16 décembre 2013 | Revue > >

Trois réflexions sur la Charte des valeurs québécoises à partir de Parti pris

Simon Tremblay-Pepin

Texte de l’allocution faite le 3 octobre 2013 au colloque autour des cinquante ans de la revue Parti pris et du lancement d’une anthologie de cette revue.

On m’a invité à vous parler de Parti pris et de ses suites, à partir du point de vue de quelqu’un qui n’a pas connu la revue vivante. Je pourrais parler ici de mes réflexions sur le statut des intellectuels au Québec, sur le rôle des revues et sur l’instrumentalisation de la pensée critique. Il y aurait beaucoup à dire et écrire sur tous ces sujets et ça viendra immanquablement.

Cependant, j’aimerais plutôt aujourd’hui me consacrer à une autre tentative. Il me semble que pour prendre acte de l’importance de la contribution intellectuelle de Parti pris il est plus intéressant d’en faire usage que de disserter à son sujet. Je me propose donc de réfléchir avec vous aujourd’hui, au sujet d’actualité qu’est la charte sur les valeurs québécoises présentées par le Parti québécois. Bien que le sujet ne m’intéresse pas beaucoup et bien que je suis persuadé n’être pas le seul à se lasser d’en entendre parler, je crois que la lecture de cette anthologie de Parti pris nous permet de prendre un pas de distance aussi utile qu’étonnant à propos de cette initiative et surtout des réactions qu’elle a provoquées.

Je ne tenterai pas de lire cette mesure gouvernementale à partir des réflexions de Parti pris sur la laïcité. Ces réflexions (en particulier, les textes de Maheu et Racine réunis dans la section sur la laïcité dans l’anthologie), nous montrent bien dans quel contexte se fait le combat pour la laïcité à l’époque, mais elles nous sont peu utiles pour penser notre dilemme d’aujourd’hui. Je vais plutôt prendre la question de la charte par des voies détournées, mais qui apportent un autre éclairage au débat, me semble-t-il.

Je vous propose donc trois réflexions : une première sur le thème du repli culturel, une seconde à propos du racisme et de la gauche québécoise et, enfin, une dernière sur la crispation du débat linguistique.

Le repli culturel : des curés des années 1960 jusqu’au Parti québécois d’aujourd’hui

Dans l’anthologie dont nous célébrons aujourd’hui la parution, on trouve un intéressant texte de Jean-Marc Piotte intitulé Du duplessisme au FLQ qui nous éclaire sur l’actuel débat des « valeurs québécoises ». Publié dans le premier numéro de Parti pris le texte de Piotte tente de parcourir l’histoire du Québec en soulignant les stratégies des dominants, en particulier celles de l’élite canadienne-française d’alors.

« Notre élite est très puissante », écrit-il. « Par les moyens d’information, par les écoles et les églises elle conditionne et contrôle l’opinion publique. Son travail n’est d’ailleurs pas difficile : elle n’a qu’à perpétuer l’esprit féodal. De plus, elle s’appuie sur des faits : nous ne contrôlons pas la politique et l’économie de notre pays. Il ne s’agit alors que de convaincre le peuple québécois de la non-valeur de l’économie et de la politique pour une nation. Ainsi le compromis est sauvegardé : le pouvoir politique et économique aux Canadians et le pouvoir culturel et moral aux curés. »[1]

Depuis octobre 1963, les choses ont bien changé. La Révolution tranquille mais aussi la restructuration économique du Québec ont donné d’autres pouvoirs au gouvernement du Québec. De plus, le Parti québécois a organisé par deux fois des référendums pour sortir du Canada. Cela ne signifie pas pour autant que les stratégies de communication politiques des élites ont changé du tout au tout.

La politique et l’économie ne sont certes plus laissées aux Canadians, mais elles échappent des mains du peuple québécois tout autant qu’avant. Les experts et le marché en ont pris le contrôle. Prenons les finances publiques. Il n’y a pas de débat sur ce qu’elles devraient être, on se demande seulement où couper – l’aide sociale ? l’éducation ? la santé ? les retraites ? – pour  rassurer les investisseurs et maintenir une bonne cote de crédit.  Même chose pour les impôts, impossible de les augmenter puisque c’est mauvais pour « l’économie », cette bête farouche qu’il nous faut sans cesse bichonner de peur de subir son courroux.

La triste ironie de cette démarche de mise à distance entre l’économie et le politique est que cette économie ne s’en porte pas mieux et qu’au contraire, la logique actuelle nous a mené dans un cercle vicieux d’austérité-stagnation. Il n’est pas de l’ampleur de celui que connaissent plusieurs pays européens, mais il injecte lui aussi du poison qui nous éloigne du déficit zéro plutôt que de nous en rapprocher et sape bêtement à la fois les services publics et les finances publiques.

Que devient le champ de l’action gouvernementale si tout cela nous échappe? La culture et la morale, comme avec les curés. Alors que le Canada se dit prêt à « appuyer ses alliés » dans une intervention en Syrie et que des pipelines traverseront bientôt le Québec pour y amener le pétrole sale de l’Ouest, la priorité du gouvernement québécois est de protéger nos « valeurs » des dangers venus d’ailleurs.

Or, comme le rappelait récemment Louise Harel, un parlement n’adopte pas des valeurs. Dans un processus d’indépendance, lors de la rédaction d’une constitution, le peuple pourrait bien s’en charger. Pourtant, on entend très peu le Parti québécois sur l’indépendance, sauf pour flatter notre « fierté d’être Québécois » dans des vidéos promotionnelles qui relèvent souvent de l’inquiétante étrangeté chère à Freud. Même sa version renouvelée de l’autonomisme, la gouvernance souverainiste, ne semble plus être au goût du jour. Comme les élites d’autrefois, il laisse la politique et l’économie à d’autres.

Bref, en tablant pour des raisons électorales sur une laïcité transmutée en valeur, le Parti québécois remet au goût du jour la stratégie des curés des années 1950 : le repli culturel. Nous pourrions en payer collectivement le prix fort, car les vieux symboles qu’il agite ne mobiliseront pas en nous les plus belles énergies, bien au contraire.

Jean-Marc Piotte terminait son texte de 1963 en évoquant ce qui se passerait si les curés prenaient le devant de la lutte pour l’indépendance du Québec. Cette option ne s’est pas concrétisée, mais le portrait imaginaire qu’il trace nous est étrangement familier.

« Hier prédicateurs du repli culturel, ils propageront demain l’idéal de l’indépendance. Tactique habile qui leur permettrait de réaffirmer leur suprématie et de sauvegarder leurs privilèges. Inutile d’insister sur le fait que l’indépendance réalisée par les clercs ne nous libèrerait pas. Notre économie continuerait d’être dirigée par des capitalistes étrangers. Notre politique ne serait indépendante que sur le plan légal, formel : les décisions de nos représentants seraient dictées par les financiers et les industriels étrangers. »[2]

À la lecture de ce texte, le Parti québécois prend une drôle d’allure. Prisonnier de son électoralisme et de son adhésion de principe au libéralisme, il tente de trouver une porte de sortie culturelle. Or, cette sortie se trouve à être finalement un repli, une stratégie de curée ironiquement adoptée pour parler de laïcité. L’instrumentalisation de ce nationalisme primaire demande d’étranges calculs : jusqu’à quels débordements peut-on se rendre sans affecter nos intentions de vote? Du sang sur les mosquées? Des graffitis sur des magasins? Des altercations dans la rue? Des empoignades? Plus?

Le cynisme qui se dégage de telles évaluations contraste tellement avec l’esprit émancipateur de l’indépendance promue par Parti pris qu’on établit plus de liens entre le PQ d’aujourd’hui et les élites de l’époque qu’avec les auteurs de la revue subversive dont nous célébrons aujourd’hui les 50 ans. Ces risques calculés de résurgences racistes me permettent de passer à ma prochaine réflexion, qui porte plutôt sur notre rapport à nous, à gauche, au racisme.

La gauche et le racisme au Québec : de l’identification à l’oubli

Depuis quelques années le débat entourant le racisme est latent au Québec, en particulier dans la gauche québécoise. Une série d’événements : les enquêtes de la commission des droits de la personne sur le racisme à l’embauche, l’affaire Fredy Villanueva et la question du profilage racial dans la police, l’histoire entourant le blackface de Mario Jean, etc. Cependant, les évènements les plus marquants dans l’espace public sur cette question sont, sans aucun doute, la crise des accommodements raisonnables en 2007-2008 et tout le débat actuel entourant la charte des valeurs.

Une certaine gauche anglo-québécoise en a profité pour plaquer sur le Québec une analyse simpliste : les Québécois-es seraient des racistes qui s’ignorent. Ce racisme serait causé par leur nationalisme étroit et par le fait que la question raciale aurait été balayée de leur histoire nationale. Certains textes publiés récemment présentent un Québec totalement attardé qui vit à la fois dans le déni de ses propres tares et qui est obsédé par son identité nationale. Le manque de finesse et d’intelligence de cette analyse n’a évidemment causé qu’un braquage défensif du côté québécois (pour ceux et celles qui y ont porté attention).

Les deux frustrations se comprennent. D’un côté, les progressistes anglo-québécois crient : « Allez-vous le voir qu’il y a du racisme au Québec? Ça va vous prendre quoi? » De l’autre, la gauche québécoise répond : « Alors que vous vous contre-crissez de la situation politique québécoise 95% du temps, vous venez nous faire la morale quand il s’agit de racisme en faisant comme si nous étions les États-Unis? ». Frustrations compréhensibles des deux côtés, certes, mais blocage non moins contreproductif.

Je crois pour ma part que la gauche anglo-québécoise pointe un problème bien réel, mais que sa méconnaissance de la politique québécoise l’empêche de bien en saisir sa profondeur. Il y a du racisme au Québec, c’est un fait qu’il ne faut pas chercher à nier. La gauche québécoise est très mal équipée pour le comprendre et l’affronter, pas à cause des relents douteux de nationalisme ou par je ne sais quelle adhésion supposée à une supériorité blanche, non, elle est mal équipée pour l’affronter à cause de sa tradition d’identification aux peuples opprimés.

La lecture de l’anthologie de Parti pris nous offre beaucoup d’occasions de constater comment la gauche socialiste et indépendantiste de l’époque pense son rapport aux autres peuples opprimés du monde, en particulier les Sud-Américain-es, les Algérien-es et les Noirs américain-es.

Cela se dévoile d’abord dans les derniers mots du premier manifeste de la revue :

« Nous invitons tous ceux qui se sentent cette décision, cette endurance et cette folie à nous rejoindre. Car la folie de ceux qui veulent croire en l’avenir des hommes finira par avoir raison. Dans toute l’Afrique et l’Asie, bientôt en Amérique du Sud, des hommes comme nous osent cette folie avec nous. Nous croyons que bientôt des hommes semblables à ceux-là se lèveront au Québec; nous parions sur votre courage, camarades, et nous vous attendons. »[3]

Le premier constat c’est celui de l’identification. Le Québec est comme l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique du Sud. Difficile de trouver plus éloigné du racisme que l’identification. Dire : nous sommes pareils, nous avons les mêmes buts, c’est la logique inverse de celle qui souligne la distinction, la différence. C’est une communauté et une identité qui s’établissent dans ces textes avec les peuples opprimés des origines les plus diverses.

Un deuxième constat, perceptible dans le texte de Michel Van Schendel est celui de l’existence du racisme en Amérique et que celui-ci rend le colonialisme plus difficile pour les noirs que pour les Québécois.

« Le Québec souffre de tous les maux qui affectent, à des degrés divers, les États-Unis et la majeure partie du Canada. Mais il en souffre depuis longtemps et plus gravement. Cette différence de quantité devient une différence de qualité. C’est le système lui-même qui est différent. Et c’est globalement qu’il faut attaquer celui-ci, au lieu de contester, à tour de rôle, chacune de ses manifestations. Seuls, en Amérique du Nord, les Noirs ont le droit de s’en prendre à une situation plus injuste, plus coloniale encore. »[4]

Ici, le colonialisme a aussi l’avantage de ne pas être compris que comme une série de phénomènes, mais bien comme un système. Ce ne sont pas que des préférences individuelles dont il est question, mais bien de structures sociales qui s’imposent aux individus et guident leurs actions. Le colonialisme fait que systématiquement les Québécois-es auront des emplois moins bien rémunérés, mais aussi que systématiquement les noirs américains seront exclus de l’université. Les auteurs de parti pris, reconnaissent un colonialisme de même nature notent aussi l’importante différence de degré entre ce qu’ils subissent ici et ce que subissent les Noirs aux États-Unis.

La gauche indépendantiste de Parti pris propose aussi un internationalisme qui tente de mettre de l’avant le lien avec les autres peuples comme étant liée à la libération du Québec.

« Aussi est-il nécessaire que la gauche du front Lévesque organise des échanges les plus continus et les contacts les plus étroits avec les mouvements noirs américains et les révolutionnaires de l’Amérique du Sud, pour faire prendre conscience aux fractions progressistes des masses populaires, des dimensions internationales de la lutte que nous entreprenons au Québec. Ceci, sans tomber dans l’erreur grossière de croire que, si nous sommes d’accord avec la lutte des noirs américains et la lutte des mouvements révolutionnaires du tiers-monde, nous devons employer les mêmes moyens de lutte — comme si les situations étaient semblables. »[5]

La gauche indépendantiste de Parti pris s’identifie à la lutte anticoloniale et se considère partie prenante de ce combat. Cela nous permet à la fois de contester la lecture simpliste d’un nationalisme aux racines purement ethniques et excluantes que présente souvent une certaine gauche anglo-québécoise, mais aussi de comprendre pourquoi la lutte contre le racisme n’a pas du tout été au cœur des avancées de la gauche québécoise et pourquoi elle n’a pas joué ici le rôle qu’elle a pris dans d’autres sociétés.

En se plaçant dans une position d’identité avec les peuples opprimés, la gauche québécoise a aussi oublié pendant un temps le statut majoritaire du peuple québécois. Cet oubli s’est fait précisément parce qu’il fallait créer et magnifier ce statut majoritaire et l’inscrire (pour la gauche indépendantiste) dans le contexte international d’émancipation nationale. Le racisme ne peut alors être vu que comme une scorie qui sera évincée par la création de la nouvelle identité (alors naissante) qu’on imagine volontiers elle aussi en relation identitaire avec les opprimés du monde et donc immunisée contre le racisme.

Un double échec s’ensuit : celui de gauchir le mouvement souverainiste et celui de réaliser l’indépendance. La gauche désarticulée des années 80 commence à s’intéresser aux différentes formes de racisme, mais n’a plus les structures et l’énergie pour les combattre activement. Cette lutte se fond donc dans un amalgame de luttes aux discriminations, un problème secondaire comme un autre qu’on règlera par de la sensibilisation. L’adoption de la charte par le gouvernement Trudeau amènera même son lot de scepticisme autour de cette lutte chez certains radicaux, car elle détournerait la gauche des choses importantes (le socialisme et l’indépendance, dans le cas de la gauche qui nous occupe ici).

Il est grand temps de prendre acte du fait que nous avons trop longtemps oublié le statut effectivement majoritaire de « canadiens-français » au Québec. La lutte au racisme et toute une perspective anticoloniale doit mieux s’intégrer à nos luttes.

Les valeurs et la langue : histoires de crispation

Un autre regard intéressant sur cette charte des valeurs peut être posé à partir des réflexions autour de la langue qui sont formulées à l’époque de Parti pris.

La lecture des Girouard, Godin et Miron ainsi que des textes de création nous présente une posture très différente de celle d’aujourd’hui face à la langue. C’est un texte de Pierre Nepveu dans le numéro 300 de la revue Liberté[6] qui me l’a fait remarquer.

À l’époque de Parti pris l’état piteux de la langue est un constat. Elle est alors le reflet de notre situation politique. Le joual est décrit comme une langue de colonisé pour un peuple colonisé. Cependant, plusieurs font le pari d’explorer cette langue, de jouer avec elle et d’en forcer les frontières. Elle est sale, bâtarde et grouillante, alors on s’en sert comme tel, on n’hésite pas à la manipuler.

Dans son texte de Liberté, Nepveu regrette cette époque et montre toute la crispation de notre rapport actuel à la langue placé sous le signe de la protection. Nous la voyons comme un bibelot précieux qu’il faudrait cacher sous un globe de verre. On constate avec horreur les avancées de l’anglais. On souligne avec effroi les anglicismes qui détruisent le vocabulaire de « nos jeunes ». On peut à la fois être d’accord avec la loi 101 et de son amélioration et se demander si cette stratégie défensive a vraiment fonctionné.

Le même genre de réflexion vient à propos de cette charte des valeurs. Transformer la laïcité en valeur et tenter de la protéger à tout prix, n’est-ce pas procéder exactement de la même façon? Au lieu de tenter de décider ensemble de ce que sont nos valeurs et de faire un projet politique autour de celui-ci, on essaie de protéger un statu quo existant contre des étrangers qui voudraient le menacer.

Devant ce nationalisme d’abord défensif Parti pris nous rappelle tout le caractère innovateur et créatif de l’indépendance et du socialisme d’abord. Sa lecture nous présente un projet nationaliste de gauche naissant, vivant et vivifiant. L’athéisme, le socialisme et l’indépendance sont alors des idées neuves au Québec et elles semblent porter avec elles plein de promesses, plein de nouveaux territoires à découvrir.

La crispation autour d’une identité nationale et de valeur à protéger nous présente au contraire un projet national flétri et usé. Nous n’avons pas trouvé à gauche de moyens de le renouveler. L’union du social, de l’écologie et de l’indépendance reste une bonne idée, mais la sauce ne semble pas prendre. La réaction nationaliste étroite semble comporter plus de passion, plus de force et d’attrait. Malgré ses aspects alambiqués, elle semble plus claire et plus décisive.

Tant que ce sera le cas, la mobilisation des symboles nationalistes primaires et vaguement ethniques restera une stratégie viable pour les « grands » partis politiques. À l’inverse, le développement d’une pensée indépendantiste non nationaliste reste à solidifier. Le souffle créateur inspirant qu’on retrouve à la lecture de Parti pris a bien plus à voir avec la construction de cette vision qu’avec les déboires intellectuels des porteurs du souverainisme.

Conclusion

Alors que Parti pris représentait un moment charnière pour la gauche québécoise, nous sommes aujourd’hui encore à la croisée des chemins. Les transformations des dernières années furent cruciales, mais elles ne sont pas achevées. L’aventure électorale se passe relativement bien, les mouvements sociaux sont particulièrement dynamiques et sortis du creux de la vague d’implication des années 1990, le printemps 2012 a donné l’impression qu’on pouvait gagner, les thèmes qui nous sont chers prennent de plus en plus de place dans le débat public.

Cependant, au niveau intellectuel nous ne sommes plus à l’époque effervescente de Parti pris. Nous murmurons plutôt collectivement un doux ronron qui cache le peu de renouvellement de notre pensée. La lutte à la pauvreté, la dénonciation du néolibéralisme, le féminisme libéral, l’ouverture à l’autre, la version mordante du développement durable, tout cela est bien beau, mais ça nous mène où?

Le programme est-il encore socialisme et indépendance comme à l’époque? Sommes-nous ailleurs? Maintenant que nous prenons plus d’espace qu’avant, qu’avons-nous à dire, à proposer, au Québec pour l’avenir? Là-dessus, outre des vœux pieux, nous ne sommes pas très clair-es. En investissant de nouveaux lieux de pensée sans avoir peur d’y confronter nos contradictions, peut-être pouvons-nous sortir de nos réflexes.



[1] Piotte, Jean-Marc, « Du duplessisme au FLQ » dans Pelletier, Jacques (ed.), Parti pris, une anthologie, Montréal, Lux, 2013, p.46.

[2] Ibid., p.55.

[3] Partis pris, « Manifeste 1964-1965 » dans Pelletier, op. cit., p. 69-70.

[4] Van Schendel, Michel, « La maladie infantile du Québec » dans Pelletier, op. cit., p. 107.

[5] Piotte, Jean-Marc, « La gauche et le MSA » dans Pelletier, op. cit., p.144.

[6] Dont un extrait est disponible ici : http://www.revueliberte.ca/content/une-apologie-du-risque

Confirmez que vous n'êtes pas un robot

Colette St-Hilaire

Très intéressant! J’ai connu la revue Parti pris à l’époque et je suis d’accord avec vous que quelque chose s’est perdu en route: le plaisir de la langue, l’audace plutôt que la peur. Intéressant aussi de revisiter cette perception de peuple colonisé. Ce fut un puissant stimulant dans la lutte: je me rappelle encore ma lecture de Franz fanon et d’Albert Memmi. Mais quel aveuglement face à notre position dominante au Québec.

Line Merrette

Ou comment parler de colonialisme sans dire un seul mot sur le génocide des Premières Nations, auquel nous participons et dont nous profitons.

Car le génocide n’a jamais cessé. Il est juste devenu plus insidieux et plus lent. Il a nom, entre autres, DPJ, pipelines, Romaine, suicide, racisme. Comme il arrive souvent, nous sommes à la fois des colonisés et des colons.