6 mars 2017 | Revue > >

Démocratie, réseaux sociaux et réification

Nous sommes des abeilles-robots meurtrières

Simon Tremblay-Pepin

Hated in the Nation, le sixième et dernier épisode de la troisième saison de la série Black Mirror récemment rachetée par Netflix, est, de loin, le plus satisfaisant de cette nouvelle mouture – entre autres parce qu’il est le plus près des deux saisons originales conçues par la BBC. L’inquiétude qui s’en dégage et la relative complexité du procédé narratif opèrent de belle façon et nous amènent exactement là où l’on aime l’anticipation noire à la Black Mirror. Mais cet épisode fait plus que ça, il abord une question cruciale pour penser les réseaux sociaux et, en fait, la démocratie en général.

Pour ceux et celles qui ne le verrons pas ou pour les gens qui ne s’en souviendrait pas, rappelons, sans tenir compte de déroulement narratif, la proposition de l’épisode – si vous souhaitez le voir sans gâcher votre plaisir, faites-le avant de continuer la lecture de ce texte. Les abeilles se sont éteintes et ont été remplacées par des robots en tout point leurs semblables qui font le même travail qu’elles, ce qui permet de faire survivre les écosystèmes. Or, ces abeilles robotiques sont aussi utilisées par le gouvernement pour surveiller la population. Troublé par la mésaventure et la tentative de suicide d’une de ses amies qui a été harcelée sur les réseaux sociaux, un programmeur génial mais dérangé, utilise ces abeilles-robots pour donner au monde une leçon de morale. Sur les réseaux sociaux il fait apparaître une vidéo qui invite les utilisateurs à utiliser le mot-clic #deathto devant le nom de quelqu’un en annonçant que cette personne sera éliminée à 17h le soir-même. Croyant à une mode inoffensive, nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux y adhèrent et utilise ce mot-clic accolé au nom des dernières célébrités ayant commis une bévue dans l’espace public. Les conséquences de ce jeu sinistre s’avèrent fatales pour les célébrités en question qui se font assassiner une à une par les abeilles-robots dont le tueur a pris le contrôle. Par un tour de passe-passe technologique, il finit par abattre également les centaines de milliers de personnes ayant utilisé le funeste mot-clic.

Ce n’est pas la première fois que Black Mirror aborde la question des réseaux sociaux et de la réputation, c’est peut-être même peut-être le thème le plus fréquemment abordé de cette série. La nouveauté et l’intérêt de cet épisode est qu’il aborde un élément fondamental des rapports humains : la conscience de la portée des gestes que l’on pose. Sur cette question, les réseaux sociaux ressemblent au marché ou au scrutin individuel. Chacun fait son choix individuellement, mais les conséquences dépassent largement l’individu. Par exemple, lorsque j’achète un iPhone, je me retrouve certes avec un téléphone cellulaire (gain individuel), mais je participe également à toute une structure de production qui dépasse la seule transaction entre le commis du magasin et moi : on extrait des terres rares, on fait vivre des designers en Californie, on exploite des travailleurs dans un état de quasi-esclavage, on finance des régimes de retraite par l’entremise du système actionnarial et on pollue des écosystèmes (effets collectifs). Si j’étais le seul à m’être fabriqué un iPhone dans mon coin, tout ceci n’existerait pas. C’est le rapport entre marché et consommation de masse qui génère ces effets, et les réseaux sociaux fonctionnent de la même façon.

Prenons un exemple positif : je participe à du socio-financement pour encourager le site de nouvelle indépendant Ricochet, pour l’ouverture de la librairie L’Euguélionne ou pour aider les camarades du Bâtiment 7. Je donne un peu d’argent à ces organisations et je partage leur site. Pour moi le rapport s’arrête là, mais il n’est efficace que parce qu’il y a un effet collectif et que plusieurs personnes décident de faire de même. Le geste que je pose se fait sur une base individuelle, mais il n’atteint l’effet souhaité que si son impact est de dimension collective.

Or, Hated of the Nation pose une question simple mais fondamentale : faisons-nous usage de cette force collective consciemment? Dans un manifeste, le programmeur meurtrier de l’épisode affirme qu’il souhaite que les gens cessent d’envoyer des paroles en l’air sur les réseaux sociaux et comprennent la portée et le sens de ce qu’ils affirment quand ils disent vouloir la mort de quelqu’un. L’épisode se pose ainsi au confluent de deux problèmes qui me semblent fondamentaux : l’incapacité de choisir sciemment ce que nous faisons collectivement et le peu d’impact perçu de nos volontés politiques individuelles.

Cet épisode révèle l’incapacité de prendre collectivement des décisions par l’usage des réseaux sociaux tel qu’ils sont actuellement conçus. D’abord, parce qu’on prend rarement ces décisions de façon très informée, ni sur les conséquences que pourraient avoir nos gestes collectifs, ni sur ce qui a mené à la publication de l’article, de la vidéo ou de la simple rumeur sur laquelle on se prononce. En fait, on y suit généralement des tendances, surtout pour bien paraître face aux autres. On n’hésite pas, pour se faire, à être plus dur, plus méchant qu’on ne le serait en personne. Il n’est donc jamais vraiment question de prendre une « décision » comme on le ferait dans une assemblée délibérante. Il s’agit d’une façon pour nous de mettre en scène notre rapport aux autres, voilà surtout ce que nous permettent de faire les réseaux sociaux d’un point de vue individuel. Or, cette mise en scène a d’importantes conséquences sociales.

Pour rester dans les sujets légers, souvenons-nous du Star Wars Kid, cet adolescent qui, au tout début du Web « 2.0 », s’était filmé imitant un combat de sabre laser.La vidéo a été visionnée par des millions de personnes (La Presse soutient qu’elle a été visionnée plus d’un milliard de fois à ce jour) profitant de l’occasion pour se moquer cruellement de lui – l’invitant même à se suicider, ce qui a mené à de problèmes graves d’estime de soi, la perte de tous ses amis et l’obligation de quitter l’école pour prendre ses cours à la maison. En partageant cette vidéo pour faire rire ses contacts, personne n’avait l’intention de causer concrètement du tort à l’adolescent. Il n’y pas de groupe qui s’est organisé autour de l’idée suivante : « faisons vivre à cet adolescent une jeunesse de honte et d’isolement », mais c’est néanmoins ce qui est arrivé.

Devant un clip vidéo, un lien ou une affirmation sur Facebook, on est comme devant une marchandise dans un magasin : on manque cruellement d’information à son sujet. Extirpée de son contexte historique, la marchandise ne nous dit pas qui l’a fabriquée, dans quelles conditions ni à quel coût pour les humains et la nature. De même, la rumeur ou la vidéo sur Facebook se présente comme réifiée, comme un objet exempt d’histoire. Il y a ce garçon qui se dandine avec un manche à balai sur une vidéo, c’est cocasse, ça me fait rire, ça fera rire mes amis : partageons-la. On cherche rarement plus loin. On pourrait chercher, bien sûr. On le fait parfois; mais ce n’est pas obligatoire. On peut partager sans savoir ce qu’on partage, on peut commenter sans connaître l’objet de notre commentaire comme on peut acheter sans savoir ce qu’on achète.

On partage et on achète avec d’autant plus d’insouciance que nous sommes persuadés que ça ne porte pas, au fond, à conséquence. Qu’il ne s’agit « que » de Facebook. Qu’on ne fait qu’acheter notre petite bouteille de Coke. On dit des choses, mais ce n’est pas complètement sérieux. On achète des marchandises, mais ce n’est que pour vivre notre vie individuelle, nous ne décidons pas des modes de production et de la division internationale du travail. Ces deux réflexions sont problématiques. Elles sont problématiques entre autre parce qu’elles sont vraies et basées sur des expériences quotidiennes bien réelles.

Toute notre vie nous pousse à conclure que nous n’avons pas d’impact sur le monde qui nous entoure. Combien de pétitions signées, de votes déposés dans l’urne, de sondages répondus, de réponses fournies, de plaintes formulées, de colère et frustrations exprimées en vain? Des tonnes. Combien de produits qui se prétendent plus gentils, de dollars dépensés pour des certifications, de bières union-made, de t-shirt faits au Québec, d’appels à la moralisation de son panier d’épicerie pour un monde toujours pourtant rempli d’exploitation et de destruction environnementale? Des gigatonnes. La parole, le geste, l’engagement sont constamment posé comme essentiels dans le discours, mais se révèlent vains plus souvent qu’autrement. « Votre appel est important pour nous ».

À partir de nos seules vies individuelles nous ne pouvons pas atteindre l’exigence éthique d’un comportement irréprochable. Tout savoir sur tout ce qu’on partage sur Facebook : des semaines de boulots. N’acheter que des produits dont on sait qu’ils n’ont trempé dans rien de louche ou de reprochable : des mois d’efforts et des centaines de dollars dépensés, simplement pour faire l’épicerie. La tâche éthique devient titanesque. Il faudrait se libérer un salaire seulement pour pouvoir s’informer correctement et faire ses choix de consommation de façon éthique. Alors on partage les vidéos de gens qui se ridiculisent tout comme les rumeurs empoisonnées. On se voit très bien utiliser le mot-clic #deathto proposé dans l’épisode de Black Mirror, on a même assez rapidement une liste de nom à qui l’accoler en tête. Parfois, sur un sujet donné, on s’informe un peu mieux et on fait la morale à nos ami-e-s qui répandent des faussetés. De même, on consomme sans trop se poser de question sauf sur un produit ou un autre qu’on connaît particulièrement bien ou qui est liée à une cause à laquelle nous sommes sensibles et dont nous avons parlé, plus d’une fois, à tous nos proches. Pour le reste, on fait comme tout le monde parce qu’il faut bien y arriver.

C’est la limite de nos actions individuelles, les individus pris isolément ne pourront pas faire beaucoup plus. Mais la vraie question est : que pourraient-ils faire s’ils agissaient collectivement?

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L’anticipation technologique centrale de Hated of the Nation réside dans ces abeilles-robots qui finissent par devenir meurtrières. Elles-mêmes marquent la division individus/collectivité. Elles ont été mises en place pour des raisons écologiques et de surveillance des populations, deux considérations éminemment collectives. Pourtant, elles fonctionnent sur une base individuelle. Elles ont un système de reconnaissance visuelle qui leur permet de reconnaître les fleurs et de les polliniser. C’est ce système que notre tueur va modifier pour remplacer les fleurs par le visage des victimes, chaque abeille devenant alors une meurtrière prête à tout faire pour éliminer sa proie. On voit bien la métaphore avec les réseaux sociaux. Chaque attaque individuelle peut être fatale pour une réputation, mais c’est à plusieurs qu’on a la certitude de tuer. Certaines images de l’épisode où l’on voit des centaines d’abeilles frappant dans les fenêtres de la cible qu’elles souhaitent abattre sont mise en parallèle avec le bruit incessant des notifications produites par les réseaux sociaux lors d’une attaque haineuse.

Or, l’abeille évoque aussi une métaphore célèbre de Marx dans Le Capital.

Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté.

La capacité de planifier, de penser avant d’agir, de prévoir, voilà ce qui nous fait humain, nous dit Marx. Or, dans nos interactions sur les réseaux sociaux, nous choisissons justement de ne pas prévoir. À l’instar de ces abeilles robotiques, sur les réseaux sociaux notre système ne perçoit qu’une chose : la reconnaissance. Nous agissons pour être reconnu et gratifiés individuellement, le lien à partager va-t-il nous en apporter plus ou moins, voilà la question. Tout ce qui se passe en dehors de notre gratification directe sont des conséquences qui nous dépassent. On retrouve en fait le modèle de la consommation où tout ce qui nous importe, c’est le rapport entre prix, satisfaction et marchandise.

Donc, la puissance de notre capacité collective à savoir ce que nous faisons est laissée derrière, abandonnée. Comment la remobiliser? Ce n’est pas grâce à une réorganisation des médias sociaux – où, plus bête encore, à un usage raisonné de ceux-ci – qu’on y parviendra. De la même façon qu’on ne changera pas l’économie en moralisant chaque consommateur individuel. Il faut plutôt retrouver un lieu de décision collectif. Un espace où nos paroles peuvent avoir force de loi; où ce qui est dit porte à conséquence. En ce moment, la parole politique ne porte pas à conséquence donc, finalement, rien n’est important et tout est important. Tout geste individuel équivaut aux autres gestes individuels.

Castoriadis parlait de trois espaces dans les sociétés antiques: le public (ecclesia), le public-privé (agora) et le privé (oikos). Dans les sociétés actuelles, la seule ecclesia qui reste est réservée à une élite de politiques professionnels et de riches, tandis que l’agora est contrôlée par des organisations, les médias, n’ayant pas pour fonction de créer un espace de débat, mais de faire de l’argent. En fait, ces deux espaces « collectifs » sont gérés selon les logiques des espaces privés – comme Arendt l’annonçait pour la gestion « sociale » des sociétés. Si on se prend pour des abeilles, c’est bien parce qu’on construit le « politique » comme une ruche.

Si nous voulons briser les logiques mortifères, qu’elles soient sur les réseaux sociaux ou dans l’organisation économique, il faut dès lors retrouver un espace politique. Redonner valeur à la parole collective. Prendre des décisions ensemble doit vouloir dire quelque chose. Faire renaître la politique, c’est faire renaître la possibilité qu’on puisse décider ensemble. Faire des choix, pas « être consultés », pas « en discuter » : décider. Il peut aussi y avoir des espaces de discussion, c’est très bien la discussion. Mais seulement quand on sait qu’on pourra aussi décider. Quand il n’y a que des « consultations », il n’y a plus de politique. Si on ramène un espace de réelle décision politique commune, on réaligne l’agora pour donner du sens à nos actions. Ce qu’on y dit peut porter à conséquence directe en devenant une loi ou peut rester un échange de l’espace public-privé. Ces deux moments de l’espace public deviennent distincts, différenciés.

Car voilà le dévoiement. L’agora est contrôlée par la finalité du profit et n’a plus de suite dans un espace public formalisé qui prend des décisions politiques : bref, ce n’est plus un agora. Ces organisations en quête de profit – que ce soit les propriétaires des algorithmes des réseaux sociaux ou les grands médias privés – recherchent à tout prix l’audimat, le lectorat ou les utilisateurs. Ils reproduisent donc des schèmes commerciaux qui ont cette accumulation pour but premier. Ces schèmes sont simples, c’est la création de quasi-marché où l’on vise à accumuler de la réputation et de l’influence (ou pour le dire autrement, du capital culturel). Plus ces valeurs peuvent être quantifiables, mieux c’est, d’où la force de Facebook où la réputation est très précisément mesurable. Toute l’agora est alors transformée en médiation pour un accès individuel à ces valeurs. Les réseaux sociaux sont une nouvelle façon d’y accéder qui correspond mieux à la gouvernementalité individualisée de l’époque, mais qui diffèrent au fond assez peu du star système médiatique ou, plutôt, qui étendent sa logique à tout le monde.

En créant – je n’ose pas écrire en « recréant » tant les premières instances en sont si lointaines et si imparfaites – un espace politique où l’on prend des décisions, on remet en place un lieu où s’exprime notre capacité de planifier ensemble. Où nous ne sommes plus des abeilles, mais redevenons des êtres humains. On peut ainsi espérer que l’espace privé-public, l’agora, soit utilisé pour réfléchir aux débats à venir. Qu’il soit bel et bien le lieu où l’on exprime ce qu’on pense à partir de ses propres idées, certes, mais qu’on le fasse en fonction des décisions que nous comptons prendre collectivement plus tard. Le changement semble mineur, d’aucuns penseront qu’il s’agit de sémantique, pourtant cette proposition est de nature proprement révolutionnaire.

Prendre la parole voudrait alors dire se préparer à décider. Si on commence à discuter, concrètement, des pour et des contre, de ce à quoi on doit soumettre les décisions collectives, on crée un espace de discussion d’une autre nature. On parle entre gens qui décident de ce que nous allons faire et non comme des gens qui tentent de briller pour être remarqués par les plus grands. Ça ne signifie pas qu’on ne veuille pas dans ces discussions offrir le mieux de ce qu’on est, au contraire, mais la finalité est différente. Ça ne veut pas dire non plus qu’il n’y aura pas des tentatives de plaire, de paraître et d’accumuler de la réputation ou de l’influence; bien sûr qu’il y en aura encore. Cependant, ce ne sera plus l’objectif principal, ce pourquoi on discute. Ce sera une maladie nuisible et non une épidémie aux conséquences catastrophiques.

***

Les humains sont à beaucoup de titres le reflet des conditions de leur existence. Les réseaux sociaux offrant à tout le monde une chaire, il ne faut pas se surprendre de nous voir nous transformer en curés. La moraline, l’envie de faire la leçon, de dresser des autels où faire des sacrifices et de crier au monde son exaspération sur le ton de supériorité morale offre un portrait désolant du militantisme et incite à l’exil, sinon réel alors, au moins, technologique. Surtout quand, en face de ce militantisme donneur de leçon la réaction est la plus bête violence, l’agression vicieuse et le harcèlement. Ces deux attitudes restent prisonnières de la même passivité dont le seul effet est de générer des postures et des déclarations sans lendemain. On se regarde de haut ou on se crache dessus et au bout du compte la société reste inchangée, sauf qu’on lui a ajouté une couche virtuelle de toxicité.

On peut sortir de l’auge dans laquelle nous plongent les réseaux sociaux par le biais de l’action. Tout le monde connaît alors l’utilité de ces outils. Penser collectivement – dans le but de produire des réflexions, des idées, pas des postures – peut faire partie de l’action. S’organiser et diffuser aussi. Dans tous ces gestes, on s’approche de la décision, on s’approche de peser le poids de nos mots, on saisit directement le caractère performatif du langage. Fort bien, mais il ne suffit pas de proposer un « bon usage » des médias sociaux, ce qui nous ramènerait aux choix individuels – et serait à nouveau une bonne occasion pour condamner ceux  et celles qui ne respecte pas ce nouveau code de conduite –, il faut réussir à dépasser cette perspective pour penser un mode collectif d’appropriation et de transformation de ces outils pour qu’ils nous offrent des meilleures conditions. Ces meilleures conditions d’usage doivent être liées à une transformation politique profonde qui redonne à la parole son sens politique et décisionnel. Autrement, nous continuerons notre vie d’abeilles meurtrières mobilisant contre tout-e un-e chacun-e la puissance de notre parole collective sans jamais la contrôler sciemment.

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

Shanna Sportelli

Excellent texte qui vise juste! Merci.

David Groulx

Merci pour cet article qui met bien en valeur ce paradoxe : une masse terriblement puissante et des volontés individuelles impuissantes. Des réflexes qui ont, collectivement, force de loi, et des réflexions qui n’arrivent pas à changer la loi.