3 juillet 2014 | Revue > >

Spontanéité et Révolution

l’exemple des hooligans égyptiens du Al-Ahly

Bruno-Pierre Guillette

 Il faut avant tout remarquer que la « pure » spontanéité n’existe pas dans l’histoire : elle coïnciderait avec la « pure » action mécanique. Dans le mouvement « le plus spontané » les éléments de « direction consciente » sont seulement incontrôlables, ils n’ont pas laissé de document authentifiable. 

–       Antonio Gramsci[1]

Lors du soulèvement du peuple égyptien en 2011, plusieurs commentateurs libéraux de la scène politique ont qualifié les événements de Révolution 2.0 ou de Facebook Revolution. Quant à la gauche universitaire, elle a souligné à gros traits les idées et les pratiques « nouvelles » de ces « nouveaux » acteurs de la contestation. Tergiversant sur « l’effet papillon[2] », elle a oublié de répondre à des questions fort simples d’ordre stratégique telles que : pourquoi Tahrir a, à de nombreuses reprises, réussi à vaincre les forces de police? Pourquoi Tahrir a tenu, là où Occupy Wall Street et les Indignados ont échoué? Comment, a priori, une foule bigarrée a-t-elle fait pour se défendre devant les assauts répétés de la police et de l’armée? C’est grâce aux hooligans[3]. L’hebdomadaire Der Spiegel, l’un des plus influents en Allemagne, qualifiait les hooligans égyptiens de « héros révolutionnaires »[4]. CNN parlait du « rôle crucial » qu’ont joué les hooligans dans la chute du gouvernement de Moubarak[5]. Comment cela a-t-il été possible?

Si nous acceptons l’idée que la grève ou la révolution est un rapport de force entre deux entités antagoniques, nous devons également accepter l’idée que les questions d’organisations, de tactiques, de stratégies et l’évaluation de leur efficacité sont essentielles. La question n’est pas de tergiverser longuement sur le « pourquoi » frapper, mais plutôt sur le « comment » frapper. Cet article a donc pour objet de réfléchir sur l’importance des organisations de masses lors d’épisodes révolutionnaires et de souligner l’apport des hooligans égyptiens quant aux façons de faire pour protéger une révolution. Certains groupes de supporters des plus grands clubs de football égyptiens ont joué un rôle dirigeant déterminant dans la protection des endroits occupés. Cet article va aborder plus spécifiquement le cas des Reds Devils du Al-Ahly SC.

Le kop[6] : un espace de résistance populaire

Le kop est la tribune populaire (les places les moins chères) dans les stades de foot où s’organisent les différents groupes de supporters.Chaque groupe possède ses propres traditions. Certains sont politisés à gauche, comme les partisans du FC St-Pauli d’Hambourg, l’Hapoel Tel Aviv FC ou les Ultras Inferno du Standard de Liège, mais d’autres sont farouchement à droite, tels le SS Lazio de Rome ou les supporters des Rangers de Glasgow.

Mais cette politisation affirmée reste un phénomène minoritaire dans le mouvement. Par contre, tous les groupes ultras s’auto-organisent et revendiquent une indépendance par rapport aux directions des clubs et de l’État. Pour conserver cette autonomie, les groupes doivent se financer via les cotisations de leurs membres. L’essentiel des fonds est dépensé pour la préparation et l’achat du matériel nécessaire pour créer les effets visuels en tribune, tels que les immenses tifos[7], le craquage de fumigènes ou de feux d’artifice[8]. Cette volonté d’indépendance entraîne évidemment son lot de frictions avec les directions des clubs (que les ultras critiquent allégrement), qui peuvent même conduire à des grèves de tribunes. Par exemple, pour protester contre une hausse des prix des billets, les ultras peuvent décider de ne pas assister à la partie ou de ne pas animer les tribunes durant la rencontre en signe de protestation. Pour gérer leurs activités, les groupes ont une structure de gestion classique avec ses comités et ses assemblées générales. Les groupes ultras inculquent donc à des milliers de jeunes l’importance de s’organiser sur une base régulière en vue d’atteindre des objectifs précis.

À mesure qu’un groupe ultra s’affirme, les mesures de répression et de contrôle de l’État ne sont pas loin. Cela entraîne fréquemment des heurts avec la police. Cette volonté de mater l’autonomie des ultras est vraie dans les démocraties libérales, nous n’avons qu’à penser aux groupes de supporters parisiens dissous par le gouvernement français, mais prend une tournure plus marquée en régime totalitaire. Ce qui est vu par les autorités libérales comme un problème à l’ordre public devient très rapidement, en régime autoritaire, des activités subversives.

Les organisations de supporteurs, en inculquant l’habitude de la discipline et de l’organisation amènent également ces groupes à acquérir une expérience importante en tactique de combat de rue. Ils sont donc bien disposés à devenir, lors d’un processus révolutionnaire, un levier important. Ce fut le cas des ultras du Al-Ahly SC.

« S’il faut défendre la révolution, on est là[9] »

Le Al-Ahly SC est le club de football le plus titré au monde. Il a été fondé au Caire en 1907 avec l’objectif de réunir les militants des syndicats étudiants opposés au colonialisme britannique. La prédominance du rouge sur le maillot de l’équipe fait d’ailleurs référence au drapeau égyptien avant la colonisation anglaise. Cet esprit anticolonial est d’ailleurs présent sur le terrain. Le Al-Ahly SC alignait majoritairement des joueurs locaux, ce qui était peu fréquent à l’époque dans la ligue égyptienne.

La contestation politique a fait partie de l’histoire du Al-Ahly SC dès sa création. Lorsqu’en 2007 se sont constitués les Reds Devils, le groupe de supporters du Al-Ahly SC, ils n’ont fait que perpétuer sous une autre forme cet héritage. Le groupe entre rapidement en conflit ouvert avec le régime, soit par ses chants ou ses bannières[10]. Les affrontements avec la police du régime Moubarak sont fréquents et amènent les Red Devils à se qualifier dès 2007 comme étant « le véritable foyer de l’opposition de la jeunesse égyptienne »[11]. Les Red Devils regroupent un noyau dur de 500 à 1000 membres, mais sont capables de mobiliser entre 5000 et 7000 sympathisants[12].

Les hooligans du Al-Ahly ont été habitués à la répression. Ils ont donc développé des réflexes d’organisation interne (pseudonymes, division des tâches) et l’expérience des combats de rue depuis belle lurette. Cette expertise a été amplement mise à contribution lors des affrontements avec la police durant la révolution. Comme le mentionne le correspondant de Libération au Caire, Marwan Chahine, en parlant des Reds Devils : « Ils ont l’habitude de la castagne, savent monter aux poteaux électriques et tenir des barricades[13] ».

Lorsque les manifestants de Tahrir voient un contingent structuré de plusieurs centaines de personnes, cela a un impact très positif et les chants des ultras sont repris par la foule[14]. Les Reds Devils ont la capacité d’aligner plusieurs équipes de plus de 20 militants[15] et ainsi coordonner différents types d’actions d’envergure, comme systématiquement renvoyer les lacrymos des flics ou coordonner des attaques de cocktails Molotov sur les toits. Ce sont eux qui ont organisé les checkpoints de la place Tahrir, coordonné l’évacuation des blessés, géré plusieurs réseaux de distribution de nourriture aux manifestants. Ce sont également eux qui ont repoussé les attaques de chameaux le 2 février 2011. Ils ont même réussi à paralyser le métro et les principaux axes routiers, la même journée, en même temps, durant plusieurs heures[16]. Mis à part les Frères musulmans et une fraction du mouvement syndical, seuls les hooligans étaient assez organisés pour mener ce type d’action. C’est donc à juste titre que les hooligans du Al-Ahly sont qualifiés, de « gardiens de la révolution » ou du « bras armé de la contestation en Égypte[17] ».

Le pouvoir s’est donc vengé. Les matchs entre le Al-Ahly et le Al-Masry sont toujours très intenses. Les supporters de chaque équipe sont toujours séparés par un épais cordon de sécurité. Ces mesures de sécurité élémentaires n’ont pas été respectées lors du match le 1er février 2012 à Port-Saïd, ville portuaire au nord-est de l’Égypte, presque un an après la chute de Moubarak. Les grilles ont été ouvertes et les ultras du Al-Masry sont entrés dans le territoire des ultras du Al-Ahly. S’ensuivit l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du football, 74 personnes ont perdu la vie et plus d’un millier furent blessées. Plusieurs affirment que ce massacre fut organisé par les anciens partisans de Moubarak[18]. Très rapidement, les Red Devils ont organisé des manifestations pour dénoncer ce complot, à tel point que le nouveau gouvernement a dû reconnaître une part de responsabilité dans le drame. Les tribunaux ont condamné à mort 21 partisans du Al-Masry, ce qui a entraîné des émeutes importantes à Port-Saïd contre la police et le gouvernement, faites par les ultras du Al-Masry cette fois. Le gouvernement a alors perdu le contrôle sur la ville, le 27 janvier 2013[19].

Quelles leçons pouvons-nous tirer?

Ce texte a négligé plusieurs éléments, notamment quant aux modes de prises de décisions du groupe et à la quasi-absence des femmes. Il y a donc un constat plus critique à tirer évidemment. Malgré tout, cette analyse du rôle politique des Red Devils devrait faire réfléchir les groupes de gauche, particulièrement ceux qui se considèrent révolutionnaires. L’Égypte n’est pas le seul endroit où les ultras ont joué un rôle de premier plan dans les soulèvements populaires. J’ai cerné ici ma recherche sur les ultras Al-Ahly, mais le phénomène a également existé ailleurs et a profité autant aux forces de gauche que de droite. L’English Defense League, groupe islamophobe britannique, a été fondé par une alliance de supporters de football[20]. Ses manifestations, souvent impressionnantes, étaient organisées en fonction de l’horaire des matchs pour attirer plus de gens. Certains de ses partisans ont littéralement aidé la police dans la répression des émeutes londoniennes d’août 2011. Plus récemment en Ukraine, une partie de ceux qui défendaient la place Maïdan ont fait leurs premières expériences de combat de rue dans l’arène ultra, notamment certains militants du groupe para-militaire Praviy Sektor[21]. En Turquie, pour protéger la place Taksim d’Istanbul, les hooligans turcs ont joué essentiellement le même rôle que les hooligans du Al-Ahly[22]. Les groupes rivaux du Beşiktaş, du Galatasaray et du Fenerbahçe se sont même unis pour coordonner leurs actions et repousser les assauts de la police[23]. La résistance physique aux forces de l’ordre n’est pas venue d’un groupe politique, mais des partisans de sports… Il y a là quelque chose qui devrait hautement nous embarrasser.

Les victoires des Red Devils sur les forces de l’ordre nous démontrent que ce n’est pas une foule bigarrée, hétéroclite et sans coordination qui a résisté à la police, mais un groupe organisé qui en affronte un autre. Évidemment, sans le soulèvement du peuple égyptien dans son ensemble, les Red Devils n’auraient pas pu faire tomber un régime, mais sans l’organisation des Red Devils, le peuple égyptien aurait été dépourvu d’une ossature solide capable de canaliser ses énergies aux bons endroits, aux bons moments. Comme le disait Lénine : « au moment de l’explosion, de la conflagration, il est trop tard pour créer une organisation; elle doit être déjà prête, afin de déployer immédiatement son activité[24] ». Une structure permanente qui dure dans le temps est le seul moyen efficace pour emmagasiner de l’expérience, c’est impossible de le faire dans le cadre d’un groupe affinitaire formé sur le moment ou d’un groupuscule de quelques membres. « Pendant les événements révolutionnaires, les masses ne cherchent pas l’adresse de telle ou telle secte, mais passent par-dessus[25]. » Il faut donc savoir « où on trouvera des points de contact dans la conscience de larges cercles de travailleurs[26] » avant les débuts du processus révolutionnaire, que ce soit un syndicat, comme ce fut le cas en Tunisie avec l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) ou un groupe de supporters… Les masses sont allées vers des organisations de luttes expérimentées, que tout le monde connaissait déjà. C’est, me semble-t-il, l’un des principaux enseignements de la révolution égyptienne.

Par contre, sa principale limite est commune à tous les autres mouvements pour plus de justice sociale et de démocratie des dernières années : Indignados espagnols, le mouvement Occupy américain, la révolution tunisienne, les manifestations monstres en Israël contre la vie chère de 2011, la grève étudiante québécoise de 2012 et les soulèvements populaires en Turquie de 2013, pour ne nommer que ceux-là. Ils ont tous en commun de n’avoir offert aucun débouché politique sérieux. Si nous revenons à l’exemple arabe, autant en Égypte, qu’en Tunisie, ce sont les partis islamistes qui ont été portés au pouvoir, malgré leur faible implication sur le terrain durant les manifestations. Pourquoi ? Parce que c’était la seule force politique organisée massivement, fortement implantée dans les communautés, qui ne s’était pas trop salie les mains avec l’ancien régime. Le « bras armé de la révolution » a gagné devant la police, mais a été incapable de prendre le pouvoir. Les partis islamistes n’ont aucun lien avec les hooligans, leur propension à boire de l’alcool, entre autres, les distancient presque instinctivement d’avec les forces conservatrices, et pourtant, sans le vouloir, les hooligans les ont aidés à prendre le pouvoir. C’est l’autre grande leçon de la révolution égyptienne, celle de la nécessité de bâtir une alternative politique de masse prête et capable de prendre le pouvoir.

Les soulèvements populaires des dernières années ont fait couler beaucoup d’encre, mais très peu de constats critiques en sont ressortis[27]. Comme si nous étions étonnées de voir le peuple se soulever devant l’intolérable, que nous nous en contentions. La gauche radicale occidentale a passé tellement de temps depuis Ronald Reagan à déconstruire le capitalisme que lorsque celui-ci, finalement, se fissure, nous avons de la difficulté à offrir des perspectives efficaces à ces mouvements. C’est dangereux. La démocratie libérale prend de plus en plus des tournants autoritaires, le système capitaliste ne fait plus rêver beaucoup de monde, des organisations ouvertement fascistes gagnent du terrain, et peu de personnes entrevoient l’avenir de façon positive, ni pour eux-mêmes, ni pour l’humanité. Le temps joue contre nous, nous devons recentrer nos actions et nos débats sur les impératifs de la lutte quotidienne immédiate par la construction d’organisations de masse et réfléchir aux perspectives tactiques et stratégiques qu’encourt ce type de construction.

 

[1] Antonio Gramsci. Gramsci dans le texte. Paris, Éditions sociales, 1975, p.583.

[2] « Qui l’emportera dans cette bataille ? Nul ne peut le dire. Ce sera le résultat d’une infinité de nano-actions par une infinité de nano-acteurs lors d’une infinité de nano-moments. À un moment donné, la tension fera basculer définitivement la balance en faveur de l’une des deux solutions alternatives. De là naît l’espérance. Ce que chacun de nous fait à chaque instant sur chaque question concrète a son importance. Certains parlent d’« effet papillon » : le battement d’ailes d’un papillon peut provoquer une tornade à l’autre bout de la planète. En ce sens, aujourd’hui, nous sommes tous de petits papillons. » Immanuel Wallerstein. Désordres planétaires. In Les Nouveaux Cahiers du Socialisme. En ligne, http://www.cahiersdusocialisme.org/2013/08/07/desordres-planetaires/, Consulté le 20 août 2013. Outre le fait de glorifier l’auto-fragmentation des groupes de contestations et la maxime libérale « chaque petit geste compte », l’allégorie reste muette quant à l’avenir du battement d’ailes si le papillon est écrasé par une botte de militaire…

[3] Un ultra est membre d’un groupe de supporters d’une équipe sportive, majoritairement de football. Les ultras appuient de façon fanatique leurs équipes par l’animation constante en tribune à l’aide de chants, de bannières et d’objets pyrotechniques. Les ultras deviennent hooligans lorsqu’ils utilisent la violence, essentiellement lors de rixes, pour intimider un groupe rival ou la police.

[4] Daniel Steinvorth. “Cairo’s Red Devils : From Football Fans to Revolutionary Heroes”. Spiegel Online, 23 février 2012, En ligne, http://www.spiegel.de/international/world/cairo-s-red-devils-from-football-fans-to-revolutionary-heroes-a-816709.html, Consulté le 22 avril 2014.

[5] James Montague. “Egypt’s revolutionary soccer ultras : How football fans toppled Mubarak”. CNN, 29 juin 2011, En ligne, http://edition.cnn.com/2011/SPORT/football/06/29/football.ultras.zamalek.ahly/, Consulté le 22 avril 2014.
[6] Le terme kop fut utilisé la première fois par les supporters du Liverpool FC. Pour voir l’ambiance du premier kop, voici un extrait d’un reportage britannique de 1964 : RTK – The Kop On Panorama 1964, En ligne, http://www.youtube.com/watch?v=XNboU_PbZMY, Consulté le 24 avril 2014.

[7] Immense bannière généralement déployée en début de rencontre.

[8] Pour avoir un aperçu du savoir-faire des ultras du Al-Ahly en terme de craquage et de feux d’artifice, voir ce vidéo : Al-Ahly – Ultras World, En ligne, http://www.youtube.com/watch?v=Mh-geoCX9_w, Consulté le 15 avril 2014.

[9] Marie-Lys Lubrano. «Égypte : les Ultras d’Al-Ahly, gardiens de l’après-révolution à Tahrir». Les Inrocks, 12 octobre 2012, En ligne, https://www.lesinrocks.com/2012/12/10/actualite/egypte-les-ultras-d-al-ahly-gardiens-revolution-tahrir-11330175/, Consulté le 22 avril 2014.

[10] « Regime! Be very scared of us

We are coming tonight with intent

The supporters of Al Ahly will fire everything up

God almighty will make us victorious Go, hooligans! »

Chant des ultras du Al-Ahly SC avant la révolution égyptienne… James Montague. Op.cit.

[11]Daniel Steinvorth. Op.cit.

[12] Marie-Lys Lubrano. Op.cit.

[13] Victor Dhollande-Monnier. « Al-Ahly, des Ultras révolutionnaires ». Europe 1, 2 février 2012, En ligne, http://www.europe1.fr/Sport/Football/Articles/Al-Ahly-des-Ultras-revolutionnaires-931629/#, Consulté le 22 avril 2014.

[14] Victor Dhollande-Monnier, Op.cit.

[15] James Montague. Op.cit.

[16] Sharif Abdel Kouddous. “Egypt on the Brink”. The Nation, 29 janvier 2013, En ligne, http://www.thenation.com/article/172507/egypt-brink#, Consulté le 22 avril 2014.

[17] Marie-Lys Lubrano. Op.cit.

[18]Ultras Massacre in Port Said Triggers Wave of Anger, En ligne, https://www.youtube.com/watch?v=6nlNpLw1HNs, Consulté le 22 avril 2014.

[19] David D. Kirkpatrick and Mayy El Sheikh. « Egyptian City Erupts in Chaos After Sentences ». New York Times, 27 janvier 2013, En ligne, http://www.nytimes.com/2013/01/27/world/middleeast/egypt-riots-soccer-verdict.html?pagewanted=all, Consulté le 14 mai 2014.

[20] Dominic Casciani. “Who are the English Defense League?”. BBC News, 11 septembre 2009, En ligne, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/magazine/8250017.stm, Consulté le 22 avril 2014.

[21] Mathilde Gérard. « Ukraine : ceux qui ont fait de Maïdan leur place forte ». Le Monde, 30 janvier 2014, En ligne, http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/01/30/ukraine-ceux-qui-ont-fait-de-maidan-leur-place-forte_4355828_3214.html, Consulté le 22 avril 2014.

[22] Vidéo qui démontre le soutien populaire du groupe de Carsi, les supporters du Beşiktaş :

Les ultras du Beşiktaş, En ligne, http://www.youtube.com/watch?v=bjw-wewsOuU, Consulté le 23 avril 2014.

[23] Un vidéo qui raconte l’union dans la lutte des trois groupes d’Istanbul : Istanbul United, En ligne, http://www.youtube.com/watch?v=S4hK0WxBi5c, Consulté le 23 avril 2014.

[24] Lénine. Par où commencer?. Mai 1901, En ligne, http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1901/05/19010500.htm, Consulté le 1 mai 2014.

[25] Léon Trotsky, La situation présente dans le mouvement ouvrier et les tâches des bolchéviks-­léninistes, Octobre 1934, [En ligne],http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/10/lt19341000.htm, Consulté le 6 juin 2014.

[26] Ibid.

[27] Mise à part le texte de Thomas Frank sur Occupy. « Occuper Wall Street, un mouvement tombé amoureux de lui-même ». Le Monde Diplomatique, Janvier 2013, [En ligne], http://www.monde-diplomatique.fr/2013/01/FRANK/48630, Consulté le 11 septembre 2013.

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

Philippe de Grosbois

Très intéressant! Je connaissais le rôle des fans de foot en Turquie, mais pas en Égypte. Il est vrai aussi qu’il y a eu peu de réflexion soutenue, jusqu’à présent, sur les failles des soulèvements des dernières années, notamment leur difficulté à s’inscrire dans la durée.

Par ailleurs, en associant (de manière plutôt implicite, peut-être ai-je mal saisi) spontanéité et actions sur le web, l’auteur reconduit des stéréotypes désormais classiques: l’engagement dans l’espace numérique est superficiel, émotionnel et momentané, alors que l’organisation dans la rue (la « vraie ») est beaucoup plus sérieuse et soutenue. Ce genre d’opposition ne tient pas la route lorsqu’on y regarde de plus près. Pour prendre le seul cas de l’Égypte en 2011, quelques exemples d’organisation non-spontanée sur Internet: l’utilisation de l’outil Tor, permettant aux activistes de communiquer sans être retracé par les autorités, la divulgation par WikiLeaks de câbles sur l’Égypte pour nourrir la critique du régime et montrer ses appuis parmi les puissances occidentales, des campagnes de perturbation de sites égyptiens orchestrées par Anonymous, et enfin, la mise en place d’un réseau de communication alternatif lorsque le gouvernement « débranche » Internet. Pour tous ces exemples, rien de spontané mais au contraire, le fruit d’un travail patient de plusieurs années.

Je trouve décevant que 3 ans après les faits, on utilise encore des expressions telle que « révolution Facebook », dont à peu près personne de miniminalement crédible et à gauche ne se réclame à ma connaissance. À peu près personne à gauche ne soutient que les révolutions « se font sur Facebook » non plus. De telles expressions font oeuvre de repoussoir commode, rien de plus. En ce qui me concerne, la seule « révolution Facebook » arrivera lorsque les gens largueront Facebook, ce bidule qui dépasse les rêves les plus fous des officiers de la Stasi est-allemande.

En ce sens, sur cet aspect, l’auteur défonce une porte ouverte, à mon avis. Les travaux de chercheurs et d’activistes sur le numérique sont beaucoup plus riches que ce qu’il laisse entendre. C’est d’autant plus dommage que ces travaux portent très souvent sur le « comment frapper », qui est justement la préoccupation de l’auteur.

Pour le reste, bravo et merci! Ça fait certainement réflechir.