâches manuelles à accomplir pour le bien-être matériel et immatériel d’une société, et plus important encore, il y aura toujours des gens pour s’y trouver plus aptes ou plus intéressés. Dans la proposition roemérienne, ces personnes, cette classe sociale aux métiers manuels, sont tout simplement exclues de tout pouvoir direct. Ne leur reste qu’une élection politique aux quatre ou cinq ans et l’investissement de leurs coupons dans telle ou telle firme plutôt que telle ou telle autre, une sorte d’« acheter, c’est voter », en somme. L’organisation de luttes tentant d’établir un rapport de force en dehors de ce cadre limité est à prévoir.

On peut par conséquent contester les prétentions de Roemer comme de quoi les institutions de sa proposition seraient sous le contrôle des classes moyenne et pauvre est valide. Le spectre d’une double domination technocratique, par les véhicules de la corporation et de l’État, ne peut y être exclu. C’est que Roemer, héritier du marxisme, en conserve l’un des angles morts théoriques, qu’on peut faire remonter jusqu’à la pensée de Marx lui-même : les rapports de pouvoir, qui ne sont conçus qu’en lien avec la propriété des moyens de production. C’est cet angle mort qui a fait croire à nombre de marxistes qu’il suffisait de les étatiser pour éliminer les rapports de domination, croyance dont le stalinisme est un démenti criant. Ironiquement, cet angle mort est aussi partagé par la pensée néoclassique; dans la perspective où l’homos economicus est un maximisateur de bien-être, la condition de l’esclave recevant de son maitre un panier de consommation optimal est plus enviable que celle du ou de la citoyen-ne libre mais au panier moins optimal…

Pour revenir à la proposition roemérienne, que se passe-t-il, par exemple, si les gestionnaires de l’État et des différentes firmes s’entendent pour fixer des limites d’impact environnemental insuffisantes? On attend dans quelques années les prochaines élections, avec l’espoir que cet enjeu ressortira clairement des débats et qu’un parti prenne une position ferme en la matière, puis tienne ses engagements? Ou bien on s’organise et on lutte contre ses propres institutions, parce qu’on n’en a pas le contrôle, comme sous le régime actuel…? L’élimination de la propriété capitaliste des grandes entreprises ne suffit pas à éliminer l’aliénation. Et encore, je n’ai abordé ici que la question des classes au sens socioéconomique du terme. Est-il nécessaire de rappeler que le pouvoir économique se concentre à l’heure actuelle dans des mains essentiellement masculines[26]? Encore une fois, Roemer n’a rien à nous offrir sur la question, ce qui est nettement insuffisant pour résoudre le problème, disons. Sa perspective le mène droit à la perspective libérale qui ne conçoit l’égalité que comme un statut formel, une vue de l’esprit, en somme.

La corporation

La relation de classes décrite ci-haut s’incarne particulièrement dans un autre aspect problématique de la proposition roemérienne : la préservation des « entreprises organisées comme nous les connaissons », c’est-à-dire la corporation. Roemer lui accorde en effet une place centrale pour des raisons d’incitatifs et d’efficience dans les investissements[27]. Pourtant, la corporation, comme organisation, peut être comparée à un « psychopathe institutionnel »[28], et on peut légitimement se demander en quoi le partage de son surplus monétaire dans l’ensemble de la population plutôt qu’au sein d’une classe capitaliste minoritaire y changera quoi que ce soit. L’objectif de maximisation du surplus monétaire dont la responsabilité incombe au personnel de gestion, lui-même commandé par son intérêt individuel de carrière, constitue en effet un ensemble vicié d’incitatifs; ce sont les mêmes qui gouvernent le monde capitaliste que nous aspirons à renverser, avec les conséquences catastrophiques que l’on connait. Voyons un peu.

Pour bien défendre sa proposition, Roemer devrait démontrer que c’est la propriété actionnariale privée qui est à l’origine des effets néfastes de l’organisation corporative. À ma connaissance, il ne le fait qu’en invoquant l’effet « transcendant » des intérêts de classe de la minorité capitaliste. Roemer ne présente en effet comme argumentaire que l’évocation d’une « essence » bourgeoise corruptrice, suffisante à elle seule pour faire tourner au vinaigre les institutions d’une société, autrement bien fondées. Pourtant, la plupart des grandes figures de la pensée socialiste, Marx et Engels au premier plan, étaient issues des rangs de la bourgeoisie…À ce présupposé théorique, j’oppose un argument de logique pragmatique visant plutôt la structure et la fin de l’organisation corporatiste : les corporations sont des structures hiérarchisées dont la maximisation du surplus monétaire constitue la seule fin. Que les gestionnaires de corporations soient incité-e-s à maximiser le surplus pour le verser à l’ensemble de la population plutôt qu’à des actionnaires, quelle différence?

De fait, il est empiriquement démontré que les corporations où le rapport de pouvoir entre gestionnaires et actionnaires est à l’avantage de ces derniers investissent plus dans leur « responsabilité sociale »[29], quoi qu’on puisse douter de la valeur réelle de ce type d’investissement… Il me faudrait donc ici analyser le comportement des grandes entreprises d’État pour faire la preuve que ce n’est pas la nature du propriétaire, mais bien de l’organisation, qui est en faute. Malheureusement, il n’existe pratiquement pas d’études sur le sujet outre celles issues de la droite préconisant leur privatisation; c’est comme si, à gauche, critiquer les « vaches sacrées » devait absolument être évité afin de ne pas nourrir l’argumentaire de l’adversaire. Pourtant, des hausses de tarif répétées d’Hydro-Québec à la fermeture des succursales de la SAQ dans les quartiers populaires du Sud-Ouest de Montréal[30], les raisons de suspecter un caractère antisocial aux grandes entreprises d’État ne manquent pas. Du simple fait de l’objectif de maximisation à tout prix du surplus monétaire de la corporation, on peut la considérer comme une propriété privée, même lorsque détenue par l’État ou par l’ensemble du corps social. C’est une chose de vouloir assurer la plus grande efficience possible de l’économie d’une société, c’en est une autre de limiter la conception de l’efficience à la maximisation à tout prix du surplus monétaire des acteurs particuliers.

Comme l’affirme Proudhon :

La propriété devient plus insociale à mesure qu’elle se distribue sur un plus grand nombre de têtes. Ce qui semble devoir adoucir, humaniser la propriété, le privilège collectif, est précisément ce qui montre la propriété dans sa laideur : la propriété divisée, la propriété impersonnelle, est la pire des propriétés. […] Le propriétaire-individu peut encore se montrer accessible à la pitié, à la justice, à la honte; le propriétaire-corporation, est sans entrailles, sans remords! C’est un être fantastique, inflexible, dégagé de toute passion et de tout amour, qui agit dans le cercle de son idée comme  la meule dans sa révolution écrase le  grain. Ce n’est point en devenant commune que la propriété peut devenir sociale : on ne remédie point à la rage, en faisant mordre tout le monde. La propriété finira par la transformation de son principe, non par une coparticipation indéfinie.[31]

Psychopathe, en somme… Proudhon s’élevait ici contre le communisme, qu’il concevait comme une propriété intégralement étatisée, mais l’argument s’applique tout aussi bien à la corporation, phénomène encore peu significatif à l’époque où il écrivait, et d’autant mieux que la proposition roemérienne consiste à faire « mordre tout le monde ». L’élection du personnel politique à la tête de l’État nous donne-t-elle quelque influence que ce soit sur ledit personnel ou sur l’État lui-même? Poser la question, c’est y répondre… Par extension, je ne vois pas en quoi la capacité d’investir ses coupons dans les entreprises dont le personnel de gestion réussi le mieux à maximiser le surplus monétaire donnera quelque pouvoir que ce soit à la population sur les agissements des corporations; les règles du jeu proposées ne le permettent tout simplement pas.

Quelques pistes de réflexion

Malgré ma critique, je ne refuse pas l’invitation de Guay-Boutet à réfléchir au-delà des conceptions usées de la gauche traditionnelle implicitement contenue dans son propos. Au contraire, je tiens à saluer le courage de l’auteur; aborder ce genre d’enjeux et de questions au sein de notre milieu n’est pas toujours facile[32]. Loin d’une fin de non-recevoir, donc, ma réponse se veut une poursuite de la réflexion. Guay-Boutet a raison de reprendre la distinction qu’effectue Roemer entre marchés et capitalisme, puisqu’historiquement, les premiers précèdent le second[33]. Qui plus est, en plus d’offrir une alternative concrète aux options étatistes, un socialisme de marché peut aussi être défendu en termes d’efficience[34], notamment grâce à la tendance qu’ont les coopératives à s’ajuster moins drastiquement à l’évolution des prix et à préférer la maximisation du taux d’emploi plutôt que du revenu individuel[35]. Reste à voir comment en formuler un qui soit normativement intéressant. Donc, si le socialisme de marché mis de l’avant par Roemer est insatisfaisant pour des raisons théoriques, pratiques et normatives, quelles sont les autres options s’offrant à nous? À la suite de ce que je viens de dire, elles se doivent pour être envisagées de tenir compte de l’existence et des besoins réels de la société, de même que des rapports de pouvoir et de domination qu’on y trouve.

Heureusement, la proposition roemérienne n’est pas la seule forme possible de socialisme de marché et d’autres auteurs ont mis de l’avant des options reposant par exemple sur l’idée de l’« entreprise démocratique », où les gestionnaires sont élu-e-s par l’ensemble du personnel de l’entreprise plutôt que ses bailleurs de fonds[36]. En fonction des arguments que j’ai soulevés plus haut, le fait d’élire ses gestionnaires n’est cependant sans doute pas suffisant, une position confirmée par l’expérience des entreprises réelles fonctionnant sur ce mode[37]. Par exemple, la corporation Mondragon, la fédération de coopératives du Pays basque dont les gestionnaires sont élu-e-s par les membres-travailleur-euse-s, a ainsi connu des conflits de travail qui ont mené jusqu’à la grève et des congédiements disciplinaires[38]… L’autogestion, c’est-à-dire la délégation de pouvoir à des pair-e-s par le biais de mandats plus ou moins impératifs lorsqu’une responsabilité personnelle est nécessaire, me semble plus à même de limiter les rapports de force néfastes dont il a été question dans les sections précédentes.

Par ailleurs, sur la base de ses études anthropologiques[39], Karl Polanyi affirme que notre société est un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité[40]. En effet, si les marchés existent depuis des millénaires, jamais auparavant n’avaient-ils été abandonnés à leur seule logique d’accumulation; toujours ils avaient été « encastrés » dans leur société, c’est-à-dire subordonnés à des règles et des normes ne relevant pas de leur logique[41]. En ce sens, on peut définir le capitalisme comme l’état d’une société qui a perdu le contrôle de ses marchés, dès lors « désencastrés ». Un projet de société socialiste tenant à conserver les, ou des marchés se doit par extension de les encastrer, les subordonner à ses propres fins. On peut donc une fois de plus rejeter la proposition roemérienne, qui laisse la direction de l’activité économique à la seule logique de l’accumulation sans fin. De même, l’autogestion ne suffit pas à formuler une forme satisfaisante de socialisme de marché.

Je comprends bien que le critère que je propose ici élève la barre, rend plus difficile la formulation d’une proposition de rechange au capitalisme, puisqu’en plus d’élaborer des institutions, il nous faut encore réfléchir à ce que seront les objectifs de la société à venir : restauration de l’équilibre environnemental, exploration spatiale, compréhension du fonctionnement et des origines de l’univers, ou quoi d’autre encore? La discussion sur cet enjeu est à peine entamée; il s’agit en fait d’un angle mort de la gauche radicale contemporaine. Je crois cependant qu’on ne peut l’éviter, puisqu’il ne suffit pas de formuler une option de rechange (il y en a déjà); encore faut-il qu’elle soit satisfaisante, même si les critères à respecter pour ce faire son nombreux. Il faut que notre proposition fasse sens de nos rapports sociaux, de notre existence individuelle et collective tout à la fois. Autrement, le spectre d’une remontée de l’extrême-droite ne nous quittera jamais.

Enfin, il nous faut aussi nous pencher sur la question de la prégnance et de l’étendue des marchés : qu’est-ce qui peut ou doit être vendu, qu’est-ce qui ne peut ou ne doit pas l’être? Même le capitalisme ne marchandise pas tout, bien que la frontière entre marchandise et non-marchandise se soit fluidifiée depuis quelques décennies[42]. Polanyi exclut trois éléments qui ne peuvent selon lui être mis en vente sur un marché sans mettre la société en danger, soit le travail, la terre et la monnaie[43]. Vendre le travail, c’est en effet vendre l’activité humaine, c’est-à-dire au final la personne elle-même, qui n’est alors plus rien qu’une simple marchandise, une « ressource humaine »[44]. Vendre la terre, c’est-à-dire le territoire, revient ensuite à vendre la collectivité, qui, privée du contrôle de ses ressources, devient impuissante et dépendante[45]. Enfin, vendre la monnaie, c’est cycliquement désorganiser la production sous le coup de la spéculation et des crises comme celle qui nous secoue depuis la fin des années 2000[46]. Aucune société ne peut subsister dans ces conditions « contre-nature »[47], auxquelles Polanyi attribue la responsabilité des violents soubresauts qui ont agité la première moitié du XXe siècle[48]. C’est un minimum; tout projet de société socialiste se doit d’offrir la liberté personnelle tout en assurant un contrôle collectif sur son environnement matériel et son devenir économique, trois éléments qui ne peuvent être marchandisées. Michael Sandel en identifie d’autres dans le passage cité ci-haut.

Malgré le caractère magistral de son œuvre, la proposition polanyienne a cependant de quoi décevoir : essentiellement une social-démocratie à l’européenne où l’État chapeaute différents processus de conciliation des divers acteurs sociaux entre eux et avec lui-même[49]… Pour faire avancer la réflexion, j’aimerais donc ici attirer l’attention sur la pensée de Proudhon, largement boudée depuis des décennies, y compris au sein des cercles anarchistes, mais dont plusieurs aspects permettent potentiellement de nous sortir de l’impasse. En effet, fondateur d’un anarchisme « personnaliste », où l’individu et la société s’interpénètrent et agissent de concert sans jamais se confondre, et « mutuelliste », qui n’abolit pas l’échange sur le marché, il m’apparait pertinent pour la réflexion en cours, et ce, malgré le caractère parfois vieilli de sa pensée et sa lecture difficile.

De fait, Proudhon met « hors-marché » les trois éléments non-marchandisables de Polanyi. Dans la pensée proudhonienne, le travail, quintessence de l’activité humaine, ne porte pas de valeur en soi et n’est donc pas une marchandise[50]; l’idéal proudhonien voit les travailleur-euse-s vendre leurs produits, mais jamais se vendre eux ou elles-mêmes. De même sa critique de la propriété, qui mène à la proposition de la possession, ou propriété socialisée[51], permet de réfléchir à l’usage et au partage du territoire et des ressources tout en tenant compte des besoins collectifs et personnels à la fois. Enfin, sa proposition pour l’instauration d’une finance démocratique et sans but lucratif fait de la monnaie un bien collectif gagé sur le travail personnel et non plus une marchandise[52].

Il ne s’agit pas d’une panacée, ni même d’une proposition exhaustive, mais d’une piste à mon avis très prometteuse, une pierre de plus dans ce vaste chantier que nous avons ouvert, qui nous apparait parfois si vaste que nous le contemplons avec effroi. Ce qui importe, c’est de poursuivre la réflexion sans relâche, la formulation d’un projet de société étant la première étape sur le chemin nous menant aux changements que nous souhaitons voir s’opérer dans le monde.


[1] Par acquit de conscience, je précise ici que je n’ai pas lu A future for socialism, l’ouvrage auquel se réfère Guay-Boutet. J’ai cependant lu plusieurs autres textes importants de ce courant, de Roemer ou non, ainsi que des critiques et des mises en débat avec d’autres positions, notamment avec l’économie participaliste de Michael Albert et Robin Hahnel. Aussi, je me sens tout à fait habilité à écrire cette critique.

[2] Deric Shannon, Anthony Nocella II et John Asimakopoulos, « Anarchist Economics : A Holistic View », dans Deric Shannon, Anthony Nocella II et John Asimakopoulos (dir.), The Accumulation of Freedom : Writings on Anarchist Economics, Oakland, AK Press, 2012, p. 30.

[3] On peut lire La conquête du pain (1892) de Pierre Kropotkine ou encore Communisme et anarchie (1880) de Carlo Cafiero pour prendre la mesure de l’« optimisme » qui fonde ce courant de pensée.

[4] De fait, il n’existe pas « un » marché, mais des marchés.  Voir Roger Guesnerie, L’économie de marché. Nouvelle édition, Coll. « Poche », Paris : Le pommier, 2013, p. 20-21. Je parlerai donc du marché pour faire référence au concept seulement, et des marchés lorsqu’il sera question du phénomène social concret et observable.

[5] Au-delà du courant de pensée anglo-saxon apparu dans les années 1970-1980 auquel appartiennent les John Roemer, Alec Nove, David Miller et compagnie, l’expression « socialisme de marché » peut avoir plusieurs autres acceptions, référant parfois aux économies de la Chine et du Viet Nam actuels, ou encore à l’économie yougoslave telle qu’elle a été organisée après la rupture Tito-Staline. D’ailleurs, Oscar Lange, qui forge l’expression, ne proposait en fait qu’une « émulation virtuelle » du processus de fixation des prix sur le marché dans le cadre d’une économie intégralement planifiée par l’État. C’est strictement du courant anglo-saxon des années 1970-1980 auquel a participé Roemer dont il sera question ici, sauf lorsque le contraire sera précisé.

À propos de la proposition de Lange, voir Oskar Lange et Fred Taylor, On the Economic Theory of Socialism, Minneapolis : University of Minnesota Press, 1983, p. 72-86.

Pour une discussion de Roemer sur la proposition de Lange, voir John Roemer et Joaquim Sylvestre, « Investment Policy and Market Socialism? » dans Market Socialism : The Current Debate, sous la direction de Pranab Bardhan et John Roemer, p. 108-119, New York : Oxford University Press, 1993.

[6] Emmanuelle Bénicourt et Bernard Guerrien, La théorie économique néoclassique : Microéconomie, macroéconomie et théorie des jeux, 3e éd., Coll. « Grands repères/Manuels », Paris : La découverte, 2008, p. 5-6.

[7] Il convient de préciser que par minorité oisive, Proudhon fait ici strictement référence à la classe des grands capitalistes, ce que nous appellerions aujourd’hui le « 1% ».

[8] Proudhon n’aurait pas féminisé, par contre…

Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradiction économiques, ou Philosophie de la misère, t. 1, Coll. « Anarchiste », Paris : Groupe Fresne-Anthony de la Fédération anarchiste, 1983 [1846], p. 82.

[9] Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradiction économiques, ou Philosophie de la misère, t. 2, Coll. « Anarchiste », Paris : Groupe Fresne-Anthony de la Fédération anarchiste, 1983 [1846], p. 91-92.

[10] À ce sujet, voir Philippe Hurteau, « Mysticisme étatique, lien fédéral et association », Raisons-Sociales, 26 avril 2016, http://raisons-sociales.com/articles/lanarchisme-et-letat/mysticisme-etatique-lien-federal-et-association/

[11] Voir notamment Raghuram G. Rajan et Luigi Zingales, « Power in a Theory of the Firm », The Quarterly Journal of Economics, vol. 113, no. 2, 1998, p. 387-432.

[12] Jean-Marie Doublet, « Le pouvoir dans l’entreprise », Revue française de gestion, vol. 36, no. 207, p. 7-8.

[13] Qui ne concerne, je le rappelle que les opportunités dans l’obtention de la réalisation de soi, du bien-être et de l’influence politique, mais pas économique.

[14] Michael Albert et Robin Hahnel, UnOrthodox Marxism : An Essay on Capitalism, Socialism and Revolution, Boston, South End Press, 1979, p. 204-205.

Michael Albert et Robin Hahnel, Quiet Revo­lution in Welfare Economics, Princeton, Princeton Univer­sity Press, 1989, p. 336-338.

[15] Michael Albert et Robin Hahnel, Looking Forward : Participatory Economics for the Twenty First Century, Cambridge, South End Press, 1991, p. 4-6.

[16] Voir par exemple :

Frédéric Bataille-Chedotel, et France Huntzinger, « Faces of Governance of Production Cooperatives : An Exploratory Study of Ten French Cooperatives », Annals of Public and Cooperative Economics, vol. 75, no. 1, 2004, p. 89-111.

André Leclerc, « Démocratie coopérative et restructuration : Analyse de l’exercice de réflexion du Mouvement des caisses populaires acadiennes », Revue de l’Université de Moncton, vol. 41, no. 1, 2010, p. 149-170.

Patricia Papon-Vidal, « Le statut de l’associé-coopérateur », Revue internationale d’économie sociale : Recma, no. 278, 2000, p. 58-66.

John Storey, Imanol Baxterretxea et Graeme Salaman, « Managing and Resisting ‘Degeneration’ in Employee-owned Businesses : A Comparativr Study of Two Large Retailers in Spain and the United Kingdom ». Organization, vol. 21, no. 5, 2014, p. 626-644.

[17] Pour une discussion sur la possibilité d’une planification économique intégrale sortant des lieux communs de la pensée libérale, voir Pascal Lebrun, L’économie participaliste : Une alternative contemporaine au capitalisme, Montréal, Lux, 2014, ch. 7.

[18] Michael Albert, Parecon : Life After Capitalism, New YorK : Verso, 2003, p. 113.

[19] Hugh Mackenzie, « Throwing Money at the Problem : 10 Years of Executive Compensation », Centre Canadien de Politiques Alternatives, 2017, p. 10, https://www.policyalternatives.ca/sites/default/files/uploads/publications/National%20Office/2017/01/Throwing_Money_at_the_Problem_CEO_Pay.pdf

[20] Sur les facteurs affectant le salaire du personnel-cadre dans une grande entreprise, voir Gregory Nagel, « The Overconfidence Of Boards : And The Increase In CEO Pay Over Time », The Journal of Applied Business Research, vol. 30, no. 6, 2014, p. 1901-1910.

[21] Voir :

Anaïs Périlleux, Marek Hudon et Eddy Bloy, « Surplus Distribution in Microfinance : Diferrences Among Cooperative, Nonprofit, and Shareholder Forms of Ownership. » Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, vol. 41, no. 3, mai 2011, p. 386-404.

John Storey, Imanol Baxterretxea et Graeme Salaman, « Managing and Resisting ‘Degeneration’ in Employee-owned Businesses : A Comparative Study of Two Large Retailers in Spain and the United Kingdom ». Organization, vol. 21, no. 5, 2014, p. 626-644.

[22] Gouvernement du Québec, Règlement sur la diffusion de l’information et sur la protection des renseignements personnels : Titulaires d’un emploi supérieur à temps plein, 2016, https://www.acces.mce.gouv.qc.ca/salaires/titulaires/2016-salaires-tes.pdf

[23] Statistique Canada, Revenu total médian selon le type de famille, par région métropolitaine de recensement : (Toutes les familles de recensement), http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/famil107a-fra.htm

[24] Sur la conception proudhonienne de l’égalité, voir Alexis Dabin, « Égalité », dans Dictionnaire Proudhon, sous la direction de Chantal Gaillard et Georges Navet,  Bruxelles : Aden, 2011, p. 220-231.

[25] Il va sans dire que j’ai rapidement claqué la porte, malgré la sécurité matérielle que m’apportait cet emploi…

[26] Audrey Laurin-Lamothe, avec la collaboration de Eve-Lyne Couturier, « Interconnexions : Étude du réseau social des entreprises québécoises », Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques, 2015, p. 17, https://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/publication/file/Interconnexion-WEB.pdf

[27] John Roemer et Joaquim Sylvestre, « Investment Policy and Market Socialism? » dans Market Socialism : The Current Debate, sous la direction de Pranab Bardhan et John Roemer, p. 108-119, New York : Oxford University Press, 1993, p. 108-109.

[28] Voir par exemple :

Cynthia Mathieu, Craig S. Neumann, Robert D. Hare et Paul Babiak,  « A dark side of leadership: Corporate psychopathy and its influence on employee well-being and job satisfaction », Personality and Individual Differences, vol. 59, 2014, p. 83-88.

Mark N. Wexler, « Conjectures on systemic psychopathy: Reframing the contemporary corporation », Society and Business Review, vol. 3, no. 3, 2008, p. 224-238.

Pour une définition de la psychopathie, voir :

Christopher Patrick, Don C. Fowles et Robert F. Krueger, « Triarchic conceptualization of psychopathy: Developmental origins of disinhibition, boldness, and meanness », Development and Psychopathology, no. 21, 2009, p. 913-938.

[29] Frank Li, Tao Li et Dylan Minor, « CEO power, corporate social responsibility, and firm value: a test of agency theory », International Journal of Managerial Finance, vol. 12, no. 5, 2016, p. 611-628.

[30] Voir sur ce dernier sujet la page de la table de concertation Action Gardien : http://actiongardien.org/node/1743

Radio-Canada, « La SAQ envisage la fermeture de plusieurs succursales », 2011, http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/534779/saq-fermetures-succursales

[31] Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradiction économiques, ou Philosophie de la misère, t. 2, Coll. « Anarchiste », Paris : Groupe Fresne-Anthony de la Fédération anarchiste, 1983 [1846], p. 275.

[32] Personnellement, il y a des personnes qui ont cessé de me parler en apprenant que je travaillais avec un tel angle d’approche…

[33] Roger Guesnerie, L’économie de marché. Nouvelle édition, Coll. « Poche », Paris : Le pommier, 2013, p. 16.

[34] Encore une fois, voir :

JaroslavVanek, « The Participatory Economy », dans Comparative Economic Systems : Models and Cases, 5th ed., sous la direction de Morris Bornstein, Homewood : Richard Irwin, 1985, p. 131-140.

R. Shackleton, « Is Workers’ Self-Management the Answer? », dans Comparative Economic Systems : Models and Cases, 5th ed., sous la direction de Morris Bornstein, Homewood : Richard Irwin, 1985, p. 141-152.

[35] Voir Gabriel Burdin et Andres Dean, « New Evidence on Wages and Employment in Worker Cooperatives Compared with Capitalist Firms », Journal of Comparative Economics, no. 37, 2009, p. 517-533.

[36] Voir par exemple :

Jaroslav Vanek, « The Participatory Economy », dans Comparative Economic Systems : Models and Cases, 5th ed., sous la direction de Morris Bornstein, Homewood : Richard Irwin, 1985, p. 131-140.

R. Shackleton, « Is Workers’ Self-Management the Answer? », dans Comparative Economic Systems : Models and Cases, 5th ed., sous la direction de Morris Bornstein, Homewood : Richard Irwin, 1985, p. 141-152.

[37] Voir encore une fois John Storey, Imanol Baxterretxea et Graeme Salaman, « Managing and Resisting ‘Degeneration’ in Employee-owned Businesses : A Comparativr Study of Two Large Retailers in Spain and the United Kingdom ». Organization, vol. 21, no. 5, 2014, p. 626-644.

[38] John Crump, « Market, Money and Social Change », Anarchist Studies, vol. 3, no 1, printemps 1995, p. 70.

[39] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, ch. 4.

[40] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 71-72.

[41] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 102-104.

[42] Michael Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter: Les limites morales du marché, Paris : Seuil, 2014, p. 37-40.

[43] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 108, 180.

[44] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 236-237.

[45] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 245.

[46] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 254-255.

[47] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 182-183.

[48] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, p. 103.

[49] Karl Polanyi, La grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris : Gallimard, 2008, ch. 21.

[50] Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradiction économiques, ou Philosophie de la misère, t. 1, Coll. « Anarchiste », Paris : Groupe Fresne-Anthony de la Fédération anarchiste, 1983 [1846], p. 100.

[51] Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété?, Coll. « Les Classiques de la Philosophie », Paris : Le libre de poche, 2009 [1840], ch. 2-3.

Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradiction économiques, ou Philosophie de la misère, t. 2, Coll. « Anarchiste », Paris : Groupe Fresne-Anthony de la Fédération anarchiste, 1983 [1846], ch. 11.

[52] Voir Pierre-Joseph Proudhon, Solution du problème social : Banque d’échange – Banque du peuple, Paris : Tops/H. Trinquier, 2003[1848].

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